voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “aube

Adriana Mayrinck – Rideau de fumée


3334358145_861353c825 -_M.jpg

photo Dielucie

 

 

Dans la fente qui répand la lumière

Je ne trouve pas ton reflet
Dans le rideau de fumée
Qui nous sépare
Infranchissable
Je ne peux pas t’atteindre
À quel moment j’ai perdu le raccourci
Quel mot mal dit
T’a fait taire
Insomnie..
Je traverse le désert de l’aube
Dans la solitude accompagnée de ton souffle.

traduit du brésilien:

texte  original:

Cortina de fumaça

Na fresta que espalha luz
Não encontro teu reflexo
Na cortina de fumaça
Que nos separa
Instransponível
Não consigo te alcançar
Em que momento perdi o atalho
Que palavra mal dita
Te fez calar
Insone
Atravesso o deserto da madrugada
Na solidão acompanhada pelo teu respirar.

 


Erri de Luca – la brebis brune


Résultat de recherche d'images pour "brebis brune"

photo denvedarvro  ( écomusée  du musée de Rennes )

 

 

La brebis brune

Est la première agressée par l’éclair et le loup,
le tour de mauvaise chance qui gâte la couleur uniforme
du blanc troupeau.
Le jour la chasse, la nuit l’accueille
dans le noir térébenthine qui dissout couleurs et contours
et fait qu’elle ressemble aux autres.
La nuit est plus juste que le jour.
Face au danger le cri le plus limpide est le sien,
sur la glace de l’aube c’est elle qui marque la trace.
Où passent les confins, elle seule longe la haie de mures
Qui fait frontière à la vie frénétique, féroce, qui ne donne répit.

La pecora bruna

È la prima aggredita dal lampo e dal lupo,
lo scherzo di mala fortuna che guasta il colore uniforme
del bianco di gregge.
Il giorno la scaccia, la notte l’accoglie
nel buio d’acqua ragia che scioglie colore e contorno
e fa che assomigli alle altre.
La notte è più giusta del giorno.
In faccia al pericolo il grido più limpido è il suo,
sul ghiaccio dell’ alba la traccia è battuta da lei.
Dove corre il confine, lei sola rasenta la siepe di more,
e chi si è smarrito si tiene al di qua della pecora bruna,
che fa da frontiera alla vita veloce, feroce, che tregua non dà.

———-

traduction par Antonio Silvestrone : voir son site 


Huis clos – (Susanne Derève)


augusto-giacometti-the-glass-ball-1910

      Augusto Giacometti – The glass ball

 

 

J’ouvre la porte

hiver morose   colchiques mauves  

à peine le jour incertain

 

des aiguilles de gel brillent

sur tes épaules

 

Tu entres

Messager de la nuit  vagabonde 

Il y a des flaques d’eau à tes pieds

 

Tu jettes ta veste sur le lit

d’un  regard circulaire tu embrasses                                                  

l’espace

et je sais que tout t’appartient

 

le monde comme un printemps trop vert

la poussière du temps                                                            

celle qui danse dans les reflets de l’ombre

 

le huis clos de mes rêves  

les roses      le parfum des nuits d’été

 

le long des murets de pierre où ont couru nos mains

le jasmin odorant     mes paumes ouvertes

 

et les dentelles du matin  le cristal des flocons

de neige   le rire serpentin de  l’eau

de ruisseaux  en rivières  

 

mes poings fermés

( où  glisse entre mes  doigts le sable des années)

la terre féconde

le lit défait     

 les rives du sommeil

 

Messager de l’aube vagabonde

qui t’en vas et  fermes la porte

avant l’éveil

qui emportes le monde

à tes semelles

 

 


Samira Negrouche – courir sans regarder derrière soi


 

 

- -Michael Borremans 8453309289.jpg

peinture Michael Borremans

 

Avant que l’aube n’apparaisse, courir sans regarder derrière soi

les fleuves évaporés et les paroles effritées des sages de légendes.

Avant plus avant le soleil est d’une douceur clémente

m’apprend d’autres caresses et je deviens un poteau électrique

dans une plaine humide et je passe aussi vite qu’eux

sur le parcours d’un TGV pressé de rejoindre

ses rendez-vous parisiens à huit heures tapantes

Et je disparais.


