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Novalis – O Mère, celui qui t’a vue


 

XIV

Sculpture  Vierge à l’enfant, Musée Unterlinden  Colmar

O Mère, celui qui t’a vue

pour toujours échappe à l’Enfer.

Il souffre d’être loin de toi,

il t’aime d’amour éternel,

et le souvenir de tes grâces

donne des ailes à son âme. (…)

Tu sais, ô Reine bien-aimée,

que je suis à toi tout entier.

N’ai-je pas, depuis tant d’années,

joui de tes faveurs secrètes ?

A peine éclos à la lumière,

j’ai bu le lait de ton sein bienheureux.

Mille fois tu m’es apparue ;

je t’adorais d’un cœur d’enfant ;

ton Enfant me tendait ses mains

pour mieux me reconnaître un jour.

Tu souriais avec tendresse,

tu m’embrassais — instants divins !

Il est bien loin, ce paradis.

A présent, le chagrin m’accable.

J’ai longtemps erré, triste et las.

T’ai-je donc si fort offensée ?

Humble comme un enfant, je m’attache à ta robe :

éveille-moi de ce rêve angoissant.

Si l’enfant seul peut voir ta face

et compter sur ton sûr appui,

délivre-moi des liens de l’âge,

fais de moi ton petit enfant.

L’amour et la foi de l’enfance

Depuis cet âge d’or restent vivants en moi.

NOVALIS « Cantiques »


Charles Coutarel -Chat de nuit, charly gris


 

 

 

Youpi chz Jacques  -.jpg

photo perso – Youpi en action

chat de nuit
charly-gris
comment J’écris
comment je souris
à cette image
passage
qui se reflète
en glaces
multi-faces
où je rigole
en multi-plans
noir et blanc
je m’envole
sur une aile
cœur-couleur
tête de piaf
ébouriffée
inspiration
profonde
mon chant
s’empli

charly-blanc
chat troublant


Lautréamont – Les Chants de Maldoror (30)


The Two Brothers - Kay Nielsen, from Grimm's Fairy Tales: The seven-headed dragon came and breathed fire, setting all the grass ablaze...

The Two Brothers –          Kay Nielsen, from Grimm’s Fairy Tales:              The seven-headed dragon came and breathed fire, setting all the grass ablaze…

 

 

 

 

 

 

Tremdall a touché la main pour la dernière fois, à celui qui s’absente volontairement, toujours fuyant devant lui, toujours l’image de l’homme le poursuivant.

Le juif errant se dit que, si le sceptre de la terre appartenait à la race des crocodiles, il ne fuirait pas ainsi. Tremdall, debout sur la vallée, a mis une main devant ses yeux, pour concentrer les rayons solaires, et rendre sa vue plus perçante, tandis que l’autre palpe le sein de l’espace, avec le bras horizontal et immobile.

Penché en avant, statue de l’amitié, il regarde avec des yeux, mystérieux comme la mer, grimper, sur la pente de la côte, les guêtres du voyageur, aidé de son bâton ferré. La terre semble manquer à ses pieds, et quand même il le voudrait, il ne pourrait retenir ses larmes et ses sentiments :

« Il est loin ; je vois sa silhouette cheminer sur un étroit sentier. Où s’en va-t-il, de ce pas pesant ? Il ne le sait lui-même… Cependant, je suis  persuadé que je ne dors pas : qu’est-ce qui s’approche, et va à la rencontre de Maldoror ? Comme il est grand, le dragon… plus qu’un chêne !

On dirait que ses ailes blanchâtres, nouées par de fortes attaches, ont des nerfs d’acier, tant elles fendent l’air avec aisance. Son corps commence par un buste de tigre, et se termine par une longue queue de serpent.

Je n’étais pas habitué à voir ces choses. Qu’a-t-il donc sur le front ? J’y vois écrit, dans une langue symbolique, un mot que je ne puis déchiffrer. D’un dernier coup d’aile, il s’est transporté auprès de celui dont je connais le timbre de voix.

