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Luis Aranha – L’aéroplane 25


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Je voudrais être un as de l’aviation pour voler
Au-dessus de la ville de ma naissance !
Bien plus haut que les lamentos de bronze
Des cathédrales cataleptiques ;
Tout près de l’azur, montant presque au ciel
Loin des maisons qui diminuent
Loin, bien loin de ce sol d’asphalte…
Je voudrais planer au-dessus de la ville !…
Le moteur chanterait
Dans l’amphithéâtre lambrissé de bleu
Sa ronflante symphonie…
Oh! voler sans escales dans l’espace qui s’étire
Pour moi, seulement pour moi ;
Traversant les vents effrayés
Par mon audace ascensionnelle
Jusqu’où eux seuls sont parvenus !…
Tournoyer en altitude
Et d’une descente rapide
Tomber en tourbillon
Comme un oiseau blessé…
Faire de subites cabrioles
Des loopings fantastiques
Des sauts de la mort
Comme un athlète élastique en acier
L’âpre crissement du moteur…
Dans l’amphithéâtre tapissé de nuages Tambour…
Si un jour
Mon corps s’échappait de l’aéroplane
J’ouvrirais ardemment les bras
Pour le bleu plongeon dans le soir transparent…
Comme je serais pareil
À un ange au corps déployé
Ailes ouvertes, précipité
Vers la terre distante…
Fendant le ciel dans ma chute brusque
Rapide et précise,
Déchirant l’air en extase dans l’espace
Mon corps chanterait
En sifflant
La symphonie de la vitesse
Et je tomberais
Dans la ville parmi les bras ouverts…
Être aviateur pour voler bien haut !

 

 

 


Laisser rebondir le soir – ( RC )


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Tu laisses rebondir le soir :
la harpe d’ombres
accompagne ceux
qui restent sur place .
Comme un rituel,
à la même heure, ou presque

avant que le jour ne grise,
et que le verger
fasse semblant d’oublier
la lumière solaire.
Les ombres s’allongent donc,
impudentes,

et voudraient traverser
les êtres, aussi .
Elles les questionnent
sur leur devenir .
(  C’est que se poseraient
les flocons de la nuit,

– encore épars – )
dévalant la pente du jour
dont les empreintes digitales
se confondent avec les ailes
feutrées des oiseaux nocturnes ,
qui en ont fait leur domaine .

RC – juin  2017

 


Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Un escalier vers l’infini ( RC )


escalier-01

Installation  : David McCracken

  • Je ne sais combien de marches il faut

    pour gravir l’infini.

    On dira qu’il y a le temps,

    puisqu’on nous a promis

    l’accès au paradis :

                Il y a une contrepartie  :
On ne peut y accéder qu’après
avoir laissé son corps
au magasin des antiquités ,
ceci dit on est beaucoup plus léger

et on ne compte plus ses efforts
pour emprunter l’escalier
qui a necessité d’abord
je ne sais combien
de menuisiers.

Au début on est très nombreux
à vouloir accéder à l’infini
que certains appellent
le Royaume des cieux
mais certains s’impatientent

ils trouvent la progression trop lente
–       ( étant pris de doute
sur la destination de la route ,
et pourquoi cette pente ).
Bien entendu pour accéder au ciel

il faut penser à l’essentiel,
non pas au monotone :
et comme pas mal abandonnent
     – ont-ils perdu la foi ?
     – pourtant ils ne portent pas de croix !

Toujours est-il que ,   sur les inscrits
les candidats se raréfient,
c’est ce qui explique,
en toute logique
que l’escalier se rétrécit .

La progression est plus facile,
quand la population est divisée par mille,
   – où sont passés les autres encore
   – ça je l’ignore
car ils ne visent pas le haut.