Salah Al Hamdani – Lanceur de cailloux


Résultat de recherche d'images pour "irak douilles balles"

 

À force d’espérer te revoir je vais reconquérir ton aube
Je vais ramasser les dattes gorgées de balles
et la main pleine

ne sacrifier à ta lumière

Aux nuits de l’exil
je vais jeter un pont de regrets sur le fleuve
et ensemencer les clos  .


Jean-Michel Bongiraud – abeilles


Résultat de recherche d'images pour "fille cerceau de chirico"

animation Joel Remy – à partir  du détail d’une peinture de G De Chirico

 

La transfusion des spirales est aléatoire

Et les mathématiques sont un chef-d’œuvre hypnotisant.

Tout jargon contredit l’univers et les sens.

Ce qui se cristallise sur mon palais

Ces miroirs qui ne parlent pas

La face contre l’écorce nul ne règle le compas !

Je dis une histoire une source mal écoulée

Un feu qui s’éteint au fond de nous.
L’abeille a-t-elle un buste semblable au mien ?

L’aube ne sera jamais nouvelle

Et les hommes ont rempli leur brouette de machines
.
Je lance un ultime pavé.

Un cerceau au loin tombe dans le ravin.

 



L’aube est pour demain – ( RC )


Paul Nash, We Are Making a New World, 1918

peinture: Paul Nash   –   We Are Making a New World,       1918

 

Dans un paysage lunaire,
il se trouve encore,
dans le jour qui s’éteint,
des troncs solitaires :

c’est ce qu’il reste d’arbres,
dont le tronc a été brisé,
les branches calcinées,
noires sur un fond gris,
au milieu
du désastre de la terre .

Ces troncs sont des témoins,
brisés mais restant debout,
à la façon de temples dévastés ,
aux colonnes solitaires ,
ne portant rien qu’elles-mêmes ,
absurdement dressées vers le ciel.

C’est une forêt après la tempête,
empêtrée dans l’hiver.
Mais celui-ci répond
au cycle des saisons,

et on peut distinguer,
si on s’en donne la peine ,
quelques silhouettes d’animaux ,
qui dénichent déjà
des jeunes pousses
qui prendront bientôt leur essor :

l’aube est pour demain .


RC – dec 2017


Jean-Pierre Schlunegger – Clairière des noces (extr)


4623774358.jpg

photo Lydia Roberts

 

 

Je dis: lumière,

et je vois bouger de tremblantes verdures.

Je dis: lac,

et les vagues dansent à l’unisson.

Je dis: feuille,

et je sens tes lèvres sur ma bouche.

Je dis: flamme,

et tu viens, ardente comme un buisson.

 

Je dis: rose,

et je vois la nuit qui s’ouvre à l’aube.

Je dis: terre,

un sommeil aveugle, un chant profond.

Je dis: amour,

comme on dit tendre giroflée.

Je dis: femme,

et déjà c’est l’écho de ton nom.

Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres

Des étoiles miniatures – ( RC )


Et la nuit s’étend partout,
sur les collines, les rivières,
les forêts et les déserts.

Je m’étends sur le sol.
Les herbes devant moi
oscillent dans la fraîcheur du matin,
à peine visibles dans le ciel de velours noir.
Il y a toujours des astres qui scintillent
et dansent dans leur feu d’artifice.

Elles semblent soudain si proches,
qu’on pourrait les croire à portée de main.
D’ailleurs en voila qui zigzaguent,

dans une trajectoire imprévue
et clignotent en dansant .
Ce sont des lucioles,
comme des étoiles miniatures,
dont la lumière se dissout peu à peu
avec l’arrivée de l’aube.


RC – mai 2017


Bernat Manciet – Braises ma peau


DSC00252ps2-1.jpgXVI

Braises ma peau —mais une âme de gel

forte ma foi —-  je n’ai plus rien à croire
bon œil —             ma vue se refroidit
l’hiver me brûle et le printemps m’est fade

coffre solide —     mais ne soit plus de brise
de chêne cœur —       je suis las du certain
aimer me tient —    l’amour me reste tiède
prière suis —     mais demander me déplaît

Partir je veux —     mais je sais tous sentiers
j’ai soif de pluie —et toute pluie m’est cendres
faim de mouton —toute chair me répugne

le soir s’éteint —pouvoir n’être personne!
l’aube va naître —et je cherche l’obscur
la nuit rayonne et ta lumière est morte


