voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “avenir

Un habit pour la ville – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "soutine chaim  cagnes"

peinture:  C Soutine:  Cagnes

La ville se déplie,
tel un accordéon.
Les maisons sont en carton,
et quand le jour s’enfuit
ainsi un animal craintif,
qui se terre, et se dissimule :
derrière la pellicule.
Comme , de la photo, son négatif

alors les façades se déhanchent,
passent par-dessus bord,
aussi je vois l’autre côté du décor,
fondu dans la nuit blanche.
Le pinceau de la lune
lui donne des airs d’hiver :
elle répand une petite lumière
tout à fait opportune.

La ville est ainsi repeinte,
soumise à son propre sort
éloignée soudain de son port,
et de ses empreintes :
on se sait par quel sortilège
les immeubles se confondent :
c’est un nouveau monde
recouvert par la neige .

Les traces du jour sont effacées :
sous une ouate épaisse
cachant même la forteresse ,
– une antiquité dépassée – .
Les trottoirs ont fait peau neuve
La ville dort encore :
( aux meurtrissures devenues indolores.
il n’en existe plus de preuves ).

Tous les crimes sont pardonnés :
on a tourné la page
et fait le ménage,
libéré les condamnés :
Dans un air glacial,
un nouveau chapitre est à écrire,
offert à l’avenir
sous un habit virginal .


RC – dec 2016


Creuser un peu du passé – ( RC )


Afficher l'image d'origine

photo :restes archéologiques engloutis ( Phare d’ Alexandrie )

Difficile  d’expliquer,ce qui se passe,
Et continue,  de guerre lasse…

Comment traverser, les forêts, les déserts,
Les étangs, puis les îles et les pierres.

Il n’y a pas de  guide,
Pour écarter l’insipide.

L’eau  n’a plus le goût du sel,
Et les feuilles  s’amoncellent..

Comme un vent  de délire…
Personne n’a plus le temps  de les lire,

Avec toute cette horde,
C’est un trop plein qui déborde,

Ou bien le tonneau des écrits,
Qui toujours se remplit  :
Celui des Danaïdes,
Ignore pourtant le vide,

Va se remplir en même temps se vider,
Au crépuscule des idées…

Les mots accumulés  sur la table,
Se confondent  comme les grains de sable,

On ne voit plus les limites
( il doit y avoir des fuites)

La ronde des chapitres,
Se convie en hectolitres,

Et sitôt publiés,
Bientôt oubliés,

Supplantés par les nouveautés,
Juste une valse d’été,

Ceux qu’on appelle  best sellers,
Bientôt happés par l’hiver,

Il n’y a de l’actualité,
Qu’un souvenir délité,

A peine esquissé,
Le présent est déjà du passé…

Et pourtant, à tout accumuler,
Des temps les plus reculés,

La mémoire  collective,
Se retrouve en archives,

De l’iceberg, la partie qui dépasse,
Est une bien petite masse

A cheminer sur  de longues pistes….
Encore faut-il que subsiste,

Bien dissimulés, sous l’ ombre,
De tout ce qui encombre,

La volonté de découverte,
D’anciennes terres vertes,

Que rien ne cadenasse…
Mais l’épaisseur de la glace,

Conserve bien au frais,
Des écrits restés secrets,

Et peut-être les ramener à la surface,
Extirpés        de toute cette paperasse,

Un trop d’abondance créant l’oubli,
– les décombres du phare d’Alexandrie –

Creuser un peu de passé,  donnerait à lire,
En lui,  ses morceaux d’avenir.

RC- février  2014


Tomas Tranströmer – Cartes postales noires


gravure: Hirano Naoya

gravure: Hirano Naoya

I,
L’agenda est rempli d’un avenir incertain.
Le câble fredonne un refrain apatride.
Chutes de neige dans l’océan de plomb. Des ombres
se battent sur le quai.
 
II,
Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne
prendre nos mesures. Cette visite
s’oublie et la vie continue. Mais le costume
se coud à notre insu.
 
Baltiques, Le castor astral et les Ecrits des forges, 1989

Elle chante, la bouche muette – ( RC )


photo : Corey                           photo :         Corey Goldberg
Elle chante,
La bouche muette,
Mais  elle  chante .
Il y a , bien au-delà des morts,
La continuité  du temps,

Il se poursuit en silence,
Comme se fendille la pierre,
…  et n’avoir plus d’yeux pour pleurer,
Ne dit pas,           pour autant,
Fermer son regard sur l’avenir.