  • Comme dans les jeux vidéo

    ils sont bloqués au niveau inférieur

    et pour leur plus grand malheur

    ne disposent pas de vie de rechange,

    de quelque astuce ou ficelle

         ( ni de l’aide des anges
qui ne prêtent pas leurs ailes ).
          Et puis — est-ce une vision d’optique,
correspondant aux mathématiques  :
les côtés de l’escalier

sont difficiles à mesurer   :
               la vie éternelle
               ne tient pas compte des parallèles :
ne vous inquiétez pas pour autant:
comme je l’ai dit :    vous avez tout votre temps

déjà vous avez dépassé les nuages
vous êtes sur le bon chemin
à cheval sur votre destin
       n’oubliez pas vos prières,
       ne croyez pas aux chimères

ne regardez pas en bas
–  Attention au vertige !
Progressez comme ça :
         c’est déjà un prodige
        d’avoir quitté la terre

Comment,    vous ne voyez toujours rien ?
Ah ,   mais tous les paroissiens
qui entreprennent ce voyage
                       clés en mains
ne peuvent tirer avantage

de rencontrer les saints
enfin                  pas tout de suite :
la visite,     certes,        ….est gratuite,
mais de ce belvédère
il est difficile de voir St Pierre :

Ce n’est pas un défaut de vision,
mais cela doit beaucoup aux conditions
atmosphériques  :      même avec un guide
             c’est encore Dieu qui décide,
et ses desseins son impénétrables…

Comment ça,           c’est discutable ?
Si vous avez une réclamation à faire
après votre grimpette
            adressez-vous au secrétaire
            qui examinera votre requête…


RC – janv 2017


Des soleils se sont effacés – ( RC )


 

 

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Tu navigues en terre lointaine.
Des soleils se sont effacés.
Ils ont sombré derrière des rideaux de fumée.

C’est ce que rapportent les oiseaux
qui ne connaissent pas de frontières.
On ne leur a pas encore coupé les ailes.

RC – juin 2016

 

en hommage   au poète irakien Salah    Al Hamdani  et plus particulièrement  son ouvrage « Rebatir les jours »


Ange empêché – ( RC )


Image associée

peinture:  Odilon Redon ( l’ange déchu )                                    

 

L’ange  s’est , d’un coup de prière
Déplacé du vitrail,
Accompagnant de rayons,

Les âmes sombres,
Là où la lumière renonce,
A  aller plus loin….

Car la porte  du ciel était close,
Sur ce qui suinte,
Davantage  que les larmes,

– celle des cierges –
Vite figées comme ce qui transpire
Des  confessionnaux.

L’ange assistant aux offices,
Aux  cérémonies,et rites
N’émit pas  d’opinion,

Sur ce qui est factice
Dans la religion,
Et sa pratique hypocrite,

La crainte des démons,
La morale  et ses sermons,
Contrition et pénitence…

Malgré une infinie patience,
Finit par abdiquer,
Et,     de guerre lasse,


Voulut reprendre sa place,
En laissant à d’autres,
La lourde tâche

De laver les péchés
– et autres tâches-
méritant l’absolution,

celles dont les  prêtres s’acquittent,
avec l’habitude,
qui sied à leur profession.

Notre ange fut pourtant empêché,
De rejoindre dans l’air pur,
( peint  d’un traditionnel azur ),

Les autres figurant
Un saint Sacrement,
porté dans les airs,
dessiné sur le verre…

Le vitrail étant fêlé,
Peut-être par un jour de tempête ,
Ou bien une figure ailée,
L’ayant heurté de la tête

On avait remplacé,
Le morceau cassé …
La fenêtre maintenant fermée,

Avec du verre armé,( anti-reflets )
Ne permet plus de voir,
La couleur  de l’espoir,
Même à l’aide  d’un chapelet.

Ne pouvant  contempler le ciel,
L’ange ,           sur terre  enfermé,
Est maintenu prisonnier,

Comme lorsque  le gel
Empêche, de nuit comme de jour,
A la vie, de suivre  son cours…

Ainsi suspendue
A la morte saison,
Qu’elle  sangle  et ficelle ;

Ayant comme Icare, perdu ses ailes,
Et avec elles, la raison,
Il fut,          avec les  hommes,       confondu…

Peut-être est-il des nôtres :
–             On ne sait rien de lui …
Peut-être  hante-t-il
les lieux,   la nuit,

avec une  sébile
En appelant aux  apôtres
et autres  saints :

Ceux  qui sont  envoyés ici-bas
Dans le plus grand  anonymat,
et que rien ne distingue des humains :

C’est sans doute chez eux  qu’il faut chercher
( dans les  âmes  grises,
              plutôt que les  églises ).