Question d’électricité – ( RC )


Afficher l'image d'origine

peinture:  Andy Warhol  –   electric chairs

Question d’électri-cité
voilà qu’une nuit éructe
haut voltage
des plumes et des néons.
Ils se confondent avec obstination
avec le brouillard des âmes.
Et ce sont des encres,
les plus indélébiles,
imprimant sarabande :
la ville obtuse
fait la sourde oreille
à la moiteur des nuées.
Aussi éveillées que peuvent l’être
les avenues désertes
jusqu’à ce que la lumière artificielle
soit dissoute dans l’ aube violette.
Je vois les indociles
qui pensent que le jour
n’est qu’un détour
accrochés aux barreaux :
la prison les ronge
dans quelques mètres carrés.
Ils n’ont que les murs grisâtres,
et la peau décolorée.
La langue fourbue,
la parole féroce,
une cuvette en émail
la lueur alternative
de la publicité lumineuse,
les maillons du mensonge,
le macadam des rues
marqué d’ombres vertes
comme de fer rouge.
Le reprise du trafic,
le grondement des rames,
les sirènes de police
pour lancer des conjectures.
Le sol est en verre pilé.
Qui ose s’y risquer pieds nus ?
Tu vas deviner l’heure..
( on éxécute mieux à l’aube) –
quand on viendra te chercher
pour te conduire
selon le protocole officiel
à la chaise électrique .


RC – avr 2016


Nicolas Rouzet – le cercle et la parole


8256781840_73baf21c04 Haas, Ernst _1921-1986_ - 1956 Ceremonial Dance, Bali.jpg

photo: Ernst Haas

 

 

Il y a le cercle et la parole
et l’heure où chaque naissance
annonce l’aube rageuse
l’attente du regard

Une main aveugle
dure à tâtons
devance le jour
dessine comme par jeu
la frontière qui sépare
le silence de la parole
le geste du murmure

De son pouce
se traverse la brèche
s’effleure le néant
d’où l’on sauve
la braise
et la brindille

Et que l’oreille
se tende
vers ce soupirail
qu’elle entende
que nos fantômes
n’ont pas changé de nom
que tous se croient encore vivants
dans l’espace ouvert
par l’éclat
le mirage
de nos âmes !

 


Rémission ( l’oeil du serpent ) – ( RC )


peinture  - Peter Paul Rubens (1577–1640) - The Head of Medusa, circa 1618, Oil on Canvas Moravská galerie v Brně Brno}}

peinture – Peter Paul Rubens (1577–1640) – Tête de Méduse  –  1618, –  h  sur  toile  -Moravská galerie v Brně Brno}}

Tu descends dans un tourbillon sable mouvant de sable,


De mes mains , je brasse l’air

à grands coups de couleurs fauves ;

Elles marquent le passage des minutes vers une agitation solaire.

Avant que tu ne t’enfonces,

dans une étendue                        morne comme l’ennui.

La devanture de l’aube ruisselante , est témoin du rire des trompettes.

Tu es un serpent, trempé de frissons nocturnes,

dont le regard me traque, tout au long de mes nuits.

Des chapelets de pierres suspendues, bris de planètes,

Sont                      les ossements des anges déchus,

dont rien n’entrave la chute.

Le sang se fige dans la fièvre des rêves,

On en ignore la part du réel … :

Si tu as injecté le venin,        si le réveil en est l’antidote.

Car lorsque le jour tend son arc, telle une couverture que l’on retire,

Les délires finissent                 par faire pâle figure,

Et tu disparais,                        avalé par le sable.

On dirait              qu’il ne s’est rien passé.

Le mal est rentré               en lui-même,

Peut-être      pour ressurgir plus loin,

Brève rémission d’une contagion à venir .

Je le saurai quand mes yeux resteront fixés

à jamais ,                     sur les tiens.