RC

– janv 2015

 

she sings,
The dumb mouth,
But she sings.
There is,    beyond the deads,
The time’s continuity,

It continues in silence,
As crazes the stone
… And have no  more eyes to cry,
Does not means,  so far,
Close his eyes on the future.


Le poing crispé sur les cartes – ( RC )


 

 

Tu tiens dans tes mains
Les cartes des jours,
Et disposes des atouts,
Des as et des figures.

Je ne sais encore aujourd’hui,
Ce qui compose         ton jeu.
Nous n’avons pas voyagé ensemble

Assez longtemps pour que je devine,
Quelles étaient ces cartes.
Serrées dans tes mains  closes.

On y lisait peut-être mon destin.

Tu t’es endormie des années,
Et, mon bateau abordant d’autres rivages,
Tu t’es réveillée                     sans ton image,

Oubliée quelque part,
Par inadvertance.

C’est alors que ,         desserrant ton poing,
Toujours crispé sur les cartes,
Tu t’es aperçue

Qu’elles étaient                 blanches,
Et qu’elles ne parlaient plus d’avenir.


RC  – sept  2014

 

peinture: Lukas Van Leyden


Un chaos au plus près – ( RC )


 

–                image d’actualité ( Congo) site dw.de

 

Si c’est un homme,

Alors, laisse le marcher,

Et garder tête haute,

Sous le soleil,

De son pays,

Sans pour autant,

Lui faire respirer

La haine et l’envie.

Les lumières artificielles,

Des écrans et néons ;

Une civilisation,

Où des hommes de néant,

Commercent le droit de vivre,

Si seulement trouver à se nourrir,

Au delà de la poussière

D’un soleil retiré, reste possible.

Au lendemain de l’émeute,

Les boîtes de médicaments,

Vidées, – concentrés de richesse ,

Les pharmacies pillées

Et eux, avalés comme des bonbons,

Les dollars eux-même,

Ne sont pas plus comestibles…

Que le sourire du bourreau.

Avec ceux qui n’ont rien,

Et n’auront jamais rien,

Que la faim au ventre,

Générant des hordes,

D’ enfants soldats,

Le pays cerné

Par sa propre misère.

A défaut d’avenir.

( en rapport avec « white material », film de Claire Denis )

RC – août 2014


Scène en Cène – ( RC )


Afficher l'image d'origine

 

assemblage-installation  sculpture:             Marisol Escobar

 

Que l’on passe de vie à trépas
Il vaut mieux,       pour ces saints,
Avoir le ventre plein,
–      ( C’est un grand repas,

Qui se prépare       )
– Treize à la douzaine,
Pour une grande Cène,
Et tous ces fêtards

Avec ces préparatifs,
On voit au centre,       le Christ,
Il ne semble pas triste
..              On va servir l’apéritif

On a changé de l’eau en vin,
Et           multiplié les petits pains
Regardez dans les assiettes,
Il n’y a pas une miette.

Le vin reste  bien pâle,
Mais peut conduire à l’ivresse,
— pour l’instant,  rien ne presse,
Et                       les verres sont sales.

Que ça s’appelle la Cène ,
N’est pas anecdotique,
Même dans le monde antique,
— pas besoin de remonter au pliocène…

Il y a                   douze convives,
On n’entend pas la discussion,
De ces gestes pleins de Passion,
Et de paroles vives.

Avé  l »acceing  méditerranéen
Le verbe haut et fort,
On ne sait plus qui a tort
On cause beaucoup avec les mains…

A l’époque, y avait pas la photographie,
Et tous ces invités,
Ont été fixés pour l’Eternité,
Par  Leonard de Vinci.

Que le peintre capte en l’instant
—    C’est une cacophonie,
On en perd l’appétit,
Si tout le monde parle en même temps !

Il y avait donc   – un autre témoin,
Caché dans un coin,
Griffonnant sur un papier
Assistant à ce repas, le dernier.

Une  sorte de reporter,
Diffusant les nouvelles,
Auprès de l’Eternel,
Prié de rester jusqu’au dessert.

Pour l’instant ,        on en est à  l’entrée,
Tout le monde s’agite,
En attendant la suite,
Jésus reste concentré.

Le motif de cette discussion
–                  On ne l’a jamais dit,
C’est le repas du vendredi,
Il y aura du poisson

( Comme c’est la tradition )
>            On remarque Judas,
Qui ronchonne tout bas
– Il parle de trahison.

