voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “baleine

Gregory Colbert – Cendres et neige


dessin perso -

dessin perso –

 

Traduction très libre des quelques lettres de Gregory Colbert dans « Ashes and snow »
Variation sur « Cendres et neige » – Philippe Vekens

 

photo: Gregory Colbert

photo:             Gregory Colbert


 

Si tu me rejoins à « ce moment », tes minutes deviendront des heures, tes heures deviendront des jours et ces jours deviendront une vie.
A la Princesse des Éléphants
J’ai disparu il y a 1 an exactement.
Jours pendant lesquels j’ai reçu une lettre.
Elle me rappelait au lieu où ma vie auprès des éléphants a commencé.
Je te prie de m’excuser pour le silence demeuré entre nous pendant une année.
Cette lettre rompt ce silence.
Elle marque les 365 lettres que je t’ai écrites, une par jour de silence.
Jamais je n’ai été autant moi-même que dans ces lettres
Elles sont les tracés du chemin de l’oiseau
Et sont tout ce que je sais être vrai.
Tu te souviendras de tout, tout sera comme avant, au début des temps.
Le ciel sera empli d’éléphants volants.
Chaque nuit ils seront couchés à la même place dans le ciel, avec un œil ouvert.
Lorsque tu regardes le ciel, tu regardes cet œil d’éléphant qui dort avec cet ouvert qui nous protège et prend soin de nous…
Depuis que ma maison a brûlé
je vois la lune plus clairement
J’ai regardé tous les édens qui étaient tombés en moi
J’ai vu un éden que j’ai tenu entre mes mains
mais que j’ai laissé partir
J’ai vu les promesses que je n’ai pas tenues
Les douleurs que je n’ai pas apaisées
Les blessures que je n’ai pas soignées
Les larmes que je n’ai pas versées
J’ai vu les morts que je n’ai pas pleurées
Les prières auxquelles je n’ai pas répondu
Les portes que je n’ai pas ouvertes
Les portes que je n’ai pas fermées
Les amoureux que j’ai laissés derrière
Et les rêves que je n’ai pas vécus
J’ai vu tout ce qui m’a été offert
et que je ne pouvais accepter
J’ai vu les lettres que j’avais espérées
Mais que je n’ai jamais reçues
J’ai vu tout ce qui aurait pu être
Mais qui jamais ne sera

Un éléphant avec sa trompe levée
Est une lettre aux étoiles
Une brèche faite par une baleine est une lettre
Des profondeurs de la mer
Ces images sont une lettre pour mes rêves
Ces lettres sont mes lettres pour toi
Mon coeur est comme une vieille maison
Dont les fenêtres n’ont pas été ouvertes depuis des années
Mais maintenant j’entends les fenêtres s’ouvrir
Je me rappelle les grues flottant au-dessus
Des neiges fondantes de l’Himalaya
Sommeillant sur les queues de lamantins
Les chansons des phoques barbus
Le cri du zèbre
Le cliquetis du sable
Les oreilles des caracals Le balancement des éléphants Les brèches des baleines
Et la silhouette de l’élan
Je me souviens de la boucle des orteils du suricate
Flottant sur le Gange
Navigant sur le Nil
Montant les marches de …
Je me souviens errer dans les couloirs
D’Hatchepsout et du visage des ces nombreuses femmes
Mer sans fin et milliers de kilomètres de rivière
Je me souviens de tout
Mais je ne me souviens pas avoir quitté, jamais
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi
Au plus je regarde les éléphants de la Savane
Au plus j’écoute, au plus j’ouvre,
Ils me rappellent qui je suis
Puisse le gardien des éléphants entendre mon souhait
De collaborer avec tous les musiciens de l’orchestre de la nature
Je veux voir par l’oeil de l’éléphant
Je veux rejoindre la danse qui n’a pas de pas
Je veux devenir la danse
Je ne peux te dire si tu te rapprocheras ou si tu t’éloigneras
Du long de cette sérénité que j’ai trouvée
Lorsque je pose mon regard sur ton visage
Peut-être si ce visage pouvait me revenir maintenant
Ce visage qu’il me semblait avoir perdu
Et le refaire mien
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume moelle, dansephoques, lamantins,
ce qui est écrit sur la page
Ce qui importe, est
ce qui est écrit dans le coeur.
Donc brûle les lettres
Et pose leurs cendres sur la neige
Au bord de la rivière
Lorsque le printemps arrive et que la neige fond
Et que la rivière monte
Retourne aux bords de la rivière
Et relis mes lettres avec les yeux fermés
Laisse les mots et les images
Laver ton corps telles des vagues
Relis les lettres
Avec tes mains sur les oreilles
Écoute les chants du paradis
Page après page après page
Envole-toi tel l’oiseau
Vole…
vole…
vole. 


L’age d’or de la chirugie ( RC )



Les apparences fléchissent                               et peuvent être trompeuses.
Il est souvent un espace entre-deux,             branché sur l’organique,
Bien sûr on  peut  toujours penser que le corps n’est qu’une  enveloppe provisoire,
Que des millions d’années, ont permis que les formes,         se modulent,         s’adaptent.
Que nous suivions des évolutions divergentes,         que nos mâchoires se rétrécissent,
Que la boîte crânienne  enfle, et puisse se prêter de bien de façon, à de nouveaux usages.
Aussi l’évolution naturelle,  – nous suivons Darwin pas à pas –
S’accélère, avec l’étendue  de l’imagination humaine.