Il lui a dit : « Je t’attendais, et toi aussi. L’heure est arrivée ; me voilà. Lis, sur mon front, mon nom écrit en signes hiéroglyphiques. » Mais lui, à peine a-t-il vu venir l’ennemi, s’est changé en aigle immense, et se prépare au combat, en faisant claquer de contentement son bec recourbé, voulant dire par là qu’il se charge, à lui seul, de manger la partie postérieure du dragon. 


Lasse Söderberg – petite ascension


peinture –          Henri Rousseau ( le Douanier)          paysage  avec fermier – 1896

 

 

PETITE ASCENSION

 

Dans mon errance à travers le pays de l’aube, j’arrivai là où les feuilles  jaunies tourbillonnent et se rassemblent enfin pour renaître.

Là s’élevait un bâtiment merveilleusement élastique,

sans poutre de soutènement ni rempart, une espèce de cape sans barreau,

qui ne reposait  pas directement sur le sol

mais plissait par-dessus comme une aile bleue.

 

Déposant mon fardeau terrestre, je restai interdit.

Quels battements d’aile ! Que de cous tendus !

Que de cris verdoyants !

Un instant j’ai cru aussi me métamorphoser et m’envoler en feuilles et danser avec elles

avant que, portées par un heureux hasard, elles viennent parer les arbres de leur chant.

 

extrait de « Nouvelles  de Thésée »

 


Voyager dans vos paroles ( RC )


dessin: Celine Colombel

Mon souvenir ira voyager                  dans vos paroles
En possible accueil,                    c’est une trace ténue
Qu’en vous soigneusement  ,       vous garderez émue
En une dernière escale,              comme une aile frôle

Au plus sûr de votre cœur,             ce sera une place.
Pour l’ ami                              aux paroles prodigues
Ayant peut-être égaré ,        le nom.           Il navigue
Au milieu de l’esprit  –               rien ne l’embarrasse

C’est un homme vivant ,               qui part et s’élance
Comme                         un ciel d’orage sur les mâts
–         L’homme   le plus tenté par l’amour   s’ébat
Et vents, poussent  navires                avec élégance…

RC  – 01-2012


Thierry Metz – vers la bien-aimée


art: Leopold Survage, rythmes colorés, étude pour un film

art:       Leopold Survage,           rythmes colorés,       étude pour un film

 

 

 

 

Vers la bien-aimée
ce sera

toujours    comme une aile

sans repos
une montée jour après jour
d’un visage à l’autre
parmi les nuages accrochés au talus
aux branches
pour chanter l’âme d’un petit bois
en prière sous le châle
avec un peu d’herbe
une feuille morte
comme une aile dans l’hiver
d’oiseau profane.

Thierry Metz, Le Drap déplié, L’Arrière-Pays, 1995, page 9.


Luis Cernuda – La gloire du poète


photo:              Duane Michals

 

 

 

 

 

 

La gloire du poète

Invocations (1934-1935)

La gloire du poète

Démon, ô toi mon frère, mon semblable,
Je t’ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin,
Caché sous un nuage dans le ciel,
Parmi les horribles montagnes,
Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice,
Et tu blasphémais plein d’un ignorant bonheur,
Pareil à un enfant quand il entonne sa prière,
Et tu te moquais, cruel, en contemplant ma lassitude de la terre.

Mais ce n’est pas à toi,
Mon amour devenu éternité,
À rire de ce rêve, de cette impuissance, de cette chute,
Car nous sommes étincelles d’un même feu
Et un même souffle nous a lancés sur les ondes ténébreuses
D’une étrange création, où les hommes
Se consument comme l’allumette en gravissant les pénibles années de leur vie.