RC –  mai 2015


Miguel Hernandez – Même si tu n’es pas là


 

photo  Francesco Borrelli

photo: Francesco Borrelli

 

MÊME SI TU N’ES PAS LÀ

Même si tu n’es pas là, mes yeux
de toi, de tout, sont remplis.
Tu n’es pas née à une seule aube,
à un seul couchant je ne suis pas mort.
Le monde est plein de toi
et nourri, le cimetière
de moi, par toutes les choses,
de tous les deux, par tout le peuple.
Dans les rues je vais laissant
quelque chose que je ramasse :
morceaux de ma vie
perdus depuis longtemps
Je suis libre dans l’agonie
et je me vois emprisonné
dans les seuils resplendissants,
resplendissants de naissances.
Tout est plein de moi :
de quelque chose qui est à toi et souvenir
perdu, mais retrouvé
quelques fois, quelques temps.
Temps qui reste derrière
résolument noir,
d’un rouge indélébile,
doré sur ton corps.
Tout est plein de toi,
transpercé de tes cheveux :
de quelque chose que je n’ai pas obtenu
et que je cherche entre tes os.

 

 

 

AUNQUE TU NO ESTAS

Aunque tú no estás, mis ojos
de ti, de todo, están llenos.
No has nacido sólo a un alba,
sólo a un ocaso no he muerto.
El mundo lleno de ti
y nutrido el cementerio
de mí, por todas las cosas,
de los dos, por todo el pueblo.
En las calles voy dejando
algo que voy recogiendo :
pedazos de vida mía
perdidos desde muy lejos.
Libre soy en la agonía
y encarcelado me veo
en los radiantes umbrales,
radiantes de nacimientos.
Todo está lleno de mí :
de algo que es tuyo y recuerdo
perdido, pero encontrado
alguna vez, algún tiempo.
Tiempo que se queda atrás
decididamente negro,
indeleblemente rojo,
dorado sobre tu cuerpo.
Todo está lleno de ti
traspasado de tu pelo :
de algo que no he conseguido
y que busco entre tus huesos.

Cancionero y romancero de ausencias (1938-1942)

Avec la citation de  ce poète  espagnol,  dont on peut  trouver d’autres  textes  et leur  traduction sur le site « Fibrillations »...

je ne peux  m’empêcher de faire  le  rapprochement  avec mon propre texte , qui a un titre, et un esprit très approchant.  RC


Luis Mizón – Tu as souvent navigué dans ce navire démantelé


 

photo: Benoît Vignet : navire échoué au Chili

 

 

 

Tu as souvent navigué
dans ce navire démantelé
à la dérive.
Tu connais la coque de bois oscillante
le mascaron au front fendu
et le spectre des voiles
aboyant dans le brouillard
lorsque tu reviens chez toi du fond
de la mer
aveuglé par les vagues miraculeuses
dans le désordre de la houle.
Lorsque tu reviens en titubant
les bras ouvert
accrochés aux fils de la lune.
Lorsque tu montes de la mer à ta maison
à l’aube
couvert d’étoiles de mer.

 

( par rapport  au document image Luis  Mizón est aussi  de nationalité chilienne)


Pierre Mhanna – Amour et silence .


image  - montage  perso  2012

image – montage perso 2012 à partir de document  de serguei Ivanov

 

Amour & Silence

( 12 petits textes  comme des haÏkai de Pierre Mhanna)… consultables  dans la langue  d’origine, sur son site…

————-

Silence cristallin,
au cœur d’une goutte de rosée
la fusion dans le ciel.

~ Cadence de silence –
Un troupeau de papillons
Brûlant dans mon âme.

~ Dans ton éclat de simplicité
coule ma vie
toi fleur de jasmin.

~ Silence crépusculaire,
ma vie luisante
dans la première étoile de la soirée.

~ Vaisseau de silence,
Que les cires d’un coeur vide
soient plus étendues que le ciel.

~ Comme l’aube
Cajole la fleur
Votre souffle dans mon coeur

~ Silence résonnant,
La dernière voix du crépuscule
fusion des gouttes de vin dans le ciel.

~ Disparus bientôt
ces nuages mouvants,
crépuscule du silence.

~ Soleil du matin,
chaque goutte de rosée
une fleur.

insouciant le papillon
au milieu des fleurs blanches,
un nuage dans le ciel.

~ ton parfum
Avec la brise de l’aube
M’appelait à la maison

~ Mes yeux
– deux étoiles arrosées
dans la mer de ton feu.

– (tentative de traduction – interprétation : RC )

 

 

LOVE & SILENCE

Crystalline silence,
the heart a dewdrop
melting in the sky.

