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Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Learning to fly at home.jpg

Yves LeCoq

 

C’est vraiment
une grande forêt       pour une fois
avec dedans des ours
et des hélicoptères miniatures

Je me couche sur le dos
au milieu des sapins
ils sont hauts
je regarde les fourmis courir
comme des folles
du lever du soleil
au coucher du même soleil

C’est vraiment
une grande forêt
une autoroute la traverse
           elle part de l’Est
se faufile vers l’Ouest
les cons en voitures à pieds
la traversent aussi
s’arrêtent pour y manger
et pour y faire pisser
leurs gosses

Je me couche sur le ventre
cette fois
les hélicoptères miniatures
sont au-dessus de ma tête
silencieux et beaux
transparents et gracieux
comme des ombrelles de femme

Alors à ce moment là
de l’histoire
          les ours bruns rappliquent
pas la peine d’ouvrir tout grands
vos yeux
                 d’être étonnés
–  je vous ai déjà dit plus haut
qu’il y avait des ours
dans cette forêt

Ils viennent danser avec moi
et moi avec eux forcément
les hélicoptères miniatures
jouent serrés
           un vieux truc de John Coltrane
on va essayer pour une fois
de ne pas trop se marcher
sur les pieds
les ours bruns et moi.

 

(poème affiche    Annecy )


Châteaux en Espagne, une île au milieu des mers ( RC )


Il faut je crois, suivre une ligne,

Un fil invisible, de ténacité,

Pour construire, comme on dirait,

Ces « châteaux en Espagne »,

Se parsèment, dans les espaces vides,

Sur des monticules ocre , et jaune,

Des constructions, que l’on dirait utopiques,

Jamais achevées, et offertes aux vents,

Les semblables propulsant les ailes,

Des moulins à vent,

Chargés par Don Quichotte,

– Sa lance en avant.

Oui, les grandes ailes tournent,

Et souvent broient du vide,

Elles tournent dans la tête,

Comme de grands oiseaux blancs,

Peut-être ne sont-ils maintenant

Qu’une image, marquant les esprits,

Marqué par l’imaginaire,

photo: forteresse reconstituée de Mornas, vallée du Rhône, Vaucluse

Ainsi se remontent,

Pour le bonheur des touristes,

D’anciennes forteresses,

Habitées par les ronces.

Tout y est sécurisé,

On y accède en voiture,

On domine la vallée,

Et son autoroute.

C’est une belle carte postale,

Dont les assaillants d’antan,

Devaient garder dans leur cœur,

Pour raconter leurs exploits aux enfants,

Ah, les volées de flèches,

Tirées des meurtrières !

Ah, l’huile bouillante, rebondissant,

Aux pieds de la tour !

Ah les beaux boulets,

De plus de cinq livres,

Expédiés au-dessus des murailles,

Par notre artillerie…. !

Et ces soldats aux casques luisants,

Leurs écus aux couleurs du drapeau,

Claquant sur le donjon,

Leurs cottes de maille… !

Ceux qui ont de la chance,

Lors des fêtes médiévales,

Peuvent voir, dans des copies d’habits d’époque,

La comtesse ,tout en damas et soieries, et sa suite….

Tout est reconstitué,

Des histoires de batailles,

Dans le moindre détail,

En panneaux explicatifs.

C’est très instructif,

On a même refait, au milieu de la cour,

Un grand jouet, grandeur nature,

C’est une catapulte – toute neuve-,

. Qui participe au décor…

Car ici tout est décor,

Il n’y a plus de vie,

Dans les salles désertes,

Que l’on occupe,

– Toujours pour la culture, –

Par des pièces énigmatiques,

De grands artistes

Inspirés sans doute,

Par les murs en pierres lourdes,

Les verres troubles des fenêtres,

Et le sol en terre cuite.

Les salles d’exposition sont climatisées,

L’humidité est contrôlée,

La lumière est étudiée,

Pour le confort du visiteur

Le département s’occupe de tout :

De l’art, de la culture, et du patrimoine,

( Et le fait savoir en multipliant,

Publicités et affiches voyantes. )

Mais revenons à nos châteaux en Espagne,

Ou plutôt ce que chacun,

Dans la discrétion et l’intime,

Construit pour lui-même…

En forgeant son monde intérieur,

De formes et de couleurs,

De passions et d’utopies,

En se construisant la vie…

Une île au milieu des mers,

Perdurant contre vents et marées,

Ouvert à la perspective des sens,

  • c’est un grand voyage –

A s’arc-bouter,

Contre les éléments hostiles,

Mais les vagues sont porteuses,

Vous y serez bientôt…

– Je vous y invite –

RC- 13 octobre 2013

Moulins de Consuegra – Espagne


Anna Niarakis – A tu


peinture; William Hogarth      –     Sigismonde pleurant sur le coeur de Guiscardo         1759 ( détail)

 

 

 

Anna Niarakis, auteure grecque, nous transmet ce texte  avec quelques maladresses grammaticales  ( voulues, je suppose), qui évoquent la saveur  d’un accent  étranger

 

A tu

A tu, s’adresse ce poème.
Comme tant d’autres.

A tu, qui tu graves hiéroglyphes
sous la lune d’un désert.
Ou d’une ville déserte, tachant
ses murs sales avec peinture rouge.

Errant, aube
Demi éméché, demi fou
dans les rues, places et des permis
autoroutes,

immobile.

A tu, qui tient à l’écart
de silence, bégayant devant
Le feu et sa colère égarée

Qui tu plantes jacinthes dans un
colline sec de mots morts et
tu attends le printemps.
Corps des impulsions déséquilibres
soigné
solide et lourd
dans la clarté de ta tristesse.
Perdu.
Tu découvres ce que tu
vas perdre encore et encore.
Tu secoues du noir
les épaulettes colorées
et tu tires ta route
Espoir improbable de mon obsession.
À tu,
que je ne connais pas
qui tu es,
Je sais seulement que
tu viens…
.

 

Anna Niarakis