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Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches

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La nuit a juste oublié la lumière – ( RC )


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Tu ignores tout de la nuit .
Elle a juste oublié  la lumière,
Les belles saisons  s’enfuient

Sous des manteaux  de poussière,
Qui s’étendent  en rideaux,
De latérite

Sur les  routes d’Afrique    :
Ces fils tendus entre des pays,
Dont beaucoup mordent la misère,
A pleines dents .

Car la nuit  s’étale en plein jour,
La population ne connait d’amants,
Que les dieux  de l’enfer .

Ce sont eux  que l’on prie :
On dirait que le passé d’esclavage,
N’a pas suffi,

Toujours on se décide,
Pour le choix  du fer,
Le goût du sang ,
Et ses ravages.

Ce ne sont pas les luttes fratricides,
Qui résoudront les  choses :
Les groupes  de fanatiques,

En répandant la terreur  ,
Augmentent encore la dose,
Avec le rideau de la nuit .

Malgré la chaleur,
Le soleil reste  extérieur
Bien loin  de la terre ,
Et des démons de la guerre  .

RC – mai 2015


Frédéric Angot – Lune sang amour


peinture: Max Ernst; forêt d'arêtes de poissons

peinture:            Max Ernst;          forêt d’arêtes de poissons

 

LUNE SANG AMOUR

 

 

-Cette nuit là, un râle d’Amour, tel un châle,

s’envola si haut et si bien qu’à la lune il

parvint.                  En ce si beau ici-bas, dans

d’érotiques ébats, s’aimaient deux êtres.

L’Idéal semblait paraître, quand, la lune d’or

esseulée, délaissée du soleil récemment,

plongea, comme pour se venger, les jeunes et

purs amants dans une ténébreuse obscurité en

s’éclipsant…

Dès lors, les caresses cessèrent, le doux vent

d’été, les arbres fruitiers, les grillons

s’enfuyèrent, les halètements et souffles

ardents firent place aux cris de terreur.

La lune, jalouse et outragée, ainsi les tint

toute la nuit dans le chaos et la noirceur

jusqu’à ce qu’apparaisse dans sa splendeur le

beau Rê lumineux de chaleur.

Seulement, pour les deux amants, le lever fut

absent.

Leurs corps, jadis pleins de vigueur s’étaient

figés dans une éternelle torpeur… la peur,

trop forte, avait soufflé la lueur de leurs coeurs.

Ainsi, je vous le conte, la lune maligne

retourna l’écho de leurs râles!

Seul demeurait de cette nuit, un léger châle

de lin, de lune doré, de mort taché.


Jorge de Sena – Je sais le sel …


photo Anna Bodnar

photo Anna Bodnar

Je sais le sel de ta peau sèche
Depuis que l’été s’est fait hiver
De la chair au repos dans la sueur nocturne.

Je sais le sel du lait que nous avons bu
Quand nous bouches les lèvres se resserraient
Et que notre cœur battait dans notre sexe.

Je sais le sel de tes cheveux noirs
Ou blonds ou gris qui s’enroulent
Dans ce sommeil aux reflets bleutés.

Je sais le sel qui reste dans mes mains
Comme sur les plages reste le parfum
Quand la marée descendue se retire.

Je sais le sel de ta bouche, le sel
De ta langue, les sel de tes seins,
Et celui de ta taille quand elle se fait hanche.

Tout ce sel je sais qu’il n’est que de toi,
Ou de moi en toi ou de toi en moi,
Poudre cristalline d’amants enlacés.

 

Conheço o sal

Conheço o sal da tua pele seca
Depois que o estio se volveu inverno
De carne repousada em suor nocturno.

Conheço o sal do leite que bebemos
Quando das bocas se estreitavam lábios
E o coração no sexo palpitava.

Conheço o sal dos teus cabelos negros
Os louros ou cinzentos que se enrolam
Neste dormir de brilhos azulados.

Conheço o sal que resta em minhas mãos
Como nas praias o perfume fica
Quando a maré desceu e se retrai.