~

Cadence of silence –
A flock of butterflies
Burning through my soul.

~

In your simple glow
my life flows
you jasmine flower.

~

Twilight silence,
my life shining
in the first evening star.

~

Vessel of silence,
The empty heart waxes
Wider than the sky.

~

As the dawn
Coaxes the flower
Your breath in my heart

~

Resonant stillness,
The last voice of dusk melting
Winedrops in the sky.

~

Soon to vanish
these moving clouds,
twilight silence.

~

Morning sun,
every dewdrop
a flower.

~

Carefree butterfly
amid the white flowers,
one cloud in the sky.

~

Your scent
With the dawn breeze
Calling me home

~

My eyes –
two stars doused
in the sea of Your fire.

View On WordPress


C’est par un acte d’amour, que se dessine le jour – ( RC )


 

377406218_070ed0c177 emerald sea

 

photographe  non-identifié;

 

 

Le ciel et la terre se touchent.

Ils  s’étendent au-dessus de l’autre.

C’est par un acte  d’amour,

Que se dessine le jour.

 

La terre se retourne, quand il s’éteint,
Contre le baiser du soleil.

De l’autre côté, il fait déjà nuit,

En égrenant quelques heures.

 

Le temps de fermer les paupières,

Le ciel et la terre se confondent,

Dans l’obscurité,  et notre absence.

Leurs amours sont chasteté.

 

Et se dissimulent,

Sous un rideau d’étoiles,

Jusqu’à l’aube qui se dévoile,

Sous sa grande robe,

 

Au regard du jour,  .

 

RC – avril  2014

 


D’autres villes – ( RC )


 

peinture:              James Whistler –                  Valparaiso nocturne          en bleu et or.

 
Pendant la nuit,      qui s’enfonce entre violet et silence,
Clignotent encore        quelques néons,
Leur reflet alternativement vert et jaune
Sur l’asphalte mouillée.                             Têtus.
Les baraques du chantier du port, désertées.

Et au loin le flux chuintant des voitures,
Les boucles de l’échangeur éclairées d’orange.
Cependant les nuages sournois masquent alternativement une lune.
Un oeil fixe,                                    cloué là haut.
Il nous dit la présence solaire,      – ailleurs.

Ailleurs à l’opposé de la terre.
Sous d’autres climats.
Avec d’autres langues.
Mais,        la même course du jour,
Se déplaçant    comme une vague.

D’autres villes,  s’enfonçant bientôt,
Entre le violet et le silence …
Et le clapotis des flots.
Alors qu’ici s’annoncera l’aube ,
Sur un jour recommencé.

Les immeubles seront encore au même endroit.
A l’assaut des colllines.
Les grues pourront reprendre  leur ballet.
L’oeil fixe de la lune ,            s’est effacé,
Discrètement,                dans la brume .

 

RC  –  mars  2014


Paul Fleury – Flux sur un échiquier


Marcel Duchamp   - jeu  d'échecs  de poche  avec  gant en caoutchouc      1944       

 Marcel Duchamp         – jeu d’échecs de poche avec gant en caoutchouc    – 1944

 

 

 


« Franchissement de l’aube »

Toute écriture de fondation
anticipe le champ
de ses métamorphoses
loin – jusqu’à s’éblouir
dans l’éclair soudain de sa joie.

La vérité fulgure en l’espace d’un jeu
clos – qui n’est pas encore.

Le poème lancé en avant
ne quitte son lieu sûr
son erre
que pour la case d’un damier blanc.

Son erre devient errance.
Il y repose en paix, il n’est déjà plus !

Le jeu n’est pas dans la topique
mais dans le bond,
tout entier contenu dans ses déplacements.
Pour dominer l’âme du jeu,
il faut user plusieurs damiers,
postuler plusieurs dames
agir et mourir debout.
Les cases de l’échiquier ne suffisent pas.
Il faut un chiffre infini,
– une aube franchie pas à pas.
L’incertitude peut y loger sans armes,
la terre y cède au fleuve ouvert à tous les vents
et parfois se confie au feu du mascaret.

