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Augusto Lunel – Chant 3


peinture; Schmidt-Rotluff (1884-1976)- Soleil sur les pins. 1913

CHANT III

Le verre se brisait d’une eau si pure ;
il fallait un verre comme ta voix,
une cruche comme le matin,
ma soif autour de la terre déserte.

Le jour se fêlait d’un son si clair ;
il fallait un verre comme ton silence,
une coupe comme l’automne,
me taire d’un pôle à l’autre.

La nuit se brisait d’un vol si subit ;
il fallait un verre comme ta vie,
un récipient comme ton sang,
mon vide tombant dans le vide.

Le ciel est resté derrière,
le corps devance le futur,
l’éternité passe.

De toi à moi l’air tombe blessé.

La terre est un oiseau
sur le point d’ouvrir les ailes.

Au travers d’un rocher sans. fin,
je marchais vers ta voix
laissant la mienne en arrière
qui m’appelle de plus en plus loin ;

il fallait un verre comme ta peur,
un verre comme le néant,
ma mort autour du monde.

Musique immobile,
musique emplie d’eau,
vent sous le fleuve,
je t’attends en retenant
l’amour comme la respiration,
la vie, comme un cri,
l’être, comme les larmes.

 

(voir mes précédentes publications  sur  Augusto Lunel,  dont  le  4   )

 


Augusto Lunel – Chant IV


Augusto Lunel  est un poète  « rare »…  dont j’ai eu beaucoup de mal à me procurer des écrits  sur le net…

mais heureusement  j’avais  des archives   « extra net »,   dont  sont  extraits  ces  « chants »…

 

en mars 2012,  c’est  le  chant  3

—–

vitrail: Georges Braque: oiseau violet - fondation Maeght ( 06)

CHANT IV

Rivière en moi,
oiseau qui vole dans mes veines,
la voix qui ne sortait pas
restait suspendue
dans le précipice de la gorge
ou descendait tailler à couteaux le coeur.

La voix enfermée,
la voix dans la chair,
déchaînait la mer avec une larme.

Mais aujourd’hui est sortie la voix
qui coulait dans les veines,
la voix qui brûlait dans les ténèbres.

Une épée coupa le silence
et des nuages de corbeaux volèrent dans le vide.

La rauque obscurité roula par terre
et la panthère noire
qui se débattait dans mes poumons.
Foudre lente et obstinée,
soleil dans la gorge,
la voix de rocher brisé par la voix
a rompu la bête sans bouche.

peinture; John Marin - The Sea, Cape Split,- Washington, Dc

Les vagues chargées de couteaux
déversent dans l’air
des paniers de poissons.

La voix,
ce moment où le sang est transparent,
cataracte vers le haut,
fleuve qui saute le précipice,
est sortie m’emportant.

La voix poussée par des corbeaux,
poussée par des éléphants sous terre
poussée par des baleines,entre en toi jusqu’aux arbres
ou sans sortir de moi
t’entoure.

L’écho a fait crouler les murs,
le silence a brûlé dans le clocher.

Notre coeur sera bientôt notre bouche,
la voix sera vue, touchée et respirée ;

la pluie, uniquement ce que tu chantes.

Vers ta voix émigreront les hirondelles,
vers ta voix se tourneront les héliotropes.
Clair de ta voix sera l’espace,
profond de ta voix l’abîme.

Aujourd’hui c’est la vendange de l’air.

—-

en cliquant  sur le mot  clef  Augusto Lunel,  – (  lien  en bleu sous l’article )  -vous trouverez  d’autres parutions  liées  à cet auteur péruvien,  dont les  chants précédents,par exemple  le 7


Augusto Lunel – Chant 5


peinture XVIè siècle BECCAFUMI, Domenico 1545 Annonciation

 

 

CHANT V

… Et toi,

Femme dont la peau caresse quand tu passes,
plus blanche que la douceur de le dire,
dont la respiration suspend la planète
à travers l’eau rouge d’aurores,
le souffle
qui éteint un astre et en allume un autre,
tu portes mon tremblement
comme je porte sur moi ton existence.

Femme de colombes en plein vol,
aux yeux de métal blessé,
aux yeux où l’eau incendie
et le feu mouille,
sépare-moi de cette solitude
qui laisse en solitude tout ce qu’elle touche.

