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Frédéric Clément – Deux et déjà …


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dessin – aquarelle  persos   2011

 

Dans la pénombre où l’on devineDe lents mouvements de poitrine

Aux souffles courts à peine audibles

On sent une peur indicible

 

La peur de n’être plus jamais les mêmes

La peur d’aimer sans être aimé

La peur impossible à nier…

La peur… Impossible à nier

 

Est-ce que c’est ainsi la première fois

Les perles d’eau, la peur du froid

La première peau contre sa peau

L’étrange effroi mêlé de chaud ?

 

Deux et déjà si peu de mots

Deux, et déjà seuls à nouveau        

 

Il est encore hésitant

Elle, immobile, elle attend

On dirait que le temps se froisse

Que leur corps est pris dans la glace

 

Leur corps qui n’est plus tout à fait le même

Leur corps orphelin désormais

De tous les rêves qu’ils ont faits

Leur corps et l’impasse où il est…

Leur corps… Et l’impasse où il est

 

Est-ce que c’est ainsi la première fois

Les perles d’eau, la peur du froid

La première peau contre sa peau

L’étrange effroi mêlé de chaud ?

 

Deux et déjà si peu de mots

Deux, et déjà seuls à nouveau .

 

le texte de cet auteur ( parmi d’autres) , est visible sur ce site


Anise Kolz – tout perdre


 
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Aimer

c’est être mortel
et lutter contre
avec toi

pénétrer dans ta chair
en nageant
m’y mordre
et me posséder
tout perdre
pour continuer
à vivre
dans une peau
humide et calme
comme une grotte

Me voilà parvenue jusqu’ici
maintenant je rebrousse chemin
ma voix en cage
muette

 


Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Ryan Adams – J’ai juste peur d’être aimé


I don’t know

what I was thinking

I guess I just got sad

for a while

I was just afraid of being loved

and feeling good

being listened to listening

understanding

and being understood

Ryan Adams   just be understood

Je ne sais pas

ce que je pensais

Je suppose que je deviens triste

pendant un moment

J’ai juste peur d’être aimé

et de me sentir bien

d’être écouté ,écouter

comprendre

et être compris

 

Ryan Adams


Leeli – Comment tu es long


sculpture: couple enlacé, art Khmer, metropolitan mus of Art, NYC

sculpture:  Art indou  – Orissa

Comment tu es long
Et comme je suis loin
Assise entre deux mers
Ici où les fleuves
Poussent comme des pissenlits
Et les draps bien tirés
Font des vagues sous nos dos

Comme je suis longue
Allongée sous ta main
Pas de timbres, pas de plumes
Mais des ondes en cascades
Et un tam tam
Ridicule
Qui tient le temps
Et nous force à aimer.


Francis Combes – lettre à de jeunes poètes


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Lettre à de jeunes poètes

1 – Adolescents, nombreux sont ceux qui éprouvent le besoin d’écrire des poèmes. Par la suite, la vie se charge de vous émonder, de vous faire renoncer à cette activité ni raisonnable ni rentable. Le poète est celui qui n’a pas renoncé à ses erreurs de jeunesse. Mais pour cela, il faut lire, travailler, se corriger sans cesse. Car la poésie est aussi un art. Etudiez les poètes qui vous ont précédés. Une fois que vous avez trouvé la poésie, continuez à la chercher. Apprenez les règles. Ne les respectez pas.

2 – Le plus important est de se former une conscience et une sensibilité d’être humain vivant pleinement son temps. Il ne s’agit pas d’être dans l’air du temps ; il s’agit d’être à la pointe de son temps. Emporter dans ses bagages ce qu’il faudrait garder du passé pour voyager dans le futur. Car la poésie n’est pas qu’un art. Ou c’est un art d’habiter le monde. La poésie n’est pas faite que de mots. Elle est une forme de conscience hypersensible. (Ou de sensibilité hyper‑consciente).

3 – Le rôle des poètes a toujours été de connaître le nom des plantes, des pierres, des oiseaux.

