voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain

 

 

 


Au sommet  d’immeubles,
Les lettres  s’échappent, s’agitent.
Certaines se précipitent, se mêlent
finissent par retrouver  leur ordre.
En néons verts se disputant aux  rouges.

Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course.
Balbutiant leur clignotement.
Deux lettres, presque au milieu  du mot,
lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte,
maladive,     à leur base.

Personne ne songe  à les  remplacer.
Leur message  n’est sans doute pas indispensable,
c’est sans  doute un reste de langue électrique,
qui peut ne s’exprimer  
que par onomatopées :

il peut s’échapper des syllabes,
cela n’a  que peu d’importance,
Une partie du paysage urbain,
s’activant dès que le soir
commence à épaissir le ciel.

De l’endroit où je l’observe,
Ce que je vois, est à l’envers.
J’ai le vague  souvenir  d’un film,  de gens sur les toits,
poursuivis par d’autres, et la lumière émise,
les cachant plus qu’elle  ne les  révèle .

J’imagine les passants
gardant autour de leur corps
une auréole de néon,
alternativement  verte  et rouge,  
qu’ils  emporteraient  avec eux.

Mais l’arrivée du bus me ramène sur terre.
Je monte dedans.
Avec l’avenue empruntée,
je devrais pouvoir lire l’enseigne  à l’endroit,
quand il aura fait le tour  du rond-point.

Mais un rideau d’arbres
aux feuilles encore denses s’interpose.
Décidément cela ne me semble pas destiné,
pas plus qu’à mes voisins,
le regard  absent, pressés de rentrer chez eux,          sans doute.

 

RC – oct 2015

Vintage Neon - Clock


Clairière de Varsovie ( RC )


photo « tout le monde il est beau « . Varsovie


La ville bourdonnante, aux façades serrées
Les unes contre les autres
Le flux régulier des voitures et autobus
Déroule son ruban quotidien,
Aux rues  et avenues, qu’investit aujourd’hui
La coulée du soleil.

Mais comme dans l’image,
Un découpage, – un collage  ?
Tout à coup se dessine
Une surface noire
Qui dessine, la traînée de nuages
Qu’on avait oubliés.

On entend toujours, mais plus loin ,
Les voix de la ville
Qui font tout à coup          cercle,
Comme les arbres autour de la clairière
A la musique d’un piano
Qui dit      Chopin,       à Varsovie.

RC  9 décembre 2012


Charing Cross, au matin ( RC )


peinture André Derain: Charing Cross Point 1906

 

 

 

 

 

Je  vois      une  large avenue  en arc,    verte
Où balbutient des branches  sans feuilles,
Et de vielles  autos      bleues
Le long d’un quai de Tamise
C’est un Londres ,    au matin
Encore  sous l’émotion de sa brume changeante,
En touches suspendues
D’ors  d’ocres et verts incertains,
Charing Cross, dans un tableau de Derain
Devant les barres bleues d’ombre
Ces bâtiments vides
Je ne distingue plus les voix,
Seulement le murmure, d’une ville
Qui s’éveille et s’étire aux heures,

Et la patience immobile
Des statues  sur leur  socle
Encombrées de mousse,
Au charme  des squares,
Encore à l’ombre,      à cet instant.
Une nappe de vapeur s’étale
Et glisse ,        nonchalante
Des péniches lourdes,
Jusqu’aux berges lasses.
Les verticales des réverbères
Sont, aux quais, des signes bleutés
Qui attendent,
La musique  du jour
Et les cris  des marchands de journaux
En décalquant l’invisible

RC   – 24 octobre  2012

 


On n’invente plus la pluie (c)- ( RC )


photo perso : Klaipeda,       Lithuanie        2011

 

 

On n’invente plus la pluie,
Les gouttes d’eau se ressemblent,
Et lentement arrosent
Les propriétés privées.

Sous un ciel de suie,
Les orages se rassemblent,
Et désignent, moroses,
Les quartiers, lessivés.

Les avenues droites
Sous leurs réverbères
Courant vers le ventre
D’un corps allongé

Vers une vie étroite,
Buildings, coeur de pierre,
La banlieue ,autour du centre
Dans les ombres , plongée…


René Char – Nos paroles sont lentes


photo: National Park New Zealand -- qui fait penser fortement à Caspar D Friedrich

 

 

 

 

Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s’élancer et de se joindre. Notre voix court de l’un à l’autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l’interroge. Tout est prétexte à la ralentir. Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m’oublie

 

Georges Braque, peinture "L'envol "