Quelle tentation pour la science                                    de créer des prolongements,
D’agrandir nos espaces  du possible  –                       est-ce possible,  justement ?
Notre corps est un dessin, mais c’est aussi une  « chose », pourvue d’accessoires…
Que l’on les juge par leur fonction  :  Mi-mortes, mi-vivantes, les anatomies bosselées ne sont plus inertes.
Elles  sont en « service »
En possibilités de service, aussi bien, que les branches inutiles  d’un arbre arrivent à tomber naturellement au sol,
Autant les prolongements  de pensées , peuvent  s’assécher, si l’absence  d’usage les rend obsolètes.

Il s’agira de quitter la peau, de quitter l’enveloppe  où nous enferme la nature, pour évoluer
vers un choix d’organes,                  plus adaptés à ce que nous voulons devenir.
Peut-être le chien rêve-t-il d’être un cheval, ou une  tortue , libéré d’un carcan trop étroit  ?
Que la tortue  rêve  de communiquer  avec les baleines,                 ou de parler espagnol ?
Un bébé  d’être Maria Callas ?
Il est de cette  entre  deux, comme un carrefour                  , où les choix seraient  rendus possibles.
L’ablation des organes  jugés inutiles  est toujours possible, pour être remplacés  par d’autres.
Que l’on produit en série, naturellement.

Il faudra juste raser les  sutures.                                  –        Configurer sa vie autrement.
Chaque métamorphose, utilisant des clones de la pensée, qui se matérialisent.
En prolongement  si pratiques, et imprévisibles, convoquant la problématique médicale,
car il faut s’assurer du fonctionnement à plus ou moins longue  échéance…
C’est  l’age  d’or  de la chirurgie, devenue                     mécanicienne des chairs.
Les géométries  protéiformes incontrôlables peuvent se déclarer  instables ,
Les greffes  de glandes  et nourritures  d’ADN, peuvent avoir leurs exigences,
…                                         Ou demander des carburants  spécifiques…
Tout est possible                                                                     , il n’y a qu’à compléter le formulaire…

Nous nous chargeons du reste….


Contrebasse, les échos de Mingus ( RC )


photo: Charles Mingus

Sur la scène improvisée
A même la rue, clarinette et cuivres
Central Park
Et l’écho de Mingus
Des fables de Faubus

La musique dévoile sa transe interne
son sanglot pincé
ses originelles, du chant frotté
Les cordes pincées

En cherchant une langue
Au-delà de la voix seule
Et de l’écho de bois
La contrebasse, et son volume,
La grand-mère, comme ils disent
Délivre sa mémoire du jazz

Sur ce qui vibre  de l’histoire des hommes
L’indicible et les sons feulés
Parfois baleines du chant
Parfois rythme pesant, des pas fatigués
Walking bass, à travers les rues de Chicago
Tout un monde,

Le passé, pas si éloigné
Ségrégation, et mémoires
De l’immigration forcée
En champs de coton
Main d’œuvre bon marché

Mais pourtant le chant
Du passage du blues
A travers toi

RC  22- juin 2012

 

voir  aussi l’article   » gouttes  de son »

On the improvised stage
In the rough street, clarinet and brass
Central Park
And the echo of Mingus
Fables of Faubus

The music reveals his internal trance
pinched her sob
its original, song rubbed
The plucked strings

Seeking a language
Over and above the solo voice
And the echo of wood
Bass, and its volume,
The grandmother, as they say
Delivers her memory of jazz

That vibrates at the history of mankind
The unspeakable and growled sounds
As sometimes whales were singing
Sometimes rhythm heavy, walking tired
Walking bass, through the streets of Chicago
A whole world,

The past, not so far
Segregation, and memories
Of forced migration
In cotton fields
Cheap labor

But still singing
The passage of the blues
Through you


Augusto Lunel – Chant IV


Augusto Lunel  est un poète  « rare »…  dont j’ai eu beaucoup de mal à me procurer des écrits  sur le net…

mais heureusement  j’avais  des archives   « extra net »,   dont  sont  extraits  ces  « chants »…

 

en mars 2012,  c’est  le  chant  3

—–

vitrail: Georges Braque: oiseau violet - fondation Maeght ( 06)

CHANT IV

Rivière en moi,
oiseau qui vole dans mes veines,
la voix qui ne sortait pas
restait suspendue
dans le précipice de la gorge
ou descendait tailler à couteaux le coeur.

La voix enfermée,
la voix dans la chair,
déchaînait la mer avec une larme.

Mais aujourd’hui est sortie la voix
qui coulait dans les veines,
la voix qui brûlait dans les ténèbres.

Une épée coupa le silence
et des nuages de corbeaux volèrent dans le vide.

La rauque obscurité roula par terre
et la panthère noire
qui se débattait dans mes poumons.
Foudre lente et obstinée,
soleil dans la gorge,
la voix de rocher brisé par la voix
a rompu la bête sans bouche.

peinture; John Marin - The Sea, Cape Split,- Washington, Dc

Les vagues chargées de couteaux
déversent dans l’air
des paniers de poissons.

La voix,
ce moment où le sang est transparent,
cataracte vers le haut,
fleuve qui saute le précipice,
est sortie m’emportant.

La voix poussée par des corbeaux,
poussée par des éléphants sous terre
poussée par des baleines,entre en toi jusqu’aux arbres
ou sans sortir de moi
t’entoure.

L’écho a fait crouler les murs,
le silence a brûlé dans le clocher.

Notre coeur sera bientôt notre bouche,
la voix sera vue, touchée et respirée ;

la pluie, uniquement ce que tu chantes.

Vers ta voix émigreront les hirondelles,
vers ta voix se tourneront les héliotropes.
Clair de ta voix sera l’espace,
profond de ta voix l’abîme.

Aujourd’hui c’est la vendange de l’air.

—-

en cliquant  sur le mot  clef  Augusto Lunel,  – (  lien  en bleu sous l’article )  -vous trouverez  d’autres parutions  liées  à cet auteur péruvien,  dont les  chants précédents,par exemple  le 7