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Raymond Queneau – Gustatif


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Sculpture Haïtienne En Fer Découpé et peinte De Croix-Des-Bouquets

 

Cet autobus avait un certain goût. Curieux mais incontestable. Tous les autobus
n’ont pas le même goût. Ça se dit, mais c’est vrai. Suffit d’en faire l’expérience. Celui-là
—    un S, pour ne rien cacher — avait une petite saveur de cacahouète grillée je ne vous dis que ça.

La plateforme avait son fumet spécial, de la cacahouète

non seulement grillée
mais encore piétinée.
A un mètre soixante au-dessus du tremplin, une gourmande,
mais il ne s’en trouvait pas, aurait pu lécher quelque chose d’un peu suret qui était
un cou d’homme dans sa trentaine.
Et à vingt centimètres encore au-dessus, il se présentait au palais exercé la rare dégustation d’un galon tressé un peu cacaoté.
Nous détâmes ensuite le chouigne-geume de la dispute, les châtaignes de l’irritation,
les raisins de la colère et les grappes d’amertume.
Deux heures plus tard nous eûmes droit au dessert : un bouton de pardessus…
une vraie noisette…

Raymond QUENEAU

« Exercices de Style » (Gallimard)


Marcel Olscamp – Confidence


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photo Nikole Ramsay

CONFIDENCE

Le siècle des passions vient mourir au chevet
d’un langage cassé qui perd jusqu’à mon nom
entre les draps trop blancs d’une chambre scellée
dans une ville éteinte aux rues déshabillées
comme une femme nue sous le regard d’un chat
qui serait mort d’ennui le jour de ma naissance
en lissant son pelage au fond d’un autobus
qui tournerait le coin de la rue pour de bon
Le père se déchire en tenant dans sa main
le chapelet noirci de ses jours de vivant
nous regardons les murs pour ne pas voir le mal
nous glisser sous les yeux de sa voix trébuchante
Mais dites aux coins des rues que je ne viendrai plus
voir mourir les années dans cette chambre blanche
la force m’est venue de porter mon regard
sur le désert de miel entre le monde et moi
la tempête est cassée, le monde est hors de lui
et tous les vieux secrets se déchirent au vent


Marcel Olscamp – Confidence


photo perso  2006  Mons ( 06), porte oblique

photo perso 2006 Mons ( 06), porte oblique

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Le siècle des passions vient mourir au chevet
d’un langage cassé qui perd jusqu’à mon nom
entre les draps trop blancs d’une chambre scellée
dans une ville éteinte aux rues déshabillées
comme une femme nue sous le regard d’un chat
qui serait mort d’ennui le jour de ma naissance
en lissant son pelage au fond d’un autobus
qui tournerait le coin de la rue pour de bon
Le père se déchire en tenant dans sa main
le chapelet noirci de ses jours de vivant
nous regardons les murs pour ne pas voir le mal
nous glisser sous les yeux de sa voix trébuchante
Mais dites aux coins des rues que je ne viendrai plus
voir mourir les années dans cette chambre blanche
la force m’est venue de porter mon regard
sur le désert de miel entre le monde et moi
la tempête est cassée, le monde est hors de lui
et tous les vieux secrets se déchirent au vent.

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