Lui préférerait un plat,
Bien consistant
Comme celui du restaurant
Pas loin du Golgotha.

C’est un signe du destin,
Un steack bien saignant,
Enfin, quelque chose à se mettre sous la dent
Accompagné d’un verre de vin,

Demande bien légitime,
Mais … ne faisant pas l’unanimité,
De cette petite société,
Paraissant soumise au même régime.

Il y avait bien St Pierre (celui avec les clefs)
Qui porte justement un nom de poisson
Il voulait celui-ci              avec du citron
–            ( il fut prié de la boucler).

 » Et puis quoi encore ? Par le plus grand des hasards
C’est encore moi qui commande
Tous ces filets de limande …
Vous faut-il aussi du caviar ? « 

La décision est prise
 » -Pour ce repas de fête,
Si quelques uns s’entêtent,
Finies les gourmandises…« 

Comme on n’est pas loin de Pâques,
Il a fallu trancher dans le vif,
–              …En restant positif,
Jésus a sorti de son sac,

Tout un paquet d’hosties,
Qu’il distribue à la ronde,
 »      Ce sera pour tout le monde !   « 
–         Voila qui vous garantit.

–          Au delà des outrages,
–          De marcher plus droit,
–          Malgré le chemin de croix …
– Mais ….     vous s’rez privés d’fromage… !

 » Finissez votre potage
Dit-il   d’une voix sonore
…..       Ceci est mon corps   !!  ,
Vous serez un peu anthropophages… « 

—( faut toujours     réfléchir à son avenir,
Mais quand même ,        … les gastronomes,
Se méfièrent de notre homme…
Et refusèrent d’obéir. )

C’était quand même un investissement,
Qui ne fit pas sourire,
Les marchands de poële à frire,
Alors évidemment

C’était à prévoir,       ça sentait l’roussi,
Voilà pourquoi  on a vendu l’Messie,
Pour  des histoires     de bonne chère
A une société étrangère…

D’armateurs      ,     de bateaux pirates,
Spécialisée      dans le transport d’épices
>    Un tableau représente Dieu et son fils,
Trinquant avec Ponce Pilate…

L’histoire présente              bien des versions
On peut toujours           graver dans la pierre,
Des évènements  d’hier…
N’ayant rien à voir entre eux (selon les opinions)

Chacun peut ainsi, tout autant
Partager un délire         peu crédible,
Ou ajouter un chapitre à la Bible,
Les témoins d’alors s’étant effacés dans le temps.


RC – février 2014

( texte  auquel on pourrait ajouter  les trois strophes suivantes, pour poursuivre  dans la même voie… )

( Ponce Pilate…)-  celui-ci  – s’en étant lavé les mains,

Avec l’avantage d’éviter l’opprobe,
Et celui de la profusion de microbes,
C’est donc beaucoup plus sain…

—-

Tenez, par exemple, la crucifixion…
On aurait mis quelqu’un d’autre à la place,
Pour satisfaire la populace…
Il n’est pas certain , que ce soit  pure fiction…

Voilà, avec d’autres paroles, un dire contestataire
On comprendrait mieux ainsi, la résurrection
Après la descente de croix, créant stupéfaction,
Le crucifié, évidemment volontaire (ne pouvant que se taire)

voir aussi, au niveau image,  les  versions  irrévérencieuses  , de la Cène,

le célèbre tableau de Vinci

 


Alda Merini – folie


montage perso- 2012

montage perso- 2012

 

 

Folie, ma grande jeune ennemie,

il fut un temps où je te portais comme un voile

sur les yeux, me découvrant à peine.

je me suis vue dans le lointain ta cible,

et tu m’as prise pour ta muse ;

lorsqu’est venue cette chute de dents

qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,

tu as acheté cette pomme de l’avenir

et m’as donné le fruit de ton parfum.

 
Follia, mia grande giovane nemica,

un tempo ti portavo come un velo

sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.

Mi vide in lontananza il tuo bersaglio

e hai pensato che fossi la tua musa;

quando mi venne quel calar di denti

che ancora mi addolora tra le spoglie,

comprasti quella mela del futuro

per darmi il frutto della tua fragranza.

