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Renée Vivien – un éclair qui laisse les bras vides


 

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Ta forme est un éclair qui laisse les bras vides,
Ton sourire est l’instant que l’on ne peut saisir…
Tu fuis, lorsque l’appel de mes lèvres avides
T’implore, ô mon Désir !

Plus froide que l’Espoir, ta caresse est cruelle
Passe comme un parfum et meurt comme un reflet.
Ah ! l’éternelle faim et soif éternelle
Et l’éternel regret !

Tu frôles sans étreindre, ainsi que la Chimère
Vers qui tendent toujours les vœux inapaisés…
Rien ne vaut ce tourment ni cette extase amère
De tes rares baisers !

____________(Études et préludes, 1901)


Jacques Borel – la plaie


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Pourquoi es-tu mort, père,

Après m’avoir craché,

Inutile noyau,

Dans cette longue plaie

Qui ne se ferme plus ?

J’ai grandi, arbre d’os,

Dans une combe humide,

Arrachant une à une

A leurs lèvres de soif

Mes ingrates racines,

Mais quel hoquet là-bas,

Quel caillot, quel appel,

Quel cri toujours ouvert !

De ce versant d’adieu,

Je l’entends, agonie

Jalouse sous la terre.


Colette Fournier – Au matin


photo Andreas Feininnger

photo Andreas Feininnger

Longtemps, mon cœur a battu au flanc du jour.

L’aube était pure, si pure,

Un lever de mystères blancs,

Une pluie d’instants menus dessinés au fusain noir,

La rue et son appel rauque et volage,

La prairie songeuse au soleil,

Et immobile sous un ciel d’extase,

L’eau dormante d’un étang blond.

Longtemps, je suis restée suspendue aux matins,

Aux histoires de fées et de lutins,

Osant à peine, à peine, poser mes pas pointus,

Sur l’herbe mouillée de peur de l’abimer un peu,

Craignant de réveiller juste par mon souffle,

Les esprits endormis de la forêt,

Et les fleurs assoupies dans leurs corolles soumises,

Et que le vent, doucement, plie.

Je ne veux pas, donnant à mon cœur du repos,

Oublier l’odeur des départs,

La nuit couchée en coin comme un chat dispos,

Je ne veux pas refuser tes larmes,

Quand tu te penches sur la vie et que tu l’aimes encore,

Je ne veux rien effacer dans tes yeux, pas même ta mémoire,

Juste goûter encore la ferveur des matins, encore, demain….

( visible dans le blog de phedrienne : http://colettefournier.com/2013/02/21/au-matin/)


Xavier Lainé – seule ta main


peinture - gravure:  Jean-Pierre Pincemin

peinture – gravure:      Jean-Pierre Pincemin    (probablement  la Jeune fille  et la mort)

-A  retrouver aussi, le blog de Xavier Lainé: Itinéraire des poètes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, les paons ayant achevé leur roue
dans la cour du chateau pyromane
je cueillerai tes larmes sur tes joues de buées

Je dessinerai ton coeur dans la brume

Les broussailles avaleront nos pas

Un corbeau dans la plaine lancera son appel
nous tisserons les heures de toutes nos insoumissions

Nous serons libres apôtres d’un univers à construire
Nous en tisserons la toile invisible
Nos paumes se tendront au point cinétique de nos rencontres

Un rang de tic
deux rangs de tacs
nous tricoterons
mailles à l’endroit et à l’envers
une nouvelle histoire
fondue au creuset de l’avenir

Nous découvrirons une mine d’espérance
au filon où s’écoule la sève de nos coeurs battants

Epuisés d’ardeur
têtes posées à même la table
nous chercherons un vain repos

Seule ta main…

X L     – 21 mars 2010