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Alda Merini – j’ai besoin de poésie


Blackmon, Julie (1966- ) - 2012 Olive & Market Street 8640621910.jpg    photo: Julie Blackmon  ( hommage à Balthus : Olive & Market street )

 

Je n’ai pas besoin d’argent.
J’ai besoin de sentiments,
de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées,
de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres,
de chansons qui fassent danser les statues,
d’étoiles qui murmurent à l’oreille des amants.

J’ai besoin de poésie,
cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles.

 

Alda Merini

Balthus:  le passage  du commerce St André


Marina Tsvetaieva – A Alia


À Alia*

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Un jour, ô ma gracieuse créature,

Je deviendrai pour toi un souvenir,

Perdu dans tes yeux bleus, au loin

De ta mémoire, dans le lointain.

Tu oublieras : et mon profil au nez busqué,

Et mon front couronné de fumée,

Mon rire importun et fréquent

Ma main calleuse aux bagues d’argent,

Notre logis d’amant, notre grenier cabine,

De mes papiers la confusion divine,

L’année terrible : malheurs et liesse

De ton enfance, de ma jeunesse.

 

(Moscou 1919, sa fille Ariadna allait avoir huit ans.)


Théo Léger – Beauté des temps révolus


Portrait-de la marquise Luisa Casati (1908)

 

Peinture: Giovanni Boldini

Elles traversaient les profondeurs de l’argent des miroirs.
D’une fragrance de chevelure aux parfums érotiques,

d’une jaillissante malice de dentelles couvrant leur chair
où luisaient les globes fragiles soumis aux caresses de l’homme,
de leur murmure d’éventails, de leur secret de bagues
dont les fourmis laborieuses ont mémoire au musée
sous les racines d’un monde vert

qu’est-il resté ? Rien.           Ton seul sourire :
un papillon de cils battant contre une lèvre d’amant
la crispation de doigts malhabiles.

Sur les draps de la nuit était-ce
cris de naissance ou de mort? Cela, les horloges l’ignorent.

Théo Léger      (1960)


Paul Gravillon – un feu d’artifice suspendu


Abstract 3D     Wallpaper w.jpg

 

Un feu d’artifice suspendu
s’enfonce dans le passé de la nuit
et l’illumine

Il jette des pièces d’argent
qui ont toutes les couleurs de la nacre
tous les mariages de la nuit et du jour
auxquels font contrepoint les basses
des mains entr’ouvertes
aux gris diaphanes
et des doigts demi joints
aux velours mauve

les bois s’estompent
à la lisière du soir
et tu t’avances
derrière ton masque de dentelles
froissées
ton œil pervenche
ta joue ambrée
ta moiteur crépusculaire

deux gouttes blanches
jaillissent de ton bouquet de plumes
des chauves-souris aux cris orange
fixées dans le vol
par le cerf-volant mordoré de leur beauté
déchirent un duvet rosé
leur élan vert
zigzague derrière elles

comme les veines du ciel
et de ton ventre
un doux tourbillon de papillons
saumon et pourpre
palpite
dans la transparence marine
où je m’enfonce

 

P G


Rêves d’Amérique – ( RC )


Peinture à l'encaustique: Jasper Johns - drapeau blanc

Peinture à l’encaustique: Jasper Johns – drapeau blanc

C’est une image que colporte le rêve :
C’est  toujours mieux  ailleurs,
Alors…
Tu as rêvé de l’Amérique,
Comme tant d’autres ,

parcourant les mythes,
et celui, bien entretenu,
de la géante de cuivre,  
portant haut la flamme, et ceinte,
Comme pourraient l’être ceux qui s’en réclament,

D’une bannière  aux multiples  étoiles,
Etoiles blanches  sur un bleu profond,
parfaitement alignées,
comme les  tombes, dans les cimetières de la liberté,
des soldats ( américains, justement).

« America, America » d’Elia Kazan,
révèle le parcours de l’immigrant,
prêt à affronter  tous les obstacles,
pour réaliser son rêve, qui coïncide aussi
à la perte  de son identité,  

parti pour un voyage  sans  retour.
Vivant de l’intérieur la sensation de déracinement
malgré son  désir d’appartenance .
Les hommes  qu’on croise,
n’ont plus le visage des conquérants.

Seul le commerce porte à le croire :
Ils ont les paupières lourdes ;
Ils ont englouti leur passé,
Et n’ignorent plus que ,
sur la bannière,

Les bandes rouges peuvent être aussi,
Un chemin de sang,
Comme l’a été celui de millions d’hommes,
Importés  comme esclaves,
Il n’y a pas si longtemps.                   

peinture & sérigraphie: Andy Warhol

peinture & sérigraphie: Andy Warhol

Tu as rêvé  d’Amérique,
Mais les  étoiles  ont pâli,  
Et le ciel est sale.
La liberté  tant vantée,
( surtout celle  de faire de l’argent, )

Se mesure à leur poids  de dollars
Où rivalisent  ceux  qui ont réussi.
C’est une partie de  l’Amérique qui fanfaronne,
qui joue de sa sur-puissance,
et va guerroyer au Viet-Nam, ou ailleurs.