———————-

Cet  extrait est disponible  sur le site  des  éditions  des Vanneaux


Stefanu Cesari – Là où vous avez bâti cette maison


image  retravaillée par mes soins

image retravaillée par mes soins

Là où vous avez bâti cette maison, l’eau sous la colline.
sa chanson rampe, le soir. vous ne dormez pas.
on vous laisse, toujours au même point de l’aube
sachant que vous resterez, là, à nous attendre, sans redire

c’est vrai. on s’habille d’une faute, elle nous lie comme le sang, à travers les herbes folles.
le moment venu, un doigt passe sur la bouche,
une petite flamme,
vous laissez la lumière allumée le temps que nous partions.

Indò vo eti pisatu a casa ci hè l’acqua sutt’à a parata.
a sera, a so canzona, à rampaconu.
vo ch’ùn durmiti, vi lachemu sempri à quiddu mumentu albinu,
sapendu ch’eti à stà quì, ad aspittàcci. senza lagnàvvi, mancu una volta.

hè vera. ci ‘mpannumenu cù li nosci falta, par travirsà u bagnaghju, è ci liani com’è u
sangu.
spicchènduci, nienti ci veni.
daretu à no, una pìccula fiara, di matinata, tini accesu mentri chè no partimu …

Stefanu Cesari  est un auteur  corse, on peut  le retrouver  sur Voxpoesi....


Pierre Torreilles – Où je suis


photo perso: rochers en Margeride

photo perso: rochers en Margeride

 

 

Où je suis
——–
Ordre
de ce qu’ont tu

le grand désordre évanescent,
l’oubli déchiqueté d’une mémoire souveraine,
je suis le Décillant.

Chaque épave
, gravide,
laisse à mes doigts l’écho.
…je sculpte le silence
,parole improvisée,

la montagne sonore.

L ‘oiseau est ma ponctuation.

Voici
le grand ressac,
l’ absence écrite,

sur l’ épaule du jour
la terre,
en suspens, ô bannissement ressassé !
la volonté féconde et la ténèbre qui l’accueille

le feu
de quelque encerclement.

Sans ombre le déclin
à la merci de la rupture,
le corps
bleu
maintenant qui me voit.
S ‘entre-dévorent , .
éblouissant,
la lumière et la nuit dans la parole qui sommeille.

Viennent bientôt m’habiller l’aube,
ruse,
de ses mots éloignés le silence,

le corps de l’air.
De nulle écoute l’horizon
quand accoste ma résonance.
*
Le mot,
déjà reçu,
dans mes pas
, oublié,
oblique lame sinueuse
l’éclat…
de quel sentier,
livide cicatrice?
Vacille
le miroir le fleuve où s’est réfugiée la mer.

Soudain tari
le puits,
intime appui du jour
abrupte éclosion de ma bouche sonore.

Quel fil descend
depuis l’ éther jusqu’en la terre,
s’étend au plus profond où séjourne l’éveil?
Du plus obscur survient l’imprononcé,
détrempé de lumière.

extrait de  « Où se dressait le cyprès blanc  »  Gallimard  1992

 


Nuno Judice – Remords


Photo perso-2juin2013

Photo perso-2juin2013

Ce    sont des choses infimes :

Les fenêtres qui battent au vent,

Des suspensions de phrases

Dans le souvenir d’un désir,

Les cheveux dénoués

Quand l’interrupteur rétablit la lumière.

 

Mais c’est cela dont tu te souviens

Quand il semble qu’il n’y ait plus rien

Alentour de toi ; et la nuit

Qui pouvait t’envelopper

Dans le linceul froid du silence ultime

Oublie que tu existes.

Alors tu déroules les images à l’intérieur de toi

Comme si tu pouvais encore vivre

Chacune d’elles.

 

Tu ne dors pas :

Mais ce n’est que lorsque la lumière de l’aube

Te rappellera qu’il fait jour

Et que tes paupières seront lourdes comme du plomb

Que tu pleureras les heures blanches

Le goût acide du ressac

Et l’amour que tu as perdu

Dans l’hésitation d’une étreinte.

voir cet article  de François Weigel  sur Nuno Judice.