 

Vuoto d’amore, Einaudi, 1991

 


Le noisetier – (RC)


Pour faire suite  au post – « enfances », de B Douvre

A mon enfance, mon rire monte au ciel
Le vent  d’ouest démontre ses risées brutales
Et froisse le feuillage  du noisetier

A parcourir les portes de l’avenir
J’égrène, l’aube des nuages  d’argent
Et cours ramasser au sol,

La moisson des graines de bois
Complétant le travail d’automne
En m’insérant dans le réseau des branches;

Je m’en remets, à un monde secret
Dissimulé au yeux du monde,
Dans la main végétale,

La saveur un peu acre,
Maintenant un peu lointaine,
Mais je me souviens

Du goût de l’enfance
Accroché aux tiges souples,
A quelques mètres du sol.

RC

 

que j’aurais tendance à rapprocher  d’un écrit  de Jean-Jacques  Dorio,

visible  sur son site:

 

LE PUITS LE FIGUIER

le puits le figuier
près d’enfance

la naïveté et le cri du merle
dans les platanes verts

les bouches unanimes
à saluer le jour et la nuit

les princes et les fées
les principes et les fins

et le long soupir
d’années clouées

dans un village des merveilles
et des mythes envolés

        


Le pari des condamnés – ( RC )


document d’archives:        exécution de rebelle à Madagascar 1895

 

 

Comment vas-tu faire…
Comment vas-tu réagir,
quand on te fusille ?
Vas tu tomber d’un bloc
T’écrouler lentement
La face contre terre
Ou sur le dos?

On peut toujours parier
Face à la mort
Du côté gauche…
Du côté droit
Dans les cellules des condamnés,
Puisqu’il faut y passer,
Autant lire l’avenir

Comme de bons présages
Si l’agonie se prolonge
En vains soubresauts,
Sur le carrelage sale,
Ou se fait brève,
( Déception
– pour ceux qui ont misé….)

Qu’on amène le suivant  !

 

RC   – 20 janvier  2013

 

 


Miguel Veyrat – Sans le souvenir du passé


Sans le souvenir du passé, notre avenir restera dans la boue.    ( réflexion du matin)
REFLEXIONES MATINALES.
Sin la memoria del pasado nuestro futuro seguirá en el lodo.
Without memory of the past, our future will remain in the mud.         ( Morning thought)

M Veyrat

peinture: Suzana  Obrecht..  Daphne

peinture:   Suzana Obrecht..                Daphne  1986


Xavier Lainé – seule ta main


peinture - gravure:  Jean-Pierre Pincemin

peinture – gravure:      Jean-Pierre Pincemin    (probablement  la Jeune fille  et la mort)

-A  retrouver aussi, le blog de Xavier Lainé: Itinéraire des poètes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, les paons ayant achevé leur roue
dans la cour du chateau pyromane
je cueillerai tes larmes sur tes joues de buées

Je dessinerai ton coeur dans la brume

Les broussailles avaleront nos pas

Un corbeau dans la plaine lancera son appel
nous tisserons les heures de toutes nos insoumissions

Nous serons libres apôtres d’un univers à construire
Nous en tisserons la toile invisible
Nos paumes se tendront au point cinétique de nos rencontres

Un rang de tic
deux rangs de tacs
nous tricoterons
mailles à l’endroit et à l’envers
une nouvelle histoire
fondue au creuset de l’avenir

Nous découvrirons une mine d’espérance
au filon où s’écoule la sève de nos coeurs battants

Epuisés d’ardeur
têtes posées à même la table
nous chercherons un vain repos

Seule ta main…

X L     – 21 mars 2010


Future friche industrielle – ( RC )


Art     Gerard Murphy           guèpe  et poires

Avançons, avançons jusqu’au bord

Au delà commencent les  rêves

Trève de  la nature

Gros plan, et fondu au noir,

Il n’y a plus de repères,

La perspective est en fuite

Les mots sont partout, en suspension

Il suffit de les rendre…

Tranchons, découpons

Les maux se fondent lentement

Dans la confiture des jours…

Il n’y a plus de certain;

Que la nuit,

Poussée par le train

Que regardent passer

Les ouvriers les mains vides.

Avançons, avançons jusqu’au bord

C’est alors que bascule l’avenir,

Où tout se fond en brouillard

Rien à donner, si ce n’est le passé.

Le présent est parti, vers d’autres contrées;

Le ciel n’a plus de fumées,

Que des cheminées vides,

Retournées à la friche.