On dit  que l’ange y est caché,
Ou bien, derrière les esprits, pacifiés..
Préférables  à ceux  qu’on a crucifiés  …


RC – juin 2015

photo ci-dessous  : Lady Schnaps

ange ds l'église


Georges Bataille – L’Archangélique – 01


Georges Bataille -        Untitled drawing for Soleil Vitré– dessin –        Georges Bataille  « sans titre pour   « soleil Vitré »


Rafales d’ailes, mains négatives – ( RC )


art préhistorique

art préhistorique:          grotte de Pech Merle

 

 

 

 

 

 

 

 

Rafales d’ailes, froissant les airs.
Aquarelle  délavée où serpente  une fumée…
Un instant fugitif,        promis à l’oubli.

Une peinture  dans l’obscur,
L’intimité close, de la grotte,
Des chevaux superposés, galopent .

Les millénaires s’entassent .
La mouvance des airs,
passe     en surfaces.

Une peinture dans l’obscur,
Et le geste de l’homme, déposé ,
Celui marquant la présence.

Message des mains négatives,
    Empreintes,
Charbons de bois.

RC – mai 2015


Rythme, lignes, thème et variations – ( RC )


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peinture             H Matisse-

Une pulsation persiste,
         malgré soi.
C’est un motif répétitif,
comme celle de ces frises
Sur le fronton des temples grecs,
mais qui s’offre quelques  détours .

Le battement d’un coeur
       Que l’on oublie,
Une basse continue
sur laquelle la trame
de la symphonie concertante
prend tout son appui.

Un rythme régulier,
qui se fond dans l’arrière-plan,
–  métronome contrebasse,
   soutenant la cantate,
dont on devinera le centre
en tendant mieux l’oreille.

Un ange parcourt les firmaments,
on peut suivre son échappée,
(  pas le froissement des ailes  ) ,
qui pourtant décrit
l’envolée de ses courbes,
Elles  s’appuient sur le ciel .

Ainsi les arabesques
dessinées dans la couleur,
ou les spirales enroulées,
jouent chacune  de leur accord,
avec l’évidence  d’une  danse
dans les tableaux de Matisse.

Le temps est une aire indéfinie,
qui s’étend sur la toile :
points et surfaces
relient les lignes entre elles….
Thème, fugue et variations,
Mélodie et contrepoint.

Vois comme le coeur
est,  lui-aussi,   une musique  !
Son battement
est celui d’un tempo,
transformé en courant,
en cascades:

Le flux d’un ruisseau,
inscrit ,
en lettres invisibles,
sur chaque page,
de la partition , son rythme
se combine aux autres:

Une grande portée,
la mesure de la vie :
Une passacaille où le sang
donne le sens:
Celui qui permet de mieux respirer
la couleur des choses.

RC-  juin 2015


Papiers-pleins , pensées plates – ( RC )


 

 

 

 

Il y avait sur le mur,
Plein d’ailes portées par le papier.
Oiseaux  et papillons se multipliant
Identiques …  – papiers pleins
–  Conséquence d’anciennes générations,
Jungle de           gestations d’encre.

Ils ont même voulu,
De l’épaisseur plate de leurs pensées
Sauter le pas,       jusqu’au plafond
–        ( ce ciel leur tendait l’espace )
Et camoufler innocemment,
Tout ce qui faisait obstacle .

Mais il est difficile  d’aller
Jusque dans les  recoins.
L’ombre ne souhaitant pas trahir ses meubles .
L’idéal aurait été que tout fut       plat,
Et même notre corps ,
Notre cerveau, se mettant à penser plat :

( optimisation d’espace ) .
L’illusion serait parfaite
Nous allons peupler un décor,
Et l’être   aussi .
Voilà donc ,              cette pensée plate :

Livrée , prête à encoller…
….  Lés alignés  ,   de  décors des corps  .

