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Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad


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Avant l’Euphrate    il y avait un horizon
qui guidait le nomade
une larme au-dessus d’une dune
une averse sur les falaises
une grêle d’enfance
une lumière qui inondait l’argile

L’Euphrate est ma mère
et je le reconnais comme on enjambe son matin
pour un tatouage de soleil
sur un palmier
dans une vieille cour.


Comme si l’humidité du monde transpirait dans un coeur d’argile .- ( RC )


peinture: Markino

 

 

On irait que le brouillard

s’étend jusque sur les yeux.

Est-ce un éblouissement,

Réparti entre les gouttelettes en suspension,

Qui ondule entre les  immeubles ?

Les arbres sont comme des fantômes,

Leurs bras sont dressés,

Le ciel est orange,

Il est palpable

La ville transpire

Sous les lampes à iode,

Et se diffuse, si bien,

Qu’on n’a plus idée des distances.

Les routes  quittent le sol,

Peut-être.

Les soleils artificiels se mêlent ,

C’est le lent cheminement des phares,

Rouges, jaunes,

Et les enseignes de néon,

Que l’on perçoit presque malgré soi,

On en a juste l’idée,

Comme si l’humidité du monde,

Transpirait dans un cœur d’argile,

Et peinait à s’imprimer,

Même sur la photo.

On en compterait les grains,

Un bruit dans l’image,

Le tremblotement des lueurs mobiles,

Qui peut-être ont froid,

Aussi.

 

 

RC – mai 2015

Glasgow


Max Pons – Eve


–               Bas-relief  , Autun , art roman –  tentation d’Eve

 

ÈVE

Toi la première et la dernière
Je te recommence patiemment
Toi perdue et retrouvée
Détruite et reformée
Toujours la même

Me voici
Lucide et heureux
Devant cette glèbe
Cette argile fertile
Te pétrir
Te lisser
Te polir
Te reconnaître enfin
Te finir

Me voici
Devant ce val délicatement veiné
À la naissance d’un fleuve d’ombre et de feu
Estuaire au limon de vie
Devant ces meules lourdes de louanges
Cette fête de courbes
Ce langoureux

ballet
Paysage pour la grande faim
Du dehors et du dedans

Me voici
Après une longue errance
Aux confins de toute une flore
D’algues et de mousses
Depuis toujours je te connais
Inventée avant de te toucher
Faite pour que je te révèle
Ce que tu es

 


Coeur volcan – ( RC )


photo:           Alain Gerente   piton de la Fournaise


Brûlant                     cratère,
Fumant de ses entrailles,
S’écoulant de ses failles,
La terre secoue sa crinière,

S’ouvre           en son coeur,
Où les pierres se confondent,
Tout au corps du monde,
Et mélangent   leur saveur…

Il n’y a plus,     sous tes paupières,
Que ton volcan embrase, et brave,
Et son torrent                         de lave,
Rien d’autre              qu’une rivière,

Qui emporte tout sur son passage,
Et mélange      l’argile et les rires,
Tout ce qu’il faut      pour écrire,
Des        arabesques en messages,

Virevoltant ,      tels des papillons,
Se formant         en un seul poème,
Aux seuls mots de          je t’aime,
Lancés             en ta destination.

 

RC –  mars  2014

sur l’incitation poétique  de Patricia Fort

(


Rien d’autre.
Le torse ouvert en deux hémisphères
Et l’or sous mes paupières.
Rien d’autre
Intarissable rivière
Roulant ses galets dans le brûlant cratère
Rien de plus
Le calame et l’argile
Et le mot empêtré de sublime
…   )


En témoin immobile – ( RC )


photo perso  : empreintes de dinosaures-  Azoia  - Portugal

photo perso : empreintes de dinosaures- Azoia – Portugal

 

 

En témoin immobile,
Personne ne crie,
Et dans l’attente,
Le mouvement de la terre
Se poursuit, jusqu’aux collines,
Sans tester la distance,
Qui m’en sépare,
Puisque je suis soudé à elle …

Cette terre , avec sa vie propre,
Qui glisse sur elle-même,
Avalant l’impact sourd
Des météorites,
Et des ères salutaires,
Courues d’espèces,
Dont on retrouve les fossiles,
Eux même englués dans la roche.

Et même si des indices,
Nous écrivent ce passé,
Dicté sous nos pieds,
Encore aujourd’hui,
S’étire l’argile,
Détrempée des fins d’hivers,
Comme aussi, sur les pentes,
Se détachent des blocs mutiques.

Laissés sur place,
Au seuil au sommeil ,
Des mers basculées.
>  Elles ne disent que leurs lointains.
Et les vagues sont loin,
Justement,
Gelées dans des mémoires.
Les nôtres ne pouvant les contenir.

On se demande,
Quels furent ses habits,
A la terre, encore,
Où ce qui fut forêts denses,
Est maintenant soustrait,
Dans l’étendue ventée ,
D’horizons de pierres,
Et de montagnes effacées…


RC – février 2014

 

 


Main-mise de la sécheresse – ( RC )


photo perso -  route de Ouazazate Maroc

photo perso –                  route de Ouazazate                   Maroc

Je suis des yeux le mince ruban d’un chemin

Il progresse lentement entre les pierres,

Un convoi laisse sa trace, en ruban de poussière

Derrière on ne distingue pas encore les engins,

La main-mise de la sécheresse est partout,

Elle a mis à nu les pentes rousses,

Où aucune plante ne pousse,

Et aucun arbre n’est debout.