Femme,
jour fermé,
femme à la démarche nue,
au chant nu,
je vais et viens en toi,
je vais en toi aux autres.

Tes jambes me dénudent
et tes seins,
pêches qui montrent leur coeur
et sont musique dans la bouche,
m’arrêtent
en moitié de moi-même.

Immobile vers toi,
immobile m’envolant,
je m’arrête au milieu de la vie.

Immobile vers la mer,
immobile à grands pas,
immobile en tombant
au milieu de mon corps,
immobile en fuyant,
je m’arrête au milieu de l’éclair.

Dans un souffle d’abeilles dans le lointain,
je m’arrête en toi
au milieu de la mort.
Que la vie m’ôte la vie !

 

—-


Augusto Lunel – Chant 6


photo perso : main au lys

CHANT VI

Vie en elle-même consumée
et jamais consommée,
mort perpétuelle,
mort brisée d’abeilles,
alouette cachée dans son chant,
colibri caché dans son vol,
danseuse sur des aiguilles sonores,
aux pieds de langues avides,
aux jupons que le vent soulève
sur le Pacifique,
aux champs de blé qui bercent l’aube,
tes mouvements sont un vase
qui contient le vol des oiseaux,
ton saut, la bise immobile,
tes cheveux, la tempête,
ton coeur, le mien.

Faite femme,
chaussée de pluie,
habillée de précipices

ou d’un éclair qui tourne sur lui-même,
tu ajoutes ta voix à la source,
tes mains au matin,
ta poitrine à la lune,
ton dos à la rivière,
… tes épaules

à la caresse de la lumière sur la peau nue,
tes cuisses à la clarté du fruit dans la bouche,
ton sexe, comme un baiser,
à l’aurore au parfum rosé,
ton désir à la voracité
de l’éclair sur la nuit.

—————–

 

de ce poète péruvien, peu connu chez nous,

j’avais déja publié  le chant 1   » de soleil à soleil »

 

fairlady - photo anonyme


Augusto Lunel – chant 7


silhouettes  en blanc

silhouettes en blanc, art pariétal, Australie

 

 

 

 

 

 

 

Le Poème

Le cor de chasse résonne dans le soleil
et précipice horizontal est le cerf.

Blessé à mort de ma vie,
cerf à la course bleue,
cerf paré de vent,
où la vitesse dans ses bois
jamais ne s’arrête,
l’éclatement de ton coeur
s’ouvre dans ma poitrine.

Clair royaume du mouvement
où s’arrêter est s’obscurcir,
vie qui monte à la bouche,
rosée dans la gorge de la nuit,
cerf dont la peau
ne le sépare pas de l’air,
tu dénudes les prairies à ton passage,
éblouis l’espace à l’oeil vorace,
incendies les nuages,
fleuris en embrassant toute la forêt.
Un rayon de soleil t’ouvre le dos.
Le jour ne suffît plus pour tous,
ni l’air que tu emportes dans tes bois
me laissant sans baleine,
ni le trésor
que la nuit déverse dans les rivières,
les rivières dans les oiseaux,
les oiseaux dans la poitrine ;
… aujourd’hui, seul mon vide peut remplir le tien.


AUGUSTO LUNEL ——–DE SOLEIL A SOLEIL —–CHANT 1


AUGUSTO LUNEL DE SOLEIL A SOLEIL CHANT 1

 

 

Personne n’échappera à mon amour,

au lys à la blancheur qui brûle,

à la parole qui incendie ce qu’elle nomme.

La tempête sortie d’une rose dont le silence creuse le précipice,

creuse en toi jusqu’à la mer la mort,

brise le château de lampes pour que la lumière se déverse à tes pieds.

 

 

 

Un aigle ouvre les ailes dans ta poitrine et une douleur bleue dans la mienne.

Le coeur emporté par des vents contraires,

la poitrine profonde et fermée comme un coup de tonnerre,

l’oeil qui me manque me regardant du typhon qui approche,

l’être comme une blessure rauque,

je vais dans mon amour comme dans l’air au tien comme dans ton sang.

 

photo ---- Gaylen Morgan