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Un corps à l’épreuve – ( RC )


 

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Montage perso 2016

 

Il y a quelque chose du désert,
là où tout s’arrête,
et même la mer,
coupée en deux,
se dresse, immobilisée.

Passé par le chas des ténèbres,
le corps reste extérieur,
une paroi invisible se tend
entre les espaces ;
Je n’arrive pas à les franchir .

Est-ce un astre noir,
qui absorbe la nuit entière,
et la défait ?
Le monde s’est échoué
à portée de main .

Mais c’est encore trop loin :
mes bras ont beau s’étendre ,
ils ne touchent rien.
Comme la parole dite : elle
se fige sur place, même avec un porte-voix .


RC – juin  2017

 

incitation:  une  création d’ Anna Jouy


Anna Jouy – J’écoute le point du jour


 

 

 

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montage perso  – 2014

 

je me suis couchée dans le bleu , je me lève aux oranges. ma jupe est rayée d’avions mon corsage est nu, il y a un coeur qui s’y lave
la nuit est un sucre à la fonte, la mienne fait des gouttes d’oiseaux. il faut une fenêtre pour avancer et tu fabriques de si belles trouées
tu délivres les gens de ma sorte, tu m’affranchis
c’est l’heure de laisser couler les mites du rêve
j’écoute le point du jour comme un doigt au milieu du thorax
c’est de lui que je m’habille, comme un ongle qui saigne et me désigne.


Anna Jouy – Prendre le cahier dans le sens de la largeur….


photo - André Schmucki

photo – André Schmucki

  • ( visible  sur le site d’Anna Jouy « Mots sous l’aube »  )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prendre le cahier dans le sens de la largeur. Prendre le large. Évaser. S’évader par les marges. Glisser dans les coulisses de la page. Repousser les bords pour qu’ils dévoilent plus de blancheur pour la nuit, plus de drap propre pour l’amour, plus de crâne pour la mémoire, plus de pâleur pour l’émoi.
Faucher mon building. Le laisser s’étendre, s’étaler, s’empétaler comme une odalisque sur le flanc, le divan freudien de ma cosse de fesses.
Prendre une coudée supplémentaire de lignes. Au moins 4 mots de plus à chaque fois, ça me fait un rab de papelard et une fuite vaste dans les makimonos de ma pensée.
Dérouler une coudée de poème et d’une grande paire de ciseaux trancher au mètre courant le texte, à l’endroit même où je veux que s’arrêtent mes horizons. J’abats le totem du carnet et le voici dolmen sur trois cachous de nuit.

 


Anna Jouy – Journal sous étreinte 13


art:        Ben Vautier;         J’ai des trous de mémoire 1985

 

 

rendez-vous devant le miroir. me rappelle plus qui je suis. comme un trou de mémoire.  et devant personne. période amnésique, comme j’ai eu ma glacière, mes réchauffements de climat… une strate de sables de plus sur le tumulus.

il y avait quelqu’un là dessous? une enfant peut-être ou alors une vieille âme, que sais-je? on m’annonce des temps très solitaires. faire un diamant dans le cercueil, chier de la nacre autour des blessures, sceller d’ambre la mouche charognarde.  tout cela demande de pratiquer la reptation intense, l’enroulement en coquille,  le ratatinement quoi.

c’est pour cela sans doute que mes facultés mnésiques se font la malle. et que percevant cette image dans la glace, je me demande inquiète d’où viennent ou reviennent ces traits ?

la souffrance appartient à d’autres. ils la vivent. moi  je me dépouille de mes sens, je les jette par- dessus bord ou les concasse jusqu’à l’obtention du caillou. me reste juste l’esprit. comme une manivelle qui tourne. tu penses trop.


Anna Jouy – Lève-toi


Photo:  Eve  Arnold : photo: Eve Arnold  :Silvana Mangano avec Brancusi au MOMA , en1956

Photo: Eve Arnold :      Silvana Mangano avec Brancusi au MOMA ,               en1956

 

Un  texte  issu  de l’abondant site  d‘Anna Jouy, de sa section « prosaïque« –

( une  écriture très originale)

 

—-

 

la nuit vient de finir au siphon, je l’ai vue tournoyer comme un doigt dans l’eau, dans le sens du temps.

 

une lune de chrome, visière passoire, brillante, électrique, minuscule lampadaire sur les chutes de mon bain

la nuit silencieuse qui s’en va avec la clochette du chat encenser la lumière, à la fraîche

et moi dedans, corps et rêves à retenir ses fanes.

 

…cette aube toujours entre nous

 

la nuit des filles au nombril de diam’s et le reste en deuil

la nuit dont on dit tant de biens et panse tant de maux

composition de mystères, ses potions, ses homélies

la nuit qui voile la terre pour mieux ouvrir le ciel

lever la tête, tendre vers ses étoiles

oh! oui la nuit des femmes, quand tout traîne à la semelle de jour en jour

 

…c’est bien l’aube

je change de bain et  revêts  l’étole esclave des messes journalières .