 

RC – nov 2014

 


Pierre Reverdy – chemin tournant


photographe non identifié - rencontres  d'Arles

photographe non identifié – rencontres d’Arles

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l’eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d’orgue dans les sentiers
Le navire du coeur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s’éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme des
brins d’herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles
Le matin à peine levé
Il y a quelqu’un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
règle le mouvement et pousse l’horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
Tout ce qui s’est passé au monde
Et cette fête
Où j’ai perdu mon temps

 

Pierre Reverdy, Sources du vent, Poésie/Gallimard


S.M.Roche – Nocturne


372023

 

 

Des ailes bruissent au fond d’un seau,
des formes surgissent de la terre,
d’autres sont accroupies.

La rumeur de leurs mains nappe la ville.
Un dernier fruit tombe du ciel
sur la tôle du poulailler
et les coqs sont réveillés.

Personne ne pense aux étoiles,
il a fait trop chaud tout le jour.

Le dormeur amène la voile,
le songe s’engrave sur le lit,
le poème s’est perdu.

Il reste le bois fendu
d’une nuit sans sommeil.

 

– A lire, avec beaucoup d’autres  sur  le site « chemin tournant »


René-Guy Cadou – Lettre à des amis perdus


zadkine

sculpture  :  Ossip Zadkine

 

Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d’eux n’est revenu
Je continue à vous écrire

Tout le mois d’août s’est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j’ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez

Maintenant j’ai peur de l’automne
Et des soirées d’hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups

Venez donc car je vous appelle
Avec tous les mots d’autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j’ai des trous noirs dans les ailes

RENÉ-GUY CADOU


Cathy Garcia – Printemps païen


panneau:  Odilon Redon

panneau: Odilon Redon

 

PRINTEMPS PAÏEN

Papillotes bleues qui dansent,
Papillons heureux qui s’élancent
Dans le vaste le ciel

Mouillé de pastel !
Clochettes qui vont par les chemins,
Porteuses de bonnes nouvelles,
Froissant leurs ailes sur les herbes
Parfumées.

Cortège étincelant,
Vibrionnant de soleil !
Clavecins huilés
Qui bruissent
Dans les champs d’azur !

Corolles lisses, touches
De blanc pur,
Si fragiles
Et maintes fois déflorées
Par un doux et vigoureux
Bourdon déluré.

Bat le tambour de la terre,
Cœur de mésange chaud et palpitant
Et dansent les filles légères,
Leur robe en fleurs !

Sonnent les fifres,
Chantent les alouettes,
Les rats des champs
Sortent en guinguette!

Les nuages pompeux
Entrent dans la danse
Et tournent,
Tournent de plus en plus vite !

Ils enflent, s’assombrissent
Jusqu’à se brouiller entre eux

Et moi qui dansais avec eux,
Le nez en l’air,
Le cul par terre,

J’entends le crépitement
De leur rage qui ruisselle
Sur ma pauvre pomme
Inondée de joie !


Mémoire de grandes ailes blanches – ( RC )


A ne pas  gagner l’ombre,
Et les étés enfuis,
Sur la longue plage du temps,
Je te suis,
Et te vois                       de loin,
Marcher toute seule,  sous la pluie,

Il y a les îles,
Fouettées par les embruns,
Les perles  d’eau salée        sur ton visage,
Les galets luisants ,  glissant sous mes pas,
Et le vent qui t’accompagne,
Avec les odeurs du large.

De grands oiseaux blancs planent   en tournant,
Et se rappellent                    des instants soleils,
Du sable épousant les courbes   de ton corps,
Les coques des voiliers     aux couleurs vives,
L’air vif,                      faisant claquer les voiles
Et empli du parfum des orangers.

Bien sûr la Normandie,   au pied des falaises,
Est loin de l’Italie,
La lumière se dissimule derrière les nuages,
Comme le bonheur approché,
Mais reste à portée d’elles,
Si j’étais porté moi-même,

Par ces grandes ailes  blanches.

