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Sylvie Durbec – On part de loin


montage perso – juin 2013
montage perso - juin 2013

photo- montage perso

on part de loin
pour arriver à peu de mots
dressés sur la table en guise d’inventaire :
neige fleur viaduc arrosoir
pierre qui sourit chien chat
pays lointain des jardiniers
épaule jeune fille un rat la route
et de ces archipels bâtis sur le sable
on a fait des murs
où inscrire ce qui disparaît
(…)
où habiter avec neige et vent

du recueil   » Ici rêve ailleurs »

  • texte  auquel j’ai  répondu à ma façon avec:

.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                   ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec           si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
>      qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
et même entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016


Enzo Corman – précipitation


dessin perso: encre de chine

dessin perso: encre de chine

précipitation

il pleut je sais
de quoi ça parle flots de bile discours
fleuve il pleut des chiens des pierres des
discordes parole de flaque nom d’un chat
la pluie se noie dans un verre d’eau
à quand l’étincelle qui mettra le feu au lac
au temps des vinyles ne pleut qu’en face b
tout de façade notre accord sonne majeur franc et massif
élection de l’alter ego au suffrage unilatéral
il pleut des bouts de tout pour rien

mettons qu’il pleuve c’est à pleurer
pas si tu lis entre les lignes
voyons nous deux c’est pas seulement
le titre du torchon que lit ta mère en cachette de ton vieux
ça pleut dans l’hlm à verse et quand tu veux tu peux — la preuve par la vie
rongée par tous les bouts — ça fuit de partout mais tu es à l’âge
où on s’en fout pas vrai

tu t’la coules douce bébé la pluie fait des claquettes moi je suis
claqué la vie pleurniche qu’elle a pas l’temps
qu’elle a pas l’choix qu’elle a pas eu ce qu’y fallait pour en particulier comme
en général
le mode d’emploi est tombé dans le puits notre idylle est à l’eau
un et un font deux verres sales et une bouteille vide
un robinet qui goutte un roman qui renifle
d’amour et d’eau sale de l’eau dans le gaz
sombrons corps et biens dans le lac d’indifférence

l’immense majorité de l’humanité se baigne tous les jours dans le même fleuve
la coupe pleine de toute éternité
sommes liquidés dès l’amniotique trempés essorés
la vie est un torrent poissons dans les deux sens le saumon croise la truite
ne cherchez plus il n’y a ni début ni fin
je pleus tu pleus nous pleuvons ils pleurent
haut bas fragile mais c’est égal
éclats d’éclaboussures tout n’est qu’éclaboussure
la lune dans la flaque la flaque dans
la nuit le ciel le cimetière l’arrosoir abandonné
il pleut de la lune du glas des regrets éternels
cordes pleuvant et nœuds coulants
coupe pleine depuis toujours déjà
précipitations désamoureuses sur lit atmosphérique
cataracte tempête

liquidation