Mais il y a l’autre côté, qui étend ses bras de pieuvre
Le côté plus obscur, celui
des  « raisins de la colère »,
Celui des hommes meurtris,
Dont on ne parle pas .

Eux connaissent  l’Amérique  de l’intérieur,
Et leur  destin empêché les enfonce
dans la catégorie des « loosers »  :
Leurs  songes ne sont pas les mêmes… ;
Les étoiles se sont changées en pluie  de larmes…

Ainsi ,  tu ne rêves  plus  d’Amérique ?

 

RC – juill 2015

 


Proverbe indien – Quand le dernier arbre aura été abattu ….


Une parmi les 27 images marquantes de ce site

 

 

Quand le dernier arbre aura été abattu,

la dernière rivière empoisonnée

et le dernier poisson péché,

alors l’ homme s’apercevra             que l’argent ne se mange pas.

 

 


Mangés par la nuit ( RC )


 

photographe non identifié

 

 

 

Soixante-neuf nuits au moins à l’étage,

Au-dessus du night-club,

Le rouge des néons,

Perforant les persiennes…

Comment pouvoir dormir,

Quand se jouent les abysses de la peau,

Le trafic d’une faune interlope

Juste en bas de la rue ?

S’agglomèrent comme des mouches,

Pour de petits sachets blancs

Des hommes furtifs, achetant des rêves

Avec l’odeur de l’argent.

On en trouve, certains matins,

Mangés par la nuit,

Derrière les poubelles,

Une seringue à la main.

RC- 6 octobre 2013

 

 


Le noisetier – (RC)


Pour faire suite  au post – « enfances », de B Douvre

A mon enfance, mon rire monte au ciel
Le vent  d’ouest démontre ses risées brutales
Et froisse le feuillage  du noisetier

A parcourir les portes de l’avenir
J’égrène, l’aube des nuages  d’argent
Et cours ramasser au sol,

La moisson des graines de bois
Complétant le travail d’automne
En m’insérant dans le réseau des branches;

Je m’en remets, à un monde secret
Dissimulé au yeux du monde,
Dans la main végétale,

La saveur un peu acre,
Maintenant un peu lointaine,
Mais je me souviens

Du goût de l’enfance
Accroché aux tiges souples,
A quelques mètres du sol.

RC

 

que j’aurais tendance à rapprocher  d’un écrit  de Jean-Jacques  Dorio,

visible  sur son site:

 

LE PUITS LE FIGUIER

le puits le figuier
près d’enfance

la naïveté et le cri du merle
dans les platanes verts

les bouches unanimes
à saluer le jour et la nuit

les princes et les fées
les principes et les fins

et le long soupir
d’années clouées

dans un village des merveilles
et des mythes envolés

        


Voyage en New Orleans (RC )


Photo: qmannola

 

C’est un groupe  qui chuchote,
En suivant de marche lente
Une voiture noire aux ornements d’argent
Et chacun a son voile, ou chapeau noir
Le prêtre et ses assistants
les porteurs de gerbe
Et la fanfare
A  la marche funèbre
Accompagnant
Un dernier voyage
A la Nouvelle Orleans

RC – 20 décembre 2012

 


Pinceau de la ville ( RC )


                     peinture:   Nicolas de Staël:                    toits de Paris – 1952

 

 

 

Faire  que  le tout                        s’étale

A grands coups de spatule

Et que la peinture  s’écrase

Poussant                   de petits monticules

 

La matière de surfaces agitées;

—————–           La couleur  décalée

Sous le gris se profile            le rouge,

Nicolas ,              et les  toits de Paris

 

Cliquetant des                               éclats d’argent

Lorsque filtre    un pinceau de lumière

Au gré du vent,             sur la ville

 

Ses  écailles qui brillent

Une nasse fragmentée  d’envers,

….            Immobile  d’hivers

 

RC  – 24 novembre  2012

voir aussi  l’article précédent intitulé  simplement  Nicolas de Staël


Journée immobile ( RC )


peinture: Franticek Kupka

peinture: Franticek Kupka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La muse est malade

Conduit un astre ,pâle

Couleur de fiel

En coulures de miel

Une vague d’argent déferle

En un éclair, pareil

Confisque un soleil

D’or et de perles

La lune reste fade,

Une journée lointaine, râle

Laissée en rade

Aux couleurs sales

Les navires sont immobiles,

Se découpent en nombre

De coques sombres

Tout près de l’île.

