voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “Arkhip Kuindzhi

Ingeborg Bachmann – Le monde est vaste et nombreux sont les chemins –


ARKHIP KUINDZHI – Field-

Le monde est vaste et nombreux sont les chemins de

    pays en pays,

je les ai tous connus, ainsi que les lieux-dits,

de toutes les tours j’ai vu des villes,

les êtres qui viendront et qui déjà s’en vont.

Vastes étaient les champs de soleil et de neige,

entre rails et rues, entre montagne et mer.

Et la bouche du monde était vaste et pleine de voix à

    mon oreille

elle prescrivait, de nuit encore, les chants de la diversité.

D’un trait je bus le vin de cinq gobelets,

quatre vents dans leur maison changeante sèchent mes

   cheveux mouillés.

 

Le voyage est fini,

pourtant je n’en ai fini de rien,

chaque lieu m’a pris un fragment de mon amour,

chaque lumière m’a consumé un œil,

à chaque ombre se sont déchirés mes atours.

 

Le voyage est fini.

À chaque lointain je suis encore enchaînée,

pourtant aucun oiseau ne m’a fait franchir les frontières

pour me sauver, aucune eau, coulant vers l’estuaire,

n’entraîne mon visage, qui regarde vers le bas,

n’entraîne mon sommeil, qui ne veut pas voyager…

Je sais le monde plus proche et silencieux.

 

Derrière le monde il y aura un arbre

aux feuilles de nuages

et à la cime d’azur.

Dans son écorce en ruban rouge de soleil

le vent taille notre cœur

et le rafraîchit de rosée.

 

Derrière le monde il y aura un arbre,

à sa cime un fruit

dans une peau en or.

Regardons de l’autre côté

quand à l’automne du temps,

dans les mains de Dieu il roulera !

 

Die Welt ist weit und die Wege von Land zu Land,

und der Orte sind viele, ich habe alle gekannt,

ich habe von allen Türmen Stadte gesehen,

die Menschen, die kommen werden und die schon gehen.

Weit waren die Felder von Sonne und Schnee,

zwischen Schienen und Straβen, zwischen Berg und See.

Und der Mund der Welt war weit und voll Stimmen an

  meinem Ohr

und schrieb, noch des Nachts, die Gesänge der Vielfalt   

  vor.

Den Wein aus fünf Bechern trank ich in einem Zuge aus,

mein nasses Haar trocknen vier Winde in ihrem

  wechselnden Haus.

 

Die Fahrt ist zu Ende,

doch ich bin mit nichts zu Ende gekommen,

jeder Ort hat ein Stück von meinem Lieben genommen,

jedes Licht hat mir ein Aug verbrannt,

in jedem Schatten zerriβ mein Gewand.

 

Die Fahrt ist zu Ende.

Noch bin ich mit jeder Ferne verkettet,

doch kein Vogel hat mich über die Grenzen gerettet,

kein Wasser, das in die Mündung zieht,

treibt mein Gesicht, das nach unten sieht,

treibt meinen Schlaf, der nicht wandern will…

Ich weiβ die Welt näher und still.

 

Hinter der Welt wird ein Baum stehen

mit Blättern aus Wolken

und einer Krone aus Blau.

In seine Rinde aus rotem Sonnenband

schneidet der Wind unser Herz

und kühlt es mit Tau.

 

Hinter der Welt wird ein Baum stehen,

eine Frucht in den Wipfeln,

mit einer Schale aus Gold.

Laβ uns hinübersehen,

wenn sie im Herbst der Zeit

in Gottes Hände rollt !

 

 

Toute personne qui tombe
        a des ailes
Poèmes 1942-1967 
Traduction de l’allemand (Autriche)
par Françoise Rétif
Nrf   Poésie /Gallimard


La mer – ( Susanne Derève) –


Arkhip Kuindzhi – Pêche sur la mer noire

.

Tapie , retranchée dans la nuit
je la devine à son long battement
de métronome ,
à la fulgurance de ses phares ,
à leur éclat – deux rouges un vert –
marquant l’entrée du port

Je la devine mordant la plage 
où la vague prend son essor
tutoie le ciel ,
dérobe un éclat de silence ,
et se saborde sur le sable ,
le sable froid des nuits d’été

La mer …
Je la devine essuyant les rochers
d’un blanc suaire d’écume
sous le vol lourd des goélands,
à son chant de cloche brisée
lorsque forcit le vent .


Kenneth White – Lettre à un vieux calligraphe


Arkhip Kuindzhi – On a Valaam Island, 1873

 

 

Cent jours passés

par les grèves et les montagnes

 

à l’affût

du héron et du cormoran

 

puis écrire ceci

à la lisière du monde

 

dans un silence devenu

une seconde nature

 

et connaitre à la fin 

dedans le crâne, dedans les os

 

le sentier du vide.

 

 

Un monde ouvert 

Anthologie personnelle 

nrf

Poésie /Gallimard