Ta chair comme la mienne
Désire après l’eau et le soleil le frôlement de l’ombre ;
Notre parole cherche
Le jeune homme semblable à la branche fleurie
Qui courbe la grâce de son arôme et de sa couleur dans l’air tiède de mai ;
Notre regard, la mer monotone et diverse,
Habitée par le cri des oiseaux tristes dans l’orage,
Notre main de beaux vers à livrer au mépris des hommes.

Les hommes, tu les connais, toi mon frère;
Vois-les comme ils redressent leur couronne invisible
Tandis qu’ils s’effacent dans l’ombre avec leurs femmes au bras,
Fardeau d’inconsciente suffisance,
Portant à distance respectueuse de leur poitrine,
Tels des prêtres catholiques la forme de leur triste dieu,
Les enfants engendrés en ces quelques minutes dérobées au sommeil,
Pour les vouer à la promiscuité dans les lourdes ténèbres conjugales
De leurs tanières, amoncelées les unes sur les autres.

Vois-les perdus dans la nature,
Comme ils dépérissent parmi les gracieux châtaigniers ou les platanes taciturnes,
Comme ils lèvent le menton avec mesquinerie,
En sentant une peur obscure leur mordre les talons ;
Vois-les comme ils désertent leur travail au septième jour autorisé,
Tandis que la caisse, le comptoir, la clinique, l’étude, le bureau officiel
Laissent passer l’air et sa rumeur silencieuse dans leur espace solitaire.

Écoute-les vomir d’interminables phrases
Aromatisées de facile violence,
Réclamant un abri pour l’enfant enchaîné sous le divin soleil,
Une boisson tiède, qui épargne de son velours
Le climat de leur gosier,
Que pourrait meurtrir le froid excessif de l’eau naturelle.

Écoute leurs préceptes de marbre
Sur l’utilité, la norme, le beau ;
Écoute-les dicter leur loi au monde, délimiter l’amour, fixer un canon à l’inexprimable
beauté,
Tout en charmant leurs sens de haut-parleurs délirants ;
Contemple leurs étranges cerveaux
Appliqués à dresser, fils après fils, un difficile château de sable
Qui d’un front livide et torve puisse nier la paix resplendissante des étoiles.

Tels sont, mon frère,
Les êtres auprès de qui je meurs solitaire,
Fantômes d’où surgira un jour
L’érudit solennel, oracle de ces mots, les miens, devant des élèves étrangers,
Gagnant ainsi la renommée,
Plus une petite maison de campagne dans les inquiétantes montagnes proches de la
capitale ;
Pendant que toi, caché sous la brume irisée,
Tu caresses les boucles de ta chevelure
Et contemples d’en haut, d’un air distrait,
ce monde sale où le poète étouffe.

Tu sais pourtant que ma voix est la tienne,
Que mon amour est le tien ;
Laisse, oh, laisse pour une longue nuit
Glisser ton corps chaud et obscur,
Léger comme un fouet,
Sous le mien, momie d’ennui enfouie dans une tombe anonyme,
Et que tes baisers, cette source intarissable,
Versent en moi la fièvre d’une passion à mort entre nous deux ;
Car je suis las du vain labeur des mots,
Comme l’enfant est las des doux petits cailloux
Qu’il jette dans le lac pour voir son calme frissonner
Et le reflet d’une grande aile mystérieuse.

Il est l’heure à présent, il est grand temps
Que tes mains cèdent à ma vie
L’amer poignard convoité du poète;
Que tu le plonges d’un seul coup précis
Dans cette poitrine sonore et vibrante, pareille à un luth,
Où la mort elle seule,
La mort elle seule,
Peut faire résonner la mélodie promise.