Conheço o sal da tua boca, o sal
Da tua língua, o sal de teus mamilos,
E o da cintura se encurvando de ancas.

A todo o sal conheço que é só teu,
Ou é de mim em ti, ou é de ti em mim,
Um cristalino pó de amantes enlaçados.

 

Jorge de Sena

– quelques uns de ses poèmes 

en langue portugaise:


Richard Brautigan – Il pleut en amour – Si tu meurs pour moi


photo perso,  base argentique modifiée par mes soins

photo perso, base argentique modifiée par mes soins

 

 

 

 

 

Si tu meurs pour moi
je meurs pour toi
et nos tombes seront
comme deux amants nettoyant
leurs vêtements ensemble
dans une laverie automatique.
Si tu apportes la lessive
j’apporte l’eau de javel. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour,

éditions Le Castor Astral.

 


Erica Jong – Tapisserie (à licorne)


dessin - bestiaire oriental: licorne  chinoise

dessin –         bestiaire oriental:       licorne chinoise   ( plutôt que de mettre la « dame à la licorne)

L’objet de notre quête
évidemment n’existait pas
cette tapisserie intitulée Matin
sous les nuées tissées de haute laine
où des oiseaux invraisemblables
très incroyablement célébraient par leurs chants
des fables.

Un papillon de nuit parmi les dents du lion
yodlait comme le rossignol de Keats
et les trochées chantaient parmi les iambes,
tandis qu’en fraise frisotée et gilet de brocart
tu penchais ton sourire
sur l’herbe revêtue de sa soie de soleil,
où couchée dans les flots de ruchés en folie
je pressais sur le sol une oreille attentive,
dans l’espoir d’entendre, au galop des sabots,
la licorne éveiller les échos de la terre.

Elle parut, environnée d’un incendie
de broderies de feu, regard d’agathe,
corne d’ivoire et d’infâme légende,
hennissant haut des concerti baroques
et croyant l’avoir capturée pour de vrai,
nous festoyâmes de vin blanc et de brioche
en échangeant devant témoins
d’impossibles serments.

La suite, vous la connaissez:
dans l’humidité vénéneuse et spongieuse du soir,
où les amants se tournent et retournent,
toussent et se tiennent discours
épaissis de sommeil,
dans la longue nuit d’hiver du mariage
sans bruit la licorne s’enfuit
et, tel un cauchemar d’insomniaque, l’amour
finalement n’est plus
qu’un moindre mal.

Parfois elle revient, caracolant
parmi les sombres tapisseries de la nuit,
arrachant bras, jambes et literies
et menus écheveaux de poil et de cheveu.
mais pas plus que ne survit l’esprit de la quête,
nous ne reconnaissons la bête,
ou bien alors nous lui donnons
un autre nom.

Erica Jong


Jean Daive – Le monde est maintenant visible .


photo perso, Burkina Faso,  environs  de Bobo Dioulasso

photo perso, Burkina Faso, environs de Bobo Dioulasso

 

 
Le monde est maintenant visible
entre mers et montagnes.

Je marche entre les transparences
parmi les années
les fantômes
et le matricule de chacun.

Les pierres
les herbes sont enchantées.

Tout se couvre
jusqu’au néant
de pétroglyphes.

Je compte les mâts
penchés près du rivage.

À perte de vue, la prairie des cormorans
car chaque maison est un navire
qui se balance.

Plutôt le crime ou plutôt
la mort des amants ou
plutôt l’inceste du frère
et de la sœur ou ―

je prends le temps
de manger une orange.

Dans ces moitiés d’assiettes et
autres fragments trouvés
avec pierres taillées, dessinées ou peintes
masse de cailloux, graviers avec sable
mesurent un site
une ville que j’explore
avec l’énergie d’un oiseau.
.

Jean Daive, L’Énonciateur des extrêmes, Nous, 2012, pp. 39-40.