En s’aventurant dans les creux,

Des maisons d’argile se dressent,

La fantaisie les délaisse,

Elles se distinguent à peine du sol rocheux.

Au pied de pentes raides,

Quelques palmiers      survivent,

Bordée de roches coupantes, la rive

A peine humide,          de l’oued…

Le regard des enfants a l’éclat de la fièvre,

Il n’y a pas d’herbes,  mais un sol orange.

On se demande        ce que mangent,

Les quelques troupeaux de chèvres…

Tu as le visage cuivré au grand air,

Buriné de rides,

Cuit au soleil de l ‘aride,

Offrant du cuir, plutôt que de la chair.

L’astre du jour monte en puissance,

Tant, que l’éblouissement prolifère,

Et           la mince croûte de terre,

S’ouvre en béances,

Sans ombre protectrice,

Ce sont d’abord   quelques fissures

Puis sol se lézarde  en brisures,

Aux plaies du sacrifice.

Sous l’abri des tentes berbères  ;

Le thé à la menthe …..

Et les heures passent,       lentes,

Aux portes du désert…

RC – 17 novembre  2013

 

photo perso - Maroc   octobre 2013

photo perso –                       Maroc octobre 2013


Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983


Robert Piccamiglio – Midlands – 06 – Plus tard ( 02 )


peinture:                Valerio Adami:            La nuit étoilée

 

 

 

 

 

L’argile du cœur broyé par l’indifférence. La peur. La haine.

Aux pieds des frénésies du pouvoir toujours en marche.

Ce pouvoir je l’ai senti

sur les scènes du monde entier.

Je n’étais alors ni le troupeau

ni l’infime sillon. ni le berger anonyme.

J’étais comme cette terre riche de feu. Fusion éternelle. Longue course vers l’infini.

J’étais le ciel heurtant les saisons. L’amant.

La maîtresse habillée de gestes vifs. Insoumise.

J’étais ce fils

que je n’ai pas connu.

Ce Cavalier maintenant égaré.

J’étais cette tille que je n’ai pas eu. Cette Reine oubliée. Cette Fée d’éternité.

Le pouvoir je l’ai senti comme la rivière charriant le sang.

Puis le fleuve emportant les cadavres d’où venait le sang.

Je restais immobile.

Triomphant.

A l’image de ces volatiles

qui Jamais ne se posent.

Qu’importe la saison. .

L’odeur de l’herbe ou de la pluie.

Jamais ils ne suspendent leur vol.

Même les blés accueillant. Ou l’arbre tendant ses bras aux douceurs zénithales ne leur font refermer leurs ailes.

Midlands  est publié  aux  éditions Jacques  Bremond,              qui utilisent  très souvent  du papier  recyclé  « artisanal »….


Jean-Jacques Dorio: – instants



28 septembre 2006
INSTANTS

Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’Instant.

Gaston BACHELARD

——–

Comme si parfois on cherchait à rendre

Une certaine exactitude de l’existence

Ceci est du pain suédois

De la pastèque cuite au chaudron

Ceci est un chat européen

C’est-à-dire de gouttière

Le bruit d’un réveil

Les paroles des proches

Mangeant le pain et la pastèque

Flattant le chat

Disant les choses du jour

Lançant l’argile dont chacun fait les statuettes de ses rêves

Comme si parfois on auscultait

Ces contours lents

D’un instant

Intact

Jean-Jacques Dorio


Muhammad IQBAl – dialogue


DIALOGUE

DIEU.

J’ai fait ce monde d’eau et d’argile !

toi tu as fait l’Iran, la Tartarie, le Zanzibar.

Avec de la terre j’ai fait l’acier ;

toi tu as fait l’épée, la flèche, le fusil,

tu as fait la hache pour l’arbre de la prairie,

tu as fait la cage pour l’oiseau chanteur.

peinture - Philppe Baret cage 2007

L’HOMME.

Tu as fait la nuit, moi j’ai fait la lampe.

Tu as fait l’argile, moi j’ai fait la coupe.

Tu as créé les déserts, les vallées, les montagnes,

moi j’ai fait les parterres, les jardins, les roseraies.

Moi, de la pierre, j’ai tiré le verre

et, du poison, l’antidote.

Muhammad IQBAl


Valente— écrire


 

 

Écrire est comme la sécrétion des résines,

non pas acte, mais lente formation naturelle.

Mousse, humidité, argile, limon, phénomènes du fond, et non pas du sommeil ou des songes, mais des boues obscures où fermentent les figures des songes.                       Écrire ce n’est pas faire, mais se loger, être là.
Valente

 

Writing is like the secretion of resins,

not act, but slow natural formation. Foam, moisture, clay, silt, phenomena from the bottom, not sleep or dreams, but when fermented sludge obscure figures of dreams. Writing not to do, but to stay, be there.