RC –  12 septembre  2013


Katica Kulavkova – Le milan et l’ombre


 

 

Dans le ciel d’été le milan vole
sous la calligraphie illisible du zodiaque
en cercles d’abord vastes et heurtés
comme d’inavouables pensées
puis toujours plus serrés, obsessionnels
il s’attarde au dessus du fond natal
même si tout le reste continue à tourner
autour de son axe invisible.

L’ombre du milan tombe circulairement
sur la Terre d’où surgissent les eaux
comme des amours interdites
et l’homme se soumet à la soif
quand bien même il n’ose l’avouer.

L’ombre-écho résonne en rêve
mil-an, mille ans de mémoire…

Songe au moment où elle t’avait ébloui.
lorsqu’elle avait rebondi inaudiblement contre le ciel
fidèle au milan et à l’incommensurable
et tu l’éprouvais comme venant de partout
sans la trouver nulle part.

Rappelle-toi cet instant non terrestre.
Si l’infidélité devait commencer
le mirage égoïste
la scission de l’âme d’avec la forme
si la mémoire libérait son tourbillon démoniaque
tel un fantôme se logerait en toi
l’oiseau qui s’assoupit sur la croix de l’infini
loin du fond auquel nous rive la vanité
comme à la vie.

Tu quêtes éternellement sur terre
ce qui se passe au ciel.
La forme disparue, l’homme perdu
survole ton esprit
tu tournes ravie et inconsolable
et ton ombre se dessine si près
que la distance te manque
pour t’approcher de toi-même
et replier tes ailes !

 

à voir  sur le site  « recours au poème »...

 

 


François Piel – Notre peur


art: Miquel Barcelo –      peinture « négative »avec eau de javel-     chapelle du Mejean Arles 2012

NOTRE PEUR

Notre peur
ne porte pas de chemise de nuit n’a pas des yeux de chouette ne soulève pas de couvercle n’éteint pas de bougie
n’a pas non plus visage de mort
notre peur
c’est trouver dans une poche
un papier
«avertir Wojcik
dans la rue Longue c’est brûlé»
notre peur
ne s’envole pas sur les ailes des vents ne niche pas dans la tour de l’église elle est terre à terre
elle a la forme d’un baluchon hâtivement noué avec des vêtements chauds de maigres provisions et des armes
notre peur
n’a pas visage de mort les morts pour nous sont doux nous les portons sur nos épaules dormons sous la même couverture leur fermons les yeux arrangeons la bouche choisissons un endroit sec et les enterrons ni trop profondément ni trop superficiellement


François Piel    (1961)


Passage de l’ange ( RC )


peinture P Gauguin, – détail –  » D’où venons-nous, que sommes nous, où allons nous ? »

peinture  –  partie centrale         » D’où venons-nous,que sommes nous, où allons nous  ?  »   1897

 

 

Comme on dit,       sur terre,

–      Au creux d’un silence,

passe l’ange     ( un mystère),

Lui,      sans bruit,   danse..

 

On ne le voit pas,

Seuls ses cheveux ( d’ange ),

        S’agitent ici-bas,

Si ma tête penche,

 

Je sens, assis sur le vent,

Ses ailes qui me dépassent,

Et l’ange, ( ou ce revenant ),

–        Grand bien me fasse –

 

Semblait chercher son chemin,

>         Ce qui me fait marrer…

Que ces êtres de lieux lointains,

Puissent ainsi s’égarer —–

 

Si loin des dieux et déesses,

Au terme d’un long voyage,

Seul     ( panne de GPS ) ,

descendu de son nuage.