 


Louis Aragon – tant que j’aurai le pouvoir de frémir


peinture           Patricia Watwood:                Flora

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tant que j’aurai le pouvoir de frémir

Et sentirai le souffle de la vie

Jusqu’en sa menace

Tant que le mal m’astreindra de gémir

Tant que j’aurai mon cœur et ma folie

Ma vieille carcasse

 

Tant que j’aurai le froid et la sueur

Tant que ma main l’essuiera sur mon front

Comme du salpêtre

Tant que mes yeux suivront une lueur

Tant que mes pieds meurtris ne porteront

Jusqu’à la fenêtre

 

Quand ma nuit serait un long cauchemar

L’angoisse du jour sans rémission

Même une seconde

Avec la douleur pour seul étendard

Sans rien espérer les désertions

Ni la fin du monde

 

Quand je ne pourrais veiller ni dormir

Ni battre les murs quand je ne pourrais

Plus être moi-même

Penser ni rêver ni me souvenir

Ni départager la peur du regret

Les mots du blasphème

 

Ni battre les murs ni rompre ma tête

Ni briser mes bras ni crever les cieux

Que cela finisse

Que l’homme triomphe enfin de la bête

Que l’âme à jamais survivre à ses yeux

Et le cri jaillisse

 

Je resterai le sujet du bonheur

Se consumer pour la flamme au brasier

C’est l’apothéose

Je resterai fidèle à mon seigneur

La rose naît du mal qu’a le rosier

Mais elle est la rose

 

Déchirez ma chair partagez mon corps

Qu’y verrez-vous sinon le paradis

Elsa ma lumière

Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore

Comme un jeune monde encore au lundi

Sa douceur première

 

Fouillez fouillez bien le fond des blessures

Disséquez les nerfs et craquez les os

Comme des noix tendres

Une seule chose une seule chose est sûre

Comme l’eau profonde au pied des roseaux

Le feu sous la cendre

 

Vous y trouverez le bonheur du jour

Le parfum nouveau des premiers lilas

La source et la rive

Vous y trouverez Elsa mon amour

Vous y trouverez son air et sont pas

Elsa mon eau vive

 

Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs

Vous retrouverez dans mon chant sa voix

Ses yeux dans mes veines

Et tout l’avenir de l’homme et des fleurs

Toute la tendresse et toute la joie

Et toutes les peines

 

Tout ce qui confond d’un même soupir

Plaisir et douleur aux doigts des amants

Comme dans leur bouche

Et qui fait pareil au tourment le pire

C’est chose en eux cet étonnement

Quand l’autre vous touche

 

Égrenez le fruit la grenade mûre

Égrenez ce cœur à la fin calmé

De toute ses plaintes

Il n’en restera qu’un nom sur le mur

Et sous le portrait de la bien-aimée

Mes paroles peintes

peinture:          Patricia Watwood  –          le  rêve  de l’amant du poète

Le roman inachevé,

Poésie / Gallimard.


Edith de Cornulier – lovers are gone: les amants sont partis


image : machine volante réalisée sur les plans des dessins de Leonard de Vinci

Lovers are gone

Les amants sont partis, par la porte arrière. Il n’y a plus ni deltaplanes ni montgolfières dans leur ciel si fier. Il n’y a plus que l’océan bleu et ses vagues de nuages au-dessus de notre ville sans chef et sans bagages.

Les amants sont partis sans emmener les enfants. Ceux-ci sont assis dans les écoles, sur les bancs. Seuls au monde et seuls à souffrir sans le savoir, ils existent encore, sans mots, sans jeux, dans leur doux brouillard.

Les amants sont partis sans prévenir personne. Les cuisines laissées en plan exhalent les casseroles qui frissonnent. Plus rien n’a lieu aux alentours. Si l’amour est une trahison, la ville a mis ses beaux atours pour subir le vide et l’abandon.

Les amants sont partis hier avant midi. Ils ont assassiné leurs époux et n’ont rien dit aux enfants. Enfuis sur des machines volantes, ils ne reviendront plus. Je reste mère adoptive, ange gardien, soeur nourricière, du peuple des enfants perdus.

Edith de CL