Rc  – 1er octobre 2012

photo – forge de Clabecq Belgique

photo Torres: cimenterie Alba


mince ( RC )


photo: Denis Roche auto-portrait dans le miroir

 

Oui, on en veut à mon aspect

Peu de ventre, peu de fesses

C’est que je ne suis pas bien épais

Même  que je manquerais  de graisse

 

Ce serait peut-être plus confortable

Mais, même pour un homme

Aux coussinets adorables

Je me vois mal être un bibendum

 

C’est peut-être un fantasme

Ce qu’on voudrait que je sois

Je ne déchaîne pas les sarcasmes

N’ayant toujours  pas pris de poids…

 

Ma maîtresse qui est maligne

M’interroge, et me tance

Et voudrait que ma fine ligne

Provoque la balance

 

Que je sois plus costaud

Et donc aussi plus large

Du ventre et des abdos

Mais y a encore  d’la marge

 

C’est sûr  qu’à la pesée

De la balance, l’aiguille

Je ne vais pas l’exploser

Quand je me déshabille

 

– Tu verras à quarante ans !

( c’était une prévision)

– A cet âge, grossissent les gens !

Disait mon père  ( prédiction)…

 

Or, en lecture  d’avenir

Je peux le contester

Pas de soupirs, mais sourires

Car mince, je suis  resté.

 

 

 

RC  17 avril 2012

 

 


Le livre qui nous partage ( RC )


 

 

 

_

 

 

 

Du  livre qui nous partage

Chaque instant a sa page

 

De celles  d’avant, nous pouvons lire

A celles  d’après sauf à prévoir l’avenir

 

Il nous reste à les  écrire

Les vivre en grand dé-lire

 

Toutes, lentement se superposent

Et nous métamorphosent

 

Les anciennes et les récentes

Résonnantes,  ou absentes

 

Qu’elles soient vierges ou tachées

Elles nous sont toutes  attachées

 

Reliées  à notre ventre

Attachées à notre centre.

 

 

RC   5 dec 2011  –  modifié  juillet 2012

 

 


Jean Pierre Duprey – M’a-t-on coupé le fil de la mémoire ?


peinture: Gruppe, port de Gloucester

 

 

 

M’a-t-on coupé le fil de la mémoire
Que je n’entende plus le ventre du passé ?
Il m’étrangle en mon cri dépassé dans le noir
Jusqu’à la flamme unique où le fil a brûlé

L’avenir a cassé dans ma tête le vent
Le passé a repris les cloches de ses soirs
Le remords a rongé les sons de la mémoire
Et le bruit d’un baiser déchire les instants

Au sein des toits la flamme détord ses étoiles
La mort a pris l’allure d’un fauteuil de vieux
La rage du souvenir souffle toutes les voiles
Jusqu’au dernier murmure des yeux.


Georges Henein – Beau fixe


art: Jean Tinguely machine d'art

BEAU FIXE

dans cinq ans Je serai…
dans dix ans j’aurai…
dans quinze ans on me…

l’avenir occupe un homme
l’avenir presse un homme
l’avenir a de larges poches et l’une d’elles précisément épouse la
forme virile d’un pistolet

un regard sur une carte ; là germe l’ivoire, là le tungstène
II fait noir dans cette île où accoste un homme
il y a des cris étranges dans ce port où débarque un homme
voix et silences se cherchent, — tout est mal réparti
je ne reconnais plus mes silences, dit une femme angoissée dont le

visage n’est pas à décrire
à la douane on déclare ses souvenirs d’enfance
un homme est seul dans une rue qui est la seule rue d’une fie
on a donné à un homme de fausses adresses dans une île des plus closes
vous n’aurez qu’à vous recommander de mol et vous vous verrez
choyé et entouré

mais un homme est des moins choyés et des inoins entourés dans une île qu’il ne prévoyait pas aussi close, il y a un bateau par génération, lui dit-on, d’un air la», au bureau des renseignements d’une île
dans vingt ans un homme voguera de nouveau
l’avenir en tête
la tête blanchie

Georges Henein
• Troisième Convoi », I946

in « Le livre d’Or de la poésie française contemporaine
tome 1
—                   ( Marabout Université )

——————-

-G Henein  écrivait par ailleurs; Il existe des guerres justes. Mais le propre des guerres justes est de ne pas le demeurer longtemps.
Carnet de notes 1940-1973 (1980), L’Esprit frappeur

Source : Georges Henein – Ses citations – Dicocitations ™citation

 

——————-