 

C’est            parce que c’était dimanche,

Et, que, poursuivant      un diable fourchu,

Au long cours d’une   météo peu étanche,

Vit aussi cette sorcière aux doigts crochus,

 

Perforant d’un coup de roulette russe,

A cheval        sur son vieux balai,

Un vieux             cumulo-nimbus

Ce      qui ne fut pas sans effets…

 

Perdant               l’appui de l’arc-en-ciel,

…           pour le pique-nique ( c’était fichu),

Notre ange en oublie de fixer ses ailes,

Et se trouve à errer parmi nous, ainsi déchu…

 

Ou, peut-être objet d’un malaise,

>            C’est une supposition,

Une possibilité,   une hypothèse…

Mais ,          qui pose question…

 

Ou alors,           c’est mon ange gardien,

<                Qui veut mieux me connaître,

Me parler, dialogue ouvert, établir des liens,

Lui, qui m’a vu naître…

 

Ou encore, ange égaré, peut-être

Cherches tu      la bonne adresse,

La bonne porte, la bonne fenêtre,

D’une âme               en détresse ?

 

>              Quelqu’un d’un peu fou,

lui demandant « D’où venons-nous ?

                              – Qui sommes-nous ?

                               –   Où allons-nous ? »

 

Mais   –   que prend-t-il donc aux humains,

De poser   des questions embarrassantes,

S’il ne leur suffit pas de lire les lignes de la main ?

Et ,               sans réponse satisfaisante…

 

Peut-être             la raison de sa présence,

Ici,              dans les odeurs de poisson frit,

Dans ce bas monde, le don de sa confiance,

Apparaît , aussi, sous un ciel chargé ,et gris…

 

Déposant sur la terre,

Un parfum subtil               qui l’entoure

D’une traînée d’étoiles,        de lumières

Et de l’ombre,         redit un peu le jour.

 

 

RC – 24 juin  2013

peinture: Paul Gauguin: lutte de Jacob avec l’ange 1888


Des gestes et des ombres ( RC )


image :           flotte galactique de joeliah.amie-des-anges

Sur le tableau de la nuit,
perforent des étoiles,
qui disent les mondes
– lointains-
propices aux imaginations

Et même les euphories,
Les joies et désespoirs
Déploient  en méconnaissance de cause
Légèreté  et ténèbres.

C’est un esprit vulnérable,
Qui se développe  aussi en corps
Et voyage en solitaire
Sans savoir où les gestes portent

Ni qu’ils  s’engluent parfois
Dans une toile  d’araignée
Dont on n’a pas détecté la présence
Au coeur de la nuit.

Il faut replier ses ailes
Et plonger dedans
–  dedans  soi-
Pour trouver d’autres  étoiles

RC   – 2 avril 2013


Robert Piccamiglio – Epervier


JJ Audubon

JJ Audubon

 

Epervier

Je me jette depuis le sommet
d’une montagne
habillé d’un costard blanc
trop grand pour moi
je me transforme
en épervier.
Je me mets alors à voler
haut fier et libre
et je balance
quelques ‘ clins d’œil
aux avions supersoniques
qui traversent le ciel
sans jamais se retourner.
La nuit aussi je vole
je visite en coupant
par le milieu des nuages
lourds épais et gris
des horizons endormis
pendant que d’autres s’éveillent
je tourne tout autour
de la terre et du ciel
je fais comme si maintenant
j’étais devenu immortel
comme l’Ange silencieux
appuyé contre le mur.
Plus besoin de dormir
plus besoin de manger non plus
encore moins de rêver
juste regarder mes ailes
s’ouvrir se fermer
se déployer dans le sens
contraire du vent
de la pluie des saisons
et de la mort.

extrait  du « baiser de la Toussaint »         ed Jacques Bremond

 

 

 

JJ Audubon

 


Dis-moi, de l’existence … ( RC )


photo perso:  coq "de garde", chez un guérisseur .  Burkina Faso dec 2011

photo perso: coq « de garde », chez un guérisseur .    Burkina Faso          dec 2011

Dis moi, de l’existence, la réalité.
Hors de nous , pays habités,
L’écharpe de l’horizon, ceinte de brume
Continue, mer , océan, écumes

La poignée de mondes,  qui restreint
Que tire d’ailes, les atteint
Et que les vies  pressent
Sous le soleil ardent, paressent..

Si la sphère habitée est transparence
Où faut-il que mon regard  s’élance ?
Vois -tu de l’autre côté de la terre
Les chemins et routes de poussière ?

