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Alda Merini – vide d’amour


 

Francisco de Zurbarán, 1598-1664, Sainte Ursule, c. 1650, musée des Beaux-Arts de Strasbourg  extr.jpg

détail de peinture    Sainte Ursule, c. 1650                Zurbaran

 

 

de Vuoto d’amore,

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.


Alda Merini – j’ai besoin de poésie


Blackmon, Julie (1966- ) - 2012 Olive & Market Street 8640621910.jpg    photo: Julie Blackmon  ( hommage à Balthus : Olive & Market street )

 

Je n’ai pas besoin d’argent.
J’ai besoin de sentiments,
de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées,
de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres,
de chansons qui fassent danser les statues,
d’étoiles qui murmurent à l’oreille des amants.

J’ai besoin de poésie,
cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles.

 

Alda Merini

Balthus:  le passage  du commerce St André


Alda Merini – rêves


 

peinture: Lord Leighton

                                      peinture:       Lord Leighton

 

 

 

 

Le rêve se lève souvent et marche sur ma tête comme un elfe,

un tout petit elfe qui me dérange mais m’amuse aussi.

Combien de rêves ai-je faits ! J’y ai vu quelquefois une lueur magique, il s’agissait parfois de rêves lourds comme des pierres posées dans le centre du cœur.

Moi ces rêves je les ai tous acceptés : les formes me plaisent, qu’elles viennent ou non de l’inconscient.

Si elles venaient de l’inconscient, j’en recherchais l’origine.

Il s’agissait de toute façon de rêves magnifiques, pleins de couleurs, de rêves qui disaient “allez lève-toi ! la vie est belle ; elle est comme nous l’enseigne la nature, elle est toujours au-delà de l’angoisse”.

Et alors je m’asseyais sur mon lit et les rêves disparaissaient et l’air pur du matin entrait et mon corps devenait une merveilleuse statue, la statue d’un guerrier prêt à combattre et à se battre pour sa propre journée.

extrait de  « D é l i r e  a m o u r e u x »


Alda Merini – Les plus beaux poèmes s’écrivent sur les pierres


photo perso - région d'Essaouira- Maroc

                               photo perso            – région d’Essaouira          – Maroc

Les plus beaux poèmes

s’écrivent sur les pierres

genoux écorchés,

esprit aiguisé par le mystère.

Les plus beaux poèmes s’écrivent

devant un autel vide,

encerclés par des agents

de la divine folie.

Ainsi, fou criminel que tu es

tu dictes des vers à l’humanité,

vers de la rescousse

et prophéties bibliques

tu es frère de Jonas.

Mais dans la Terre Promise

où germent les pommes d’or

et l’arbre de la connaissance

Dieu n’est jamais descendu ni ne t’a jamais maudit.

Toi si, tu maudis

heure par heure ton chant

car te voilà descendu dans les limbes

où tu respires l’absinthe

d’une survie refusée.


Le più belle poesie

si scrivono sopra le pietre

coi ginocchi piagati

e le menti aguzzate dal mistero.

Le più belle poesie si scrivono

davanti a un altare vuoto,

accerchiati da agenti

della divina follia.

Così, pazzo criminale qual sei

tu detti versi all’umanità,

i versi della riscossa

e le bibliche profezie

e sei fratello a Giona.

Ma nella Terra Promessa

dove germinano i pomi d’oro

e l’albero della conoscenza

Dio non è mai disceso né ti ha mai maledetto.

Ma tu sì, maledici

ora per ora il tuo canto

perché sei sceso nel limbo,

dove aspiri l’assenzio

di una sopravvivenza negata.


Alda Merini – Ma poésie est vive comme le feu


peinture perso "jeune" - et sans doute bien aidé, à l'age de 5 ans je crois

peinture perso « jeune »  – et sans doute bien aidé,         –  à l’age de 5 ans , je crois

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini, La volpe e il sipario, Girardi, 1997,             Traduction de Martin Rueff


Alda Merini – mer


peinture :          Richard Diebenkorn: Ocean Park 1975 #79,         huile et pastel sur toile:            Philadelphia Museum of Art

 

 

MER

Je marche sur mes eaux de femme.
Je t’expliquerai qu’il y a une mer salée
et une mer pleine d’amour.
La ligne de démarcation a été ma poésie.

Avec elle j’ai divisé les mystères de la mer
et mon propre mystère.
Cependant j’ai compris que dans les petites choses,
comme ma modeste maternité,
il existe des mers infinies.
Où s’alternent seiches et larmes,
des choses jamais vues et grandeur de Dieu.
Et j’ai compris que la poésie est inutile.
Comme la beauté de la mer,
si on ne pense pas à qui l’a créée
qui est un grand mystère.

Alda Merini, Dopo tutto anche te,   -Après tout même toi,

Oxybia Éditions


Alda Merini – folie


montage perso- 2012

montage perso- 2012

 

 

Folie, ma grande jeune ennemie,

il fut un temps où je te portais comme un voile

sur les yeux, me découvrant à peine.

je me suis vue dans le lointain ta cible,

et tu m’as prise pour ta muse ;

lorsqu’est venue cette chute de dents

qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,

tu as acheté cette pomme de l’avenir

et m’as donné le fruit de ton parfum.

 
Follia, mia grande giovane nemica,

un tempo ti portavo come un velo

sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.

Mi vide in lontananza il tuo bersaglio

e hai pensato che fossi la tua musa;

quando mi venne quel calar di denti

che ancora mi addolora tra le spoglie,

comprasti quella mela del futuro

per darmi il frutto della tua fragranza.

 

Vuoto d’amore, Einaudi, 1991

 


Alda Merini – Cette heure qui me sépare de l’infâme aurore


 

peinture: Sarabande  -  Louis Saalborn  ( 1917 )

peinture: Sarabande – Louis Saalborn ( 1917 )

 

Terminé enfin cet enfer,

depuis longtemps déjà, désormais c’est printemps :

l’ordre juste

du sommeil remonte le long de mes chevilles

frappe ma tête comme un tonnerre.

Enfin la paix,

mes flancs et mon esprit vaincus,

et moi qui repose précise sur les pentes

de mon destin du moins pour cette heure

qui me sépare de l’infâme aurore.

 


Cessato è finalmente questo inferno,

già da gran tempo, ormai la primavera:

l’indole giusta

del sonno mi risale le caviglie

mi colpisce la testa come un tuono.

Finalmente la pace,

i miei fianchi e la mia mente vinta,

ed io riposo giusta sui declivi

della mia sorte almeno per quell’ora

che mi divide dall’infame aurora.

La terra santa, Scheiwiller, 1984

 


Alda Merini – poètes travaillant de nuit


peinture: Euan Uglow

peinture: Euan Uglow

Alda Merini | I poeti lavorano di notte…

I poeti lavorano di notte
quando il tempo non urge su di loro,
quando tace il rumore della folla
e termina il linciaggio delle ore.

I poeti lavorano nel buio
come falchi notturni od usignoli
dal dolcissimo canto
e temono di offendere Iddio.
Ma i poeti, nel loro silenzio
fanno ben più rumore
di una dorata cupola di stelle..

tentative de traduction  ( RC )

Les poètes travaillent de nuit
lorsque le temps ne les bouscule pas ,
quand la rumeur de la foule
et le silence

se termine le lynchage d’heures.

Les poètes qui travaillent dans l’obscurité
comme les faucons ou les rossignols nocturnes
de la plus belle mélodie
et la crainte d’offenser Dieu.
Mais les poètes, dans leur silence
font beaucoup plus de bruit
qu’un dôme doré des étoiles …

Yavuz – Saskia Pintelon