Enumérer le monde pour l’apprivoiser. La ville moderne et nos inventions font aussi partie du monde. Il nous faut les acclimater. Imaginer le monde. Manœuvrer dans la fiction à haut régime. Le domaine du poème, c’est le réel et c’est aussi l’impossible, le merveilleux. Il n’y a pas de poésie sans utopie. Le vrai domaine du poème, c’est le rêve éveillé. Entraînez-vous à marcher avec les pieds sur la Terre et ne dédaignez pas, de temps en temps, d’effectuer des sauts périlleux dans l’espace.

4 – Quand on est jeune et qu’on a la vie devant soi, on aime souvent les poèmes sombres et désespérés, le spleen, le noir et le gothique… Plus tard, on apprend à apprécier chaque instant de la vie. Il y a des poètes tristes et des poètes gais, des nostalgiques et des poètes qui espèrent. Parfois, ce sont les mêmes. Tous ont droit de cité dans la cité si, à l’égal du boulanger, ils font un pain bon, odorant, croquant, tendre et réjouissant ; s’ils apportent un peu de vérité, de force, de joie.

5 – Comme la vie est courte, il faut essayer de la vivre pleinement. Ne pas pactiser avec la mort. Dans une société où la plupart des gens perdent leur vie à essayer de la gagner, le poète s’arrête pour regarder, comprendre, sentir. Intéressez-vous aux autres, prenez le temps de les aimer. Le continent le plus étrange et le plus neuf à explorer pour le poème, c’est notre vie commune. Je est aussi tous les autres. Nous ne sommes pas si différents que ça les uns des autres. C’est ce qui fonde la possibilité du poème. Et du partage. Le poème élargit l’enveloppe de l’individu à l’humanité.

6 – Le poème est l’étincelle qui peut jaillir du frottement de deux regards. Sentir que nous existons vraiment parce que nous avons besoin des autres et que nous comptons pour eux. Essayer chaque jour de faire quelque chose qui soit utile et beau. Etre heureux est un travail. Le vrai bonheur est productif. Communicatif. Le poème est un cadeau que l’on se fait et que l’on fait aux autres.

7 – Les poètes ne sont pas les inventeurs de la langue. La langue vient du peuple. C’est en lui qu’elle vit et bouge. Même s’il est souvent dépossédé de ses propres mots… Le poète est l’Indien qui applique son oreille sur la poitrine du peuple pour entendre venir de loin le galop assourdi des mots… Et tente de leur restituer le sens de la chevauchée. Faites l’amour avec les mots. Faites qu’ils fassent l’amour entre eux. Parler est utile. Même pour aimer.

8 – Pas de poème sans jeu avec les mots. Mais la poésie n’est pas qu’un jeu. La vraie matière première de la poésie, ce ne sont pas les mots, ce sont les émotions, les sens, les sentiments. Il n’est pas non plus interdit de penser.

9 – Ne vous payez pas de mots. Ne faites pas trop confiance aux mots. Entendez leur musique ; sachez y céder… et ne pas y céder. Evitez les phrases creuses, les images et les idées qui sonnent creux. Restez concrets. Pensez en images. N’ayez pas peur de la folie. Dans la folie, restez lucide. Préférez le mot juste. Ajustez les mots. Il y a une vérité du poème. Cherchez la vérité ; dites-la.

10 – Il y a encore des révolutions à imaginer. Faites à votre idée…
À vous de jouer…

 

Francis Combes, président du jury du prix de poésie des lycéens et des étudiants « Poésie en liberté ».2008
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James Sacré – Une petite fille silencieuse


 

 

Parler de mourir et d’aimer pour un dernier mouvement d’écriture:

Quelque chose va quand même s’écrouler,
dans le silence ou n’importe quoi, voilà
Chacun s’en va vie quotidienne partout
Les mots ne sont qu’un bruit de plaisir vivant.
Mais le verbe aimer? T’entendre et te parler encore dans ce bruit
futile du temps. T’entendre?