Luis Cernuda
(Traductions inédites de Jacques Ancet)

 

photo:            Matt Black          travailleurs immigrés     Fresno, California


André Laude – si j’écris


photo perso.                promeneuse au parc du château de Kerguehennec,          Morbihan     ,  2009

 

 

 

si j’écris c’est pour que ma voix vous parvienne
voix de chaux et sang voix d’ailes et de fureurs
goutte de soleil ou d’ombre dans laquelle palpitent nos sentiments

si j’écris c’est pour que ma voix vous arrache
au grabat des solitaires, aux cauchemars des murs
aux durs travaux des mains nageant dans la lumière jaune du désespoir

si j’écris c’est pour que ma voix où roulent souvent des torrents de blessures
s’enracine dans vos paumes vivantes, couvre les poitrines d’une fraîcheur de jardin
balaie dans les villes les fantômes sans progéniture

si j’écris c’est pour que ma voix d’un bond d’amour
atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue
c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms.

André Laude, Comme une blessure rapprochée du soleil, La pensée sauvage, 1979


Papillon ( RC)


Au bonheur  éphémère

Le papillon s’est envolé

Il a laissé aux vents, à l’amer

Sa chrysalide, abandonnée..

 

 

RC      22 octobre 2011

 

 

Auquel je joins une  « variation libre »

mais assez proche  tout de même…

 

du texte  de la chanson de Jimi Hendrix   « Little Wing », dont j’ai  trouvé  une belle  version acoustique… je  recommande aussi celle  du bassiste  Jonas Hellborg, qui figure  dans son  album  « elegant punk »…

 

Vole, petite aile…

Marchant au travers des nuages

Avec l’esprit fantasque

Qui librement. Court avec

Papillons, zèbres et rayons de lune

Des contes de fée

 

Il est une  seule  chose à laquelle elle pense…

C’est chevaucher le vent

Quand je suis triste, elle vient vers moi

Qu’avec mille sourires elle me donne gracieusement

Tout va bien, elle me dit,

Tout va pour le mieux

Prends de moi, tout ce que tu veux tout

Et

Vole, petite aile

 

 


Corps fleur, une rose (RC)


peinture: aquarelle perso - nu allongé - Bordeaux 2011

 

 

Si c’est une  toile  blanche

Qui attend  en silence

Que le pinceau  s’élance

Au dessin de tes hanches

 

Alors sur ce modèle

Corps et délits

Je le forme  et le plie

Et pourrais  ajouter  des ailes

 

En appelle  « l’inspiration »

Le bras, je vais le déplacer

La main, je vais  l’effacer

Et puis , varier la position

 

peinture: aquarelle perso - nu allongé - Bordeaux 2011

 

 

Tes courbes  opposées

Enlacées de lumière

Sans plus de frontières

Allonges , du corps  reposé

 

Modelée de sculpture

Mon geste te compose

Corps fleur, une rose

De créature, nouvelle parure

 

Et c’est ainsi que tu nais

Calligraphie,  déliés  et pleins

Arabesques de tes seins,

Sur la page du carnet …

 

dessin perso - nu 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 05


tu as surgi des blés dans ma rocaille tu as marché
est-ce mon image
une ancienne douleur de nuit
ce rêve au visage cloué
j’ai suivi tes pas et la route n’était plus qu’une planche

un cri d’enfant un battement d’ailes dans la cour
sur la terrasse le café et la galette du matin consolent
un ange rescapé de la nuit

Montpelllier de nuit, photo personnelle

 

voir aussi  l’hommage  de Rabah B à Abdelmadjid Kaouah  , dans  https://ecritscrisdotcom.wordpress.com/2012/03/28/rabah-belamri-poesie-mise-a-nu/

 

 

 


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 04


à Claude Krul-Attinger et à Zakarya Tamer

l’enfant rit toi qui appelles la mer

tu sais son cœur est un oiseau qui se balance

entre la tendresse des mots une aile bleue

une aile verte la rose et l’étoile l’accompagnent

l’enfant rit son ombre danse

mais un jour le roi de l’étendard noir décrète

le rire blasphématoire

on frappe le poème le cœur éclate en gerbes de soleil

l’oiseau s’envole le rire de l’enfant dans la gorge

sur l’herbe danse toujours une ombre d’étoile et de rose

photo- Eliott Porter