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J’ai passé Noël au balcon – (RC – SD)


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C’était comme une mer  démontée,

et j’étais accrochée au mât,

                             vigie inutile,

puisque  avec le brouillard,

on n’y voyait pas à dix pas .

 

Il y avait de ces oiseaux marins,

gris tachetés, qui me frôlaient

quand je leur lançais des graines,

        – la plupart, avec un vent violent

       me revenaient en pleine  figure –

 

je devais me cramponner 

à la rambarde, pour ne pas tomber .

          Les lampions des fêtes  : 

                 des étoiles falotes et lasses

                 agitées de soubresauts

 

                 certaines accrochées

                 dans les haubans 

– on se demande bien comment –

semées, elles aussi ,       des graines clignotantes 

                                             échappées de mes doigts .

 
J’avais pour compagnie
( à part le cri des oiseaux )
le choc sourd des  vagues sur le môle.
 
                           J’ai passé Noël au balcon,
et tu n’y étais pas.

  

janv  2019
Passé Noël au balcon
pendant que tu n’y étais pas
posé un sapin sur le toit
pour y accueillir les oiseaux
et pour nourrir les moineaux
jeté des graines à tout va
jeté des graines à tous vents
jusqu’à la mer et ses bateaux
la plage était vierge de pas
et mes empreintes prenaient l’eau
SD  22-12.

Virginia Woolf – les femmes ne doivent pas avoir peur de l’obscurité


Image associée

Les femmes doivent toujours se souvenir ce qu’elles sont
et de ce dont elles sont capables.
Elles ne doivent pas avoir peur de traverser les champs vaincus de l’irrationalité,
ni de rester suspendues sur les étoiles de la nuit,
posées sur le balcon du ciel.
Elles ne doivent pas avoir peur de l’obscurité qui abuse les choses,
parce que cette obscurité libère une multitude de trésors,
les ténèbres qui,    libres,    déshabillées et ferventes,
savent que personne ne les connaîtra jamais.


Julio Ramon Ribeyro – cendrier


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L’habitude de jeter mes mégots par le balcon,
en pleine place Falguière, lorsque je m’appuie au rebord

et qu’il n’y a personne sur le trottoir.

C’est pourquoi cela m’irrite d’y voir quelqu’un  lorsque je vais faire ce geste.

“Que diable fait ce type dans mon cendrier?”        me dis-je.

 

Julio Ramon Ribeyro


Tanguer – ( RC )


doc photo sixtariis

doc photo           sixtariis

 

 

Cà commence par tanguer, je fonce  
à travers la pièce, tu portes
des jeans  délavés,  et une veste bleu électrique.

L’horizon bascule  et pénètre  dans la pièce.
Le mur  du fond s’allume  en orange,
Ton ombre  se décalque quelque part,
 
un peu partout, sur l’évier,
le lave-vaisselle,
la table, encore encombrée des restes  du déjeûner.

Mais ce n’est que ton ombre.
Elle  est demeurée –
-et toi, tu as fermé la porte -.

Je suis  seul à voir la scène.

Il se passe, un film à toute allure ,
où les images  se chevauchent
Comme une télé qui s’affole.

Il y a plein de types  qui me regardent.
Ils ont des costumes gris, leurs yeux
ont des éclats métalliques, interrogateurs.

Comme si je devais passer un examen.
Dérouler devant eux  l’intérieur  de ma tête,
expliquer ma part de rêves et de folie .

Je suis  quelque part,
maintenant sur le  balcon.
En équilibre  sur la  rambarde.

A l’extérieur,  les  câbles  du téléphone
se frottent à l’air  épaissi .
Une portière  de voiture claque.

L’auto démarre.
Elle  disparaît au premier  tournant.  
Tu es dedans.


Il n’y a plus personne  à aimer.

 
RC- dec 2014


Theo Léger – Le courtisan


photo extraite du film « Ridicule »

 

-LE COURTISAN

 

Pareil à la sculpture indispensable aux palais
à l’architecture d’une salle de bal

Virtuose des redoutes, Cicérone des alcôves de la cour,
tel le voilà! si léger qu’il tourne à tout vent.

Il s’exerce à la danse : art très utile
Aux temps du carnaval
d’un tour de valse il fait tomber dans la disgrâce
des tribus tout entières.

Rompu aux méandres du jeu,
il suffit qu’au moment juste
un nom lui tombe des lèvres entre deux airs,
avant que sa main ne marque la nouvelle cadence
un bouquet de têtes ennemies
déjà s’est fané aux potences.

Il est tout agilité, mémoires de balcons secrets,
d’un toucher de prophète si parfait
qu’en te serrant la main
il connaîtra ta place au banquet de l’an prochain.

Il peut si nécessaire (on ne soupçonne les amoureux)
s’éprendre d’une Juliette
traînant tête vide une clameur de ragots
qui lui dira le temps précis d’abandonner des murs branlants
et d’attendre que pâlissent les traces de sang.

Puis, à l’heure où les maîtres nouveaux regardent
écœurés d’ail, obèses de choucroute, nostalgiques
l’île déserte d’un morne trône, le revoilà!

{Théo Léger) (1963)


Enrico Testa – des temps concordants


peinture  John Singer Sargent - les gros rochers  du Simplon

peinture            John Singer Sargent –      les gros rochers du Simplon     aquarelle

dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.

Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine

elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.

Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.

Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur

sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.

Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)

-Enrico Testa, comme   un certain nombre de poètes italiens  intéressants  –  et méconnus –  peut  être retrouvé  sur le blog d’une  « autre »poésie  Italienne…


Anthonin Arthaud – l’éther d’un nouvel espace


installation:            James Turrell           Tending Blue

Quand je me pense, ma pensée se cherche dans l’éther d’un nouvel espace.
Je suis dans la lune comme d’autres sont à leur balcon.
Je participe à la gravitation planétaire dans les failles de mon esprit.
Antonin Artaud, Textes de la période surréaliste

S’ouvre le balcon du ciel ( RC )



Peinture: J Mirò :  femme, oiseaux, étoile…  Metroplitan Mus of Art  N Y C

 

-Si soudain,      s’ouvre le balcon du ciel,
Et ,    que la crampe du soleil, me fixe,
D’un oeil morne               alors une vie
A détacher ses ailes
Pour chuter  dans le haut
Aspiré par les nuages
Je me verrais                    ange déchu
Regagner l’ivresse du vent
Le baiser des oiseaux,

Et bientôt la nuit
Piquetée  d’étoiles
Pour  tutoyer Orion,
Pégase et Cassiopée
Et peut-être,           je te verrai
Habillée d’aurores boréales,
Jouer au billard
Avec les planètes,
Rire des comètes…..

Si soudain,            s’ouvre ta fenêtre
Et qu’un oeil de lumière me fixe
Au dessus  de ta silhouette,    alors une vie
Pour me pousser  des ailes
Et chuter vers le haut
Aspiré par ton balcon,
Je me verrais,            ange nouveau
Appuyé  sur le vent
Aux baisers de l’ aimée..

(  … et bientôt la nuit
Piquetée  d’étoiles
—–Tu aurais laissé suspendue
Ta robe boréale….        —-> )


RC – 19 septembre 2012