Ma terre est encore si lointaine

Quand je revois son éclat

Malgré le soleil là;

Si las – et la route qui y mène.

RC  –   30 septembre 2012


Salomé aux mains douces (RC)


peinture: Lukas Cranach : Salomé & la tête de St Jean Baptiste

Salomé aux mains  douces

En chevelure rousse

Joue peut-être les vautours

En habits de velours

 

Son visage est bien rose

Le tout, sans ecchymoses

Rose sans pétales

Et St Jean est pâle

 

Enfin, juste  sa tête…

C’est après la fête

On s’est rempli la panse

Et la Salomé danse

 

Presque en transes, danse

Et…… mérite récompense

Afin que rien ne prive

Du spectacle , les convives

 

Et contribue        à la fête

On amène    le prophète…

Elle obtient la tête de Jean

Sur un plateau d’argent

 

Posée  délicatement

Et presque joliment

A la manière d’un saucisson

( c’est la décollation)

 

L’opération est simple, elle consiste à séparer

Le corps de la partie supérieure, qui permet de penser

Bien sûr il y a quelques  éclaboussures ,et c’est assez

Impressionnant, mais plus propre que de scalper…

 

Le peintre nous rapporte   avec délices

Des instants inscrits en histoire– ce  supplice…

Qui sont  toujours délicats

Mais rendus en couleurs, en habits d’apparat

 

…..       Aurait-elle tué le prisonnier

S’il n’avait eu les mains liées ?

Sa veste matelassée

En aurait été froissée !!

 

Ce qui serait dommage pour l’aventure

Et aussi, pour la peinture

Cà aurait fait un couac

…Même chez Cranach

 

St Jean est une  « chose »

De celles  qu’on dépose

Avec les gâteaux

Le tout sur un plateau…

 

Salomé en tailleur

A le regard  ailleurs

Et semble bien encombrée

Par la lourde épée

 

Comme marteau et enclume

(avec son chapeau à plumes)

Calée dans  son cadre

Comme à la parade

 

Un peu dégrisée

Son regard rusé

Qu’on voit au musée

N’a rien d’aiguisé..

 

Au jeu des horreurs

On y voit la mort

Venir rôder par ici

Et suivre les prophéties

Mais la peinture fascine

La foule jubile et assassine

Pâmoison, sensations, et  adoration

En grandes files,pour voir l’exposition.

RC   2 avril 2012


Jean-Claude Pirotte – nourrir l’autre humain


extrait –  comme  toutes mes autres parutions  de J Cl Pirotte,  du recueil   »  le promenoir magique  »  editions  de la Table Ronde

 

 

peinture – :la fille aux cerises – attribué à Giovanni Ambrogio de Predis – Metropolitan Museum of Art – N Y C

 

 

 

une côte de porc un soupçon de romarin (souviens-toi des hautaines garrigues grises) il faut de l’argent pour la soupe

oui dans le cochon tout est bon dans les cochons sur les trottoirs est-ce que vraiment tout est bon ? il faut goûter à la cravate

et lécher le pan de chemise avale en te pinçant le nez les avanies de l’avenue tiens tes tripes à pleines mains

et quel argent pour le libraire si tu veux nourrir l’autre humain qui se dandine dans ton corps et trébuche dans ton chemin ?


Arthémisia…… L’image


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Je te revois encore, sur la frange de cette plage.
Je ne te connais pas.
Ma vie n’est qu’un outrage.

Tu marches lentement, poussant du pied le sable

En gerbes fleurissant des paillettes effaçables.

Je te revois encore, riant avec les mouettes,

En écartant les bras pour cueillir le vent,

Laissant sur ta peau nue courir imparfaite

La pensée d’un amour avec moi estivant.

Je te revois encore courbé vers la marre

Scrutant le coquillage, des marées, survivant,

Et cherchant à point d’heure, accroché sous le phare,

La lumière d’argent venue de mon levant.

Je te revois géant haranguant les dieux mêmes,

Tourné vers l’horizon, et vomissant  tes flancs,

Hurlant au ciel, aux flots, les mots de ton poème,

Toujours lourd et tendu…époustouflant.

Je te revois ce soir, au seuil de mon rêve.

Où seras tu demain ? Peut être encore ici ?

Tu vis et tu dessines en mon ventre un lacis

Que la mer sans détours ramène sur ma grève.

Je te revois jamais et toujours et encore,

Construisant la demeure où j’habite à plein temps,

Je cours après les jours arrogants  de la mort,

Et je cours après toi, l’image de mon néant.

 

Copyright © Arthémisia – Juin 2008

Avec : Nicolas de STAËL – Tempête