voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “absurdité

Salah Al Hamdani – Sagesse sur le coeur


 

 

 

BUS051.JPG

 

 

Premier pas .
lorsque les souvenirs se dissipent dans l’absurdité de l’éloignement,
et que les saisons d’autrefois n’ont rien dire…     pas d’affolement
c’est le cœur qui prendra en charge de souffler l’âme
de la vie du passé le plus reculé.

Deuxième pas
Quand on ne trouve plus l’amour en imagination
il faut laisser le cœur imposer à l’esprit sa conduite.


Une partie de brouillard, en eux – ( RC )


 

Il y a cet espace

-….vain –

( enfin,                       on pourrait le deviner,

  •             Ouvert devant soi ),

    mais     sa durée est bouchée

Mais enveloppée de brouillard …

Les sons y deviennent           mats,

Et retombent au sol,

Aussitôt absorbés,        prisonniers

Contre             des mois d’immobilité.

On ne savait donc rien

De      ce qui se passait ailleurs …

Seul l’espoir d’en sortir,

Maintenait une étincelle,

Eteinte pour beaucoup,

A coups de sévices,

Simples numéros matricules,

Anonymes     en tenue rayée,

Que plus rien, presque, ne distinguait

Derrière        les barbelés du camp.

Se nourrissant d’absurdité,

Et de vermine.

A redouter d’être parmi les humains….

 

Après la longue,        longue nuit,

Un matin pâle,     s’est levé      enfin ,

Ils seraient bien peu,

A quitter ces plaines mornes,

Pour un retour au pays

Dont ils étaient arrivés        à douter

Même ,     encore,     de l’existence,

Emportés si loin,

Au-delà du descriptible,       avec

Une partie de brouillard,     en eux.

 RC – janvier  2014


Kiell Espmark — BELA BARTOK CONTRE LE TROISIEME REICH


Kiell Espmark   est un auteur  que j’ai  découvert  dans un recueil  des éditions de la Différence:  anthologie de 12 auteurs, peu connus, mais au style passionant…

textes  recueillis par Jean-Clarence Lambert              1989

 

BELA BARTOK CONTRE LE TROISIEME REICH

 

 

Vous n’avez pas de cartes de rationnement ?

Ici en France il y a disette.

Deux tickets pour respirer

et trois pour regarder. — II le sait bien, il est

partout chez lui, sur cet absurde continent.

Chaque rue est une ligne de sa main.

Il fallait le chercher ici à Nîmes juste au moment de quitter l’Europe. Juste au point de rupture.

Une interview sans question ni réponse.

Sa table est deux mètres plus loin,

à une distance infranchissable.

Lui-même est un silence de 49 kg

avec une flamme pour regard.

Il pose sa fourchette et son couteau

sur le petit squelette du poisson

et lève sa dernière gorgée de Perrier pour…

Mais se ravise.

Morceau d’absurdité :

au coin veille une Citroën imaginaire avec deux hommes, le feutre rabattu :

ils morcellent en mots el fraîcheur

Ce soir d’octobre provençal.

tout ce qu’ils touchent devient abstrait. Lui-même

il est qu’un numéro. Signe particulier : non aryen volontaire ;

exigeant d’être lui aussi compris parmi les musiciens dégénérés est signée par un juif.

Mais quelques mesures d’un quatuor à cordes

peuvent-elles arrêter un char d’assaut ?

L’inquiétude des policiers les trahit : ils ne sont pas sûrs.

Ce qui compte, c’est maintenant les signaux qui lui viennent d’un village de Slovaquie du Nord :

incessant grincement qui siffle.

Connaissant le code, il les reçoit, tendu.

Il n’a même pas reposé son verre. Son oreille,

incroyable amplificateur, perçoit chaque feuille

qui tombe sur la place là-bas. Des voix

crépitantes entourent sa table.

Pour les hommes dans la voiture,

c’est une douleur éloignée qui jaillit

fendue en signes et grincements de dents,

incompréhensible mais maniable.

Il est pris d’une rage frêle :

ce sont des non-hommes, leur langue est division.

Dans l’homme ils séparent l’humain

de ce qu’ils appellent l’homme.

Ils séparent l’aigre fumée

du mot <; solution ».

Alors, tout devient possible.

Aussi longtemps qu’une rue en Hongrie portera

le nom de la Bête, qu’on ne mette

aucune plaque à ma mémoire,

qu’aucune Place du Marché ne prenne mon nom.

La Place. Signaux frénétiques. Venant de la boue

et du ciel, une vie sans voie

avec des conquérants étrangers à demeure,

Jusque dans l’église du village

où ils ont traîné l’otage. L’assemblée divisée

entre l’impalpable douleur dedans

et les appels muets dehors sur la place.

Tout rassemblement interdit. Nul désespéré n’a le droit d’exister pour un antre. Déchirés entre une communauté abstraite et les fragments épars d’un chant introverti. épaules contre épaules en chantant.

II les connaît si bien. Depuis des décennies

il conserve chaque voix. chaque ton sur des rouleaux

de cire. traces de la fraternisation des peuples

à travers les barbelés crépitants —

rythmes qui naissent de rythmes lointains.

villages qui vont de villages en villages.

Ces voix dispersées, ces voix d’au-delà des voix

savent ce qui s’est passé sur la Place : quelque chose déjà

incompréhensible. Et voici qu’ils le cherchent.

Une ouverture en quart-de-tons grinçants

pour une partition illimitée.

Je dois quitter l’Europe. La seule façon de prononcer Europe.

Ici à Nîmes il se fait tard.

Le soir se divise entre le mot « soir »

et l’incompréhensible obscurité qui tombe.

Seul celui qui s’en va

peut arriver ici.

Il est en chemin.

Mais l’absurdité l’attrape

de ses non mains. Il est partagé

entre l’errance d’un désespoir abstrait

et la rude musique qui demeure, non écrite.

Des années peuvent passer avant qu’elle ne le rejoigne.

Il est en chemin et pas encore en chemin.