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Je ne te vois pluie ( RC )


photo Electroluminescence [Cee]

Contre le mur, tu as tourné la tête

Une lourdeur tropicale,

Et les nuages  s’écrasent

Aux éclats des ardoises

De la ville

On dirait qu’aux assauts du temps

Elle jouerait  -rebelle-

 

Opposant la pierre et le bitume

Aux rideaux d’argent,

Le fluide.

Rebondit, aux fleurs noires

Les parapluies qui se hâtent,

Et la rue qui tangue

Sous un ciel plomb

Et l’horizon qui  s’échappe.

 

Même les bruits courants,

Sont bus en cascade,

Et les paroles se sont tues

Derrière un rideau translucide

—-C’est  l’eau me dis-tu.

Sans les paroles,  enfin, ce que je lis

De la forme de tes lèvres.

Oui l’eau —-( bien sûr, quand il pleut )

Mais aucun son ne me vient

Tu me parles, et je n’entends rien.

Et même, tu rétrécis

Et te fonds dans le mur gris

Les vêtements humides

Et sous le parapluie.

Tu as tourné la tête….

Je ne t’entends plus

Je ne te vois pluie…

RC   – 27 février 2013


Federico Garcia-Lorca – Le vent et la belle


mosaïc: Stephen Johnson

mosaïc:    Stephen Johnson

 

 

 

 

 

 

 

 

LE VENT ET LA BELLE
(Précieuse et le vent)

De sa lune en parchemin,
par un hybride sentier
de lauriers et de cristal,
Précieuse s’en vient jouer.
De sa lune en parchemin
Précieuse s’en vient jouer.
A sa vue le vent se lève,
car jamais il ne sommeille.
Dis, laisse-moi relever
ta robe pour voir ton corps.
Ouvre entre mes doigts anciens
la rose bleue de ton ventre.
Lâchant son tambour, Précieuse
prend la fuite à toutes jambes.
Le vent mâle la poursuit.
Avec une épée brûlante.

Précieuse, cours vite, vite.
Le vent va t’attraper !
Précieuse, cours vite, vite,
Regarde-le arriver,
Satyre d’étoile basses
aux mille langues lustrées !
Précieuse, morte de peur,
est allée se réfugier,
au-dessus de la pinède,
Et tandis qu’elle raconte
son aventure en pleurant,
le vent sur le toit d’ardoises
plante, furieux, les dents.


Vertiges – de fileuse de lune


photo : H Cartier-Bresson Arbres en Brie

A voir  sur le blog   ( de fileuse de lune) 

Vertiges

éclaboussures

traversées

J’habite ces parages

de peu de densité

où l’éclair d’un regard

chavire l’horizon

Membranes soulevées

sur le dos des fleuves

s’éparpillent en rémiges

en consonnes

brunes et vigoureuses

Se déversent les langues

dans une amphore

se délecte le ciel

d’être à nouveau

en crue

Pour apprivoiser les pinèdes

en maraude

les forêts de silex

il faut tailler son nom

dans le tronc le plus vieux,

habiter son élan

Dans les prairies de l’Homme

je sais un abreuvoir

où se rassemblent troupeaux

de hautes sèves

clameurs de laines

blanches et bouclées

J’y porte l’épaisseur

de mes murs

la lourdeur de mon sang.

Une odeur de suint

ocre et tenace

rassure les ancêtres

Claquante

comme une étreinte

la parole éperonne

les flancs fumants

de ce matin tout neuf

Tourbillon

ivresse pure

je virevolte, à cru,

sur des phrases de sel

m’accouple à leur écorce

et hurle

source vive !

J’ouvre,

dans ma poitrine,

des fenêtres

aux giboulées de grives,

de raisins et d’étoiles,

aux rafales d’ardoises,

aux foules écervelées

des déserts, des pierres

et des jardins

Là, dans cet espace

consenti à l’incandescence,

la bruine déploie

mon feuillage

gâche sa salive

à ma résine

Sur mes berges

calleuses

faseyent quelques saules

Guetter l’exubérance

étirer les limites

de son sang

de sa peau

pour être ampleur

luxuriance

et faire tomber de soi

jusqu’à la moindre

ténèbre

Et puis

se rencogner

dans l’angle juste

de la légèreté,

retrouver sa foulée

d’osier souple et de vent