Les grandes étendues et la course
des étoiles… disparue la Grande Ourse
L’au delà d’une vision, sans pourtant qu’elle ne se voile
Un quart de cercle, porté vers l’australe.

Vois, la planète , d’un autre costume
Autres peuples, autres  coutumes
Les nôtres, en pays lointain n’ont plus cours
Aujourd’hui est un autre jour

Qu’une aube nouvelle  fusionne
les espaces  d’une  vie, et résonne
en nous, autant les vaisseaux  s’enchevêtrent
Et bat, au coeur, le sang de notre être

Il se voit circuler d’autre façon, étourdi
Sans forcer l’envers, sans  interdit…
Le continent des ailleurs, ailleurs improbables,
Modèle le visage des hommes — en  terre  arable.

RC  – 8 janvier 2013

 


Redon – les plaisirs , les jours , les ors de Redon ( RC ) – M Proust- Arthemisia


Sans les larmes, les yeux pleins, au regard immobile, le vertige des chevaux peints, passent en demain les belles ors de Redon,

dansent, ma neige, en cercles aériens, tourbillon vertical aux ailes enlacées,

la terre se soulève aux équidés embrassés , point de quotidien qui finit, l’aventure de l’Arc en ciel,

recommence à chaque mouvement des nuées, la terre a sa chaleur d’été, les ombres sont en fumées,

dissoutes dans un bleu inventé, le goût des heures demeure        …. au temps immobile des plaisirs et des jours…

les « plaisirs et des jours » fait bien sûr référence à Marcel Proust

dont voila  l’extrait final de  « les Tuileries » …  un texte très « imagé », qui m’avait fortement marqué en tant que collégien…

photo:

Bernard Legon            Sculpture:                   Coysevox:                  allégorie de la renommée

 

Au bout de la Terrasse, un cavalier de pierre lancé sans changer de place dans un galop fou, les lèvres collées à une trompette joyeuse, incarne toute l’ardeur du Printemps.
Mais le ciel s’est assombri, il va pleuvoir. Les bassins, où nul azur ne brille plus, semblent des yeux vides de regards ou des vases pleins de larmes. L’absurde jet d’eau, fouetté par la brise, élève de plus en plus vite vers le ciel son hymne maintenant dérisoire. L’inutile douceur des lilas est d’une tristesse infinie. Et là-bas, la bride abattue, ses pieds de marbre excitant d’un mouvement immobile et furieux le galop vertigineux et fixé de son cheval, l’inconscient cavalier trompette sans fin sur le ciel noir.

le même cavalier  ( le Renommée, du sculpteur Coysevox ), par un temps différent,  montage perso

le même cavalier (  la  » Renommée »,      du sculpteur Coysevox ),    par un temps différent,                 montage perso

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et Arthemisia, dans  son post  » Finir bien« …   « me répondit »

 

https://ecritscrisdotcom.files.wordpress.com/2012/12/73a97-redon2ble2bchar2bdu2bsoleil.jpg

 peinture: – Odilon REDON  Le Char d’Apollon   Vers 1910

Ce cavalier là avait les yeux pleins. Ils repoussaient la pluie, appelaient le soleil, et même quand il s’éloigna, ils laissèrent sur la terre une couleur nouvelle, inconnue, hors de l’arc en ciel, qui donna du goût aux heures, et le courage d’aller vers soi.

Dans l’habitat du quotidien, ils offraient la force des lendemains. Des autrement.

Cela aurait pu être le début de l’histoire. Ce fut son dernier chapitre.

Il fallait bien finir.

Il fallait finir bien.

© Arthémisia – 05/2011


Nathalie Bardou – L’empreinte jaune


peinture: Mark Rothko

peinture: Mark Rothko

Une tentative de lumière   (jaune), (chez Bleu- pourpre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 » Il y a eu cette naissance

Verticale

Patine bleuie en atour

Et le germe du vent dans la demeure de papier.