Dis-moi, de l’existence … ( RC )


photo perso:  coq "de garde", chez un guérisseur .  Burkina Faso dec 2011

photo perso: coq « de garde », chez un guérisseur .    Burkina Faso          dec 2011

Dis moi, de l’existence, la réalité.
Hors de nous , pays habités,
L’écharpe de l’horizon, ceinte de brume
Continue, mer , océan, écumes

La poignée de mondes,  qui restreint
Que tire d’ailes, les atteint
Et que les vies  pressent
Sous le soleil ardent, paressent..

Si la sphère habitée est transparence
Où faut-il que mon regard  s’élance ?
Vois -tu de l’autre côté de la terre
Les chemins et routes de poussière ?

Les grandes étendues et la course
des étoiles… disparue la Grande Ourse
L’au delà d’une vision, sans pourtant qu’elle ne se voile
Un quart de cercle, porté vers l’australe.

Vois, la planète , d’un autre costume
Autres peuples, autres  coutumes
Les nôtres, en pays lointain n’ont plus cours
Aujourd’hui est un autre jour

Qu’une aube nouvelle  fusionne
les espaces  d’une  vie, et résonne
en nous, autant les vaisseaux  s’enchevêtrent
Et bat, au coeur, le sang de notre être

Il se voit circuler d’autre façon, étourdi
Sans forcer l’envers, sans  interdit…
Le continent des ailleurs, ailleurs improbables,
Modèle le visage des hommes — en  terre  arable.

RC  – 8 janvier 2013

 


Miguel Veyrat – une peur blanche


image: spectacle de la compagnie Luc Amoros:             N’ayez pas peur de la page blanche

 
Une peur blanche

Je suis allé là où la beauté semble être toute nouvelle
pour toujours, et le dernier jour, j’ai trouvé
le premier. Celui qui tombe dans la lumière allumée fauve
nue et douce, avec le son de sa jeunesse
dans l’air.
Belle bien qu’elle cache le bas du visage
dans la première ombre répandue sur la page vierge.
Je me suis retiré vers nulle part
comme un corps  dans l’abîme,
à la recherche d’un  signe pour le copier sur la
première page disparue ce premier jour.
Ainsi l’aube nous ment dans son écriture cachée,
qui n’annule jamais les pas de la nuit en sa première ombre.
Au moment précis où  la beauté se brise en vain
contre le mur du désir qui a effrayé le léopard –
quand nos poitrines se révoltent
en face de la puissance de la Nature
qui règne seulement pour le malheur, et l’ infinie vanité de tout.

trad  RC –

-He ido donde la belleza pareció ser toda nueva
para siempre, y en el último día hallé
el primero. Aquel que cae al fulvo ardor de luz
desnudo y leve, con su juvenil sonido
por el aire. Hermoso aunque se emboce
en la primera sombra derramada sobre la página
en blanco. He retrocedido a ninguna parte
como el salto de un cuerpo en el abismo,
que busca su signo para copiarlo en la página
esfumada de aquel día inaugural. Así nos miente
el alba en la escritura oculta que jamás cancela
los pasos de la noche en su primera sombra.
Momento exacto en que la belleza se estrella
en vano contra el muro del deseo que espantó
a Leopardi —cuando nuestros pechos se amotinan
frente al poder de la Naturaleza que impera
solo para el mal, y la infinita vanidad del Todo.

 


Jorge Luis Borgès – Tankas


 

 

 

 

 

peinture:    Max Beckman:   le rêve du soldat        1942

Tankas
.
.
1
.
En haut sur la cime
Le jardin entier est lune,
Lune d’or.
Plus précieux le frôlement
De ta bouche dans l’ombre
.
2
.
La voix de l’oiseau
Que la pénombre recouvre
On ne l’entend plus.
Tu marches dans ton jardin
Quelque chose, oui, te manque.
.
3
.
La coupe d’un autre,
L’épée qui fut une épée
Dans une autre main,
La lune de cette rue,
Dis-moi, n’est-ce pas assez ?
.
4
.
Il est sous la lune
Le tigre fait d’or et d’ombre
Il fixe ses griffes
Il ne sait pas qu’au matin
Elles ont tué un homme.
.
5
.
Triste cette pluie
Qui sur le marbre s’égoutte,
Triste d’être terre.
Triste, n’être pas les jours
De l’homme, le rêve, l’aube.
.
6
.
N’être pas tombé
Comme d’autres de ma race,
Au champ de bataille.
Être dans la vaine nuit
Seul à compter les syllabes.
.
.