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Jean Arp – Place blanche


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relief:        Jean Arp:  horloge

 

Place blanche

(fragment)

Cette matinée ne place sur mon chemin que des bibelots de
la mort.

Ce sont des objets futiles,
des photographies fanées,
des flacons vides,

des coquilles ramassées à la mer,
un miroir qui reflétait la sérénité, la pureté, la gaieté calme,
la clarté que l’inéluctable ombre a engloutie.
Je suis envoûté par ces objets,

qui appartenaient à des personnes mortes depuis longtemps.
Des gestes se détachent de ces objets
comme des vapeurs mates,
comme des couronnes d’haleine.
Ils me traversent confusément.
Les cloches sonnent des années dans chaque minute.
Chaque minute produit une telle effusion de souvenirs
qu’elle prend l’importance d’une année.
Ces minutes ressemblent à des paniers sombres débordant
de fruits noirs.

Des années passent qui ont un éventail de fourmis sur la tête,
Tout en maintenant sa forme il grouille en soi et s’agite en
même temps intensément
pour éventer une vie stérile, un désert gris.

Jean ARP
« Jours effeuillés


Entaille de l’histoire de l’Afrique – ( RC )


photo Luca Galuzzi 2007

photo Luca Galuzzi 2007

Sur les pistes où sont passés jadis,
Au milieu des sables et des rocs,
Tant de caravanes, et de cris,
Tant d’esclaves enchaînés,

Aux êtres vendus comme bétail,
Arrachés les uns aux autres,
Sous le fouet
Et les griffures du soleil…

Sur ces pistes, ne subsistent,
Comme vestiges, juste le sable
Des couches en ont recouvert d’autres,
Comme les années l’ont fait .

L’entaille de l’histoire, cicatrice
Gravée de générations d ‘exil,
Est pourtant toujours ouverte
Mémoire du tribut du sang, de l’Afrique

RC – mai 2014

 


Ivan V. Lalic -Lieux que nous aimons


photographe non identifié

photographe non identifié

Les lieux aimés n’existent que par nous,

L’espace détruit n’est qu’apparence dans le temps durable,
Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner,
Les lieux aimés ensemble, ensemble, ensemble.
Et cette chambre est-elle chambre ou caresse,
Et qu’y a-t-il sous la fenêtre : la rue ou les années ?
Et la fenêtre n’est-elle que l’empreinte de la première pluie
Que nous avons comprise, et qui sans cesse se répète ?
Et ce mur n’est-il pas la limite de la chambre, mais peut-être
de la nuit
Où le fils vint dans ton sang endormi,

Le fils comme un papillon de feu dans la chambre de tes miroirs,
La nuit où tu eus peur de ta lumière.

Et cette porte donne sur n’importe quel après-midi

Qui lui servit, à jamais peuplé
de tes simples mouvements, lorsque tu entrais

Dans ma seule mémoire, comme le feu dans le cuivre;

Quand tu es absente, derrière toi l’espace se referme comme l’eau ;

Ne te retourne pas : il n’est rien en dehors de toi,
L’espace n’est que temps visible d’autre manière;

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner.


Ivan V. LALIC
« Temps, feu, jardins »      (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)


Yahia Lababidi – Interstices


sculpture: Igor Mitoraj

sculpture:       Igor Mitoraj

 

 

 

 

Interstices

Mes heures ont peur de mes jours
Une méfiance pour disposer leurs pieds en bas
Doutant de trouver un point d’appui
tic toc ,à la pointe des pieds de sa propre conscience.

Mes journées ont peur de mes années
jamais capables d’avoir pu s’oublier
dressées autour lors que j’essaie de dormir
déplaçant leur poids, traînant leurs craintes

Dans les interstices, elles sont intemporelles
sans être blessées et heureusement introuvables
Là, nous glissons à travers le tamis
entre ces espaces incommensurables …

Interstices

My hours are afraid of my days
mistrust placing their feet down
suspicious of finding a foothold
tic toc they tip toe, self-consciously

My days are afraid of my years
never able to forget themselves
standing around as I try to sleep
shifting their weight, shuffling fears

In the interstices, it is timeless
unwound and happily unfound
there we slip through the sieve
between those immeasurable spaces…

Yahia Lababidi

traduction perso …               issu de sa parution  « Fever Dreams »