Et

Chaque matin,

J’étais ainsi

A lire le monde

-que le bleu me délave

Ou que l’ocre m’engourdisse

De langues chaudes.-

Je pénètrais ce monde

Et ses éphèmères dentelles

– comme si la mémoire avait trop bu-

Et qu’il me restait

Aux chevilles, des rosées

De siècles fanés.

Les rêves nonchalants

Enroulés

Aux reflets des fenêtres absentes,

Les bras brassant

Des champs d’histoires,

J’étais au centre

Des murs brûlés

Par l’été désertique.

Si vous saviez

Comme j’ai entendu l’indigo pastel

Résister à la fissure,

S’enfoncer dans le parchemin,

Ce rouleau des nuits

Qui soupèse le soir

Ou même l’espoir.

L’empreinte pigmentée,

Les bras en croix,

Il suffisait

D’attendre

La dilution des racines

Sous la voute .

La brume,

L’artisanat de l’heure,

Le remue-ménage bruissant

Des moignons d’ailes.

Il suffisait

D’attendre

Le fouet du vent

Et les poings poussant les pieds.

Puis

Il y eut ce silence

Vous vous souvenez ?

Cette bouche de silence…

Et ne restât que mon empreinte

Contre la chaleur du jaune.

N.B.  Aout 2012

Nathalie Bardou qui nous dit: Très librement inspiré de la fabuleuse série  » POINTUS » de Luc BERSAUTER :http://www.facebook.com/media/set/?set=a.337148326370847.78493.139166146169067&type=3


La porte du sommeil ( RC )


photo : opéra de Wagner:            l’anneau des Nibellungen


La porte du sommeil


Lorsque la lourde porte s’entrouvre
Et que se glissent les rêves
Les brumes des légendes,
Les nymphes flottantes,
Aux bruits                      de la forêt,
Laissée,            nocturne à la mousse
Et aux sommeils sauvages,
Juste effrités,               par les images
Furtives des biches, venues s’abreuver
Aux sources de la nuit.

Il y a dans nos mémoires,
Toutes les histoires,
De chevaliers errants,
Les étangs fumants,
Les poussières fuyant en rayons de soleil,
Lorsque, justement, on sombre dans le sommeil.
Les fées sont d’exquises danseuses  *
Les plantes, aux tentacules vénéneuses,
Se liguent ,               hantant, en errance,
Nos souvenirs d’enfance.

Dans nos rêves, se glisse la tempête,
Si on soulève la tête,
C’est tout un monde fantastique,
Qui bascule toute logique
Le désert des tartares
Les griffes du cauchemar,
Les épées qui tranchent
Les arbres qui se penchent
La brume filtrant des puits
Les nains qui s’enfuient…

Un cercle de feu ,              où s’inscrit
—             La chevauchée des Walkyries,
L’écho renvoit,             et répète
Les sonneries des trompettes…
—  Dans la tête aussi , les peintures d’Odilon Redon
Et s’envolent aussi                    le char d’Apollon,
Et d’autres                              animaux sauvages,
Quittant la terre pour un voyage,
Tutoyant l’irréel
Dès que leur poussent des ailes.

RC  –  4 décembre 2012

illustration: l’or du Rhin

* «  les fées sont d’exquises danseuses » est le nom d’une pièce pour piano de Claude Debussy,   ( préludes)             voir lien DailyMotion


Ahmed Mehaoudi – ombrage chanté


Gravure sur bois - Georges Braque -:

 

gravure: Georges Braque

 

comment arrive t-il de ses ailes
à venir décrire de ses yeux de songeur
le feu nourri de nos théoriques certitudes
la course évidente du monde qui passe
comment arrive t-il
à murmurer sur nos lits fermer au soleil
la verité du livre des vérités
puis à l’aurore siroter
la ligne blanche de la nuit
où se croisent étoiles partantes
et lumière du matin

comment de ses ailes
atterrir
clamer que l’homme est le dernier à rire
quand c’est aux oiseaux d’en être les derniers
chanter au plus profond de la gorge
que c’est sa jeunesse qui fait défaut
et alors s’envoler à nouveau
là haut à l’écoute d’autres chants mystérieux…

 

 

-21 novembre 2010