voir l'art autrement – en relation avec les textes

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René de Obaldia – J’ai trempé mon doigt dans la confiture


 

 

 

 

DSC00126.jpgpeinture: Qamar Siddiqui

 

J’ai trempé mon doigt dans la confiture
J’ai trempé mon doigt dans la confiture Turelure.
Ça sentait les abeilles
Ça sentait les groseilles
Ça sentait le soleil.
J’ai trempé mon doigt dans la confiture
Puis je l’ai sucé,
Comme on suce les joues de bonne grand-maman
Qui n’a plus mal aux dents
Et qui parle de fées…
Puis je l’ai sucé Sucé
Mais tellement sucé
Que je l’ai avalé I

René de OBALDIA « Innocentines »

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Colette Fournier – Apprends-moi à danser


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Photo :  Emmanuelle  Gabory

 

 

Apprends-moi à danser
Je veux retrouver le soleil
Flirter sur un rayon de miel
Brûler la pointe de mon cœur
Sur des épines d’arc-en ciel
J’ai besoin du velours de la voix
Feutrant ses frissons de soie
J’ai besoin de la couleur du vin
Fleuve de rubis où tout chavire
J’ai besoin du nectar des abeilles
Des parfums du paradis
Des ailes de tous les anges
J’ai besoin de devenir archange
De me transmuter, de m’alchimiser
J’ai eu si mal dans mon corps
Irradié et somesthesique
Que ce soir je veux danser
Libre, nue, échevelée
Ivre comme une bacchante
Et quelque part folle à délier
Avant que ne descende sur moi
La lente douceur du soir…


Jean Sénac- les belles apparences


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Le cœur à l’étroit
mes amis sommeillent
ils ont froid et les abeilles
feront un miel amer

Mon pays sourit aux touristes
Alger la Blanche dort en paix
vont et viennent les cars de police
la lèpre au cœur est bien gardée

Qui donc ira dénoncer
la grande amertume des ruches
le corps à l’étroit
les pauvres trichent avec le froid

Belle peau de douce orange
et ces dents de matin frais
la misère donne le change
ne vous fiez pas à tant de beauté
Ici on meurt en silence
sans trace au soleil épais
mais demain le soleil amer
qui voudra le goûter

Sous les jasmins le mur chante
la mosquée est calme et blanche
ô flâneur des longs dimanches
il y a grande merci

À la surface de la nuit
tas d’ordures sac et pluie

 

In Œuvres poétiques,  Actes Sud, 1999


Jean Soldini – Locus Solus


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Je me tenais immobile
dans un minuscule pré ovale
locus solus bordé de fleurs.
Les abeilles vibraient
tout près de mon corps,
comme si je n’existais pas,
enveloppé du parfum chaud de l’herbe et des fleurs
du bourdonnement qui les couvrait,
les découvrait puis les recouvrait.
Je me tenais
ostensiblement introuvable :
les yeux fermés
le dos collé au sol
les jambes croisant des trajectoires champêtres.

  •  de   » Tenere il passo, LietoColle 2014″

( » Locus solus » peut être  trouvé, avec d’autres  du même  auteur,  sur  le site  d’  une  autre poésie italienne » )


L’alphabet des métaphores – ( RC )


photo: D Erard

photo: D Erard

 
Ecoute le tressage des abeilles
Le bourdonnement  de la ruche,
L’alphabet des métaphores…
Je dois contempler la lumière ,
M’agenouiller  pour regarder
Les gouttes  d’étoiles prisonnières d’une toile d’araignée,

Après  avoir suivi des cours d’eau
Leur course étalée comme les doigts
Ou les nervures d’une feuille sur le sol,
La palette du ciel abrite toutes les nuances du vent

C’est un haut clocher,
On ne peut pas l’atteindre  sans  s’arracher au sol
Et les strates empilées des terres  et rochers

Une colline est une voix à l’intérieur ,
Les arbres essaient  d’en saisir les mystères,
En creusant plus profond encore,
Et dialoguent  avec l’appel des saisons.
Peut-être  y a-t-il beaucoup à lire,
Sous l’écorce de la matière,
Les nuances de l’écriture qui y est cachée,
Passent  de l’anthracite à l’ivoire,
En ne négligeant aucune  couleur de l’arc-en-ciel.

RC- mars 2015


Natha Boucheré – ombres


photo: Alexandra Boulat  -   Iran   -  académie  de police  pour  femmes  2004

photo: Alexandra Boulat – Iran – académie de police pour femmes 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deviner le sens des ombres
Tourbillon de poussière
Et de choses avalées
Recrachées
Quand elles tournent comme des abeilles
Se cognent aux persiennes
Et s’allongent en griffant le sol…

L’essence de l’ombre
Elle…qui sait, tout
Puisqu’elle saigne la lumière
D’un seul trait,

Devenue le contour,
La connivence de la forme
Avec son contenu  .


Flaques jaunes, flèches solaires ( RC )


champ de colza  en Toscane   – photo ricsen

C’est comme au don de la vie
si résistante au bleu
Que claquent les draps dans le vent,
Les oriflammes où se découpe ton ombre

Je suis venu emprunter
le fil suspendu
d’une balade, au soleil ,   nu.

Les flaques jaunes éparses au milieu des dolines,
Le causse comme ventre du jour, et

J’ai mêlé champ et corps
Sous le regard d’amour
Comme s’étend la terre
Aux flèches solaires
Que fécondent les abeilles.

RC

en parallèle  au texte  de Suzâme   – champs de pissenlit »

Balade suspendue

au jaune étendu.

Surprendre cette lumière

comme don de la vie

si résistante au bleu

changeant du ciel. Envie

de garder cette beauté première

la Terre, déesse des yeux.

Balade suspendue

au soleil nu.

Contempler ce champ d’or

comme ventre du jour

Ô vaste rêve, champ et corps

Bel astre de l’amour.

Suzâme

(29/07/12)

photo perso - colza en doline ( Lozère)

photo perso      –    colza en doline    ( Lozère)


Cathy Garcia – Sweet Alice


SWEET ALICE

Peuples champignons
Chuchotent tout bas
Porteurs de visions
Conseillers des bois.

Fillette ingénue
Beaux yeux de biche
Ses petits pieds nus
Galopent sur la friche.

Les esprits te veillent
Enfant de la terre
Regarde, les abeilles
Te dessinent la mer!

Les pavots sont sages,
La mer est calme,
Sens, sur ton visage
Le sel de mes larmes.

Respire, Sweet Alice,
Les vents d’Orient,
Et toutes leurs épices,
Vifs poisons ardents !

Vois, la lune qui pleure
Des poissons d’argent,
D’argent et de beurre,
En flots de diamants.

Et tu dors encore
D’un profond sommeil
Et tu rêves encore
Mon enfant de miel


Ce qui résiste et pique ( RC)


photo: olivier en feu. Conflit Israelo-palestinien  provenance info-palestine.net

Ainsi ,     contre les plantes domestiques
               Rebelles , résistent et piquent,
Orties, pierres de chemin, aubépines insolentes 
Nous attendent, comme une plaisanterie ironique

Font de leur domaine une forteresse lente
           Qui dérange  l'aimable...
Et s'incruste , en années durables
Diluées de l'abandon.

On ne sait rien,  d'un détour  de chemin
Et puis,        on progresse par  étapes
Encore  sains  et saufs,     pour  dire,
En miroirs de limpides -   flaques

Des orages  qui bourgeonnent,
Et les fleurs combattant , corolles
Force boutons, au bal des abeilles
Les orties  se liguent, et sont barrière

Ronces  s'enchevêtrent, en habillant
La carcasse d'une vieille  auto, 
Qui a arrêté,  ici même  son parcours
Au bord ce qui  fut cultures,

Et vallées  riantes,
De blés, bordés  d'oliviers
                 Incendiés -  C'était un été, naguère
                               Avant la guerre...

RC -  24 septembre 2012



-

Aimé Césaire – Prophétie


peinture – Hope Scott

 

 

là où l’aventure garde les yeux clairs

là où les femmes rayonnent de langage

là où la mort est belle dans la main comme un oiseau saison de lait

là ou le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe de prunelles plus violent que des chenilles

là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

 

là où la nuit vigoureuse saigne une merveille de purs végétaux

 

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d’une ruche plus ardente que la nuit

là où le bruit de mes talons remplit l’espace et lève à rebours la face du temps

là où l’arc-en-ciel de ma parole est chargé d’unir demain à l’espoir et l’infant à la reine,

 

d’avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan

d’avoir gémi dans le désert

d’avoir crié vers mes gardiens

d’avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

 

je regarde

la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant de la scène ourle un instant la lave de sa fragile queue de paon puis se déchirant la chemise s’ouvre d’un coup la poitrine et je la regarde en îles britanniques en îlots en rochers déchiquetés se fondre peu à peu dans la mer lucide de l’air

où baignent prophétiques

 

ma gueule

ma révolte

mon nom.

 

 

Les armes miraculeuses. – Gallimard, 1979.

 

 

 


Ecriture paysagère, plume voyageuse ( RC )


photo:             Yann Arthus Bertrand             – îles d’Aran – Inishmore

 

 

J’ai écrit sur les causses et les montagnes
L’aube sur les étangs gelés, en rase campagne
Les déplacements minuscules, qui font sans doute
La différence, aux zébrures de parcours d’autoroute…

J’ai aimé la nef affleurant  des îles d’Aran
Les nuages empilés, de ces îles sous le vent
Les champs qui ondulent, et contournent les collines,
Les pins sylvestres attentifs, au bord des dolines,

En attendant que l’orage cesse, sous un abri de roc,
Ma tête convoquait les ogives d’une cantate baroque
Les toits dansants d’un village provençal,
Un marché,  fruits et légumes, jonglant de couleurs sur les étals.

Avec mes croquis des maisons d’Amsterdam,
Sous un ciel si bas, que les nuées condamnent,
Je me suis donné  l’espace d’un défi,
Sans transcrire en photos, architectures, et géographies…

La plaine est immobile, et la plume voyageuse,
Et caresse aussi bien  les bords de la Meuse,
Que le bourdonnement têtu des abeilles
Dans les calanques, près de Marseille.

RC  –  29 juin  2012