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Linda Maria Baros – Droit de libre pratique



photo Sebastiao Salgado – Inde

Nous sommes montés dans les camions et avons ri,
nous avons bu et craché.
Nous roulions tous à grande vitesse ; la tête tranchée
de la ville se cognait contre le pare-brise.
Nos amis courraient toujours sur des toits huileux
et le drapeau, le drapeau flottait parmi nous
et nous cognait droit dans le visage,
nous lacérait la joue, nous fendait le front.

Mais nous avons hurlé, nous étions vingt
et sommes devenus cent,
et nous roulions à grande vitesse
par-dessous les tristesses de sel des toits.
Notre passage coupait la ville en deux,
aux fenêtres veillaient des têtes en bois
qui dépeçaient naguère dans le delta
les chevaux à la scie.
Nous avons ri et bu, nous avons craché,
nous nous sommes roulés par terre.
C’était, pour de vrai, un jour de fête !

Les tireurs nous connaissaient par cœur
et caressaient de loin notre tête,
notre front, avec des gestes mécaniques,
translucides et froids.
Et notre tête se cognait, le long de la route,
sans le savoir, contre le pare-brise,
contre l’asphalte.

Mais ils nous faisaient à nouveau monter dans les camions.
Et nous étions vingt à nouveau et nous avancions encore
à grande vitesse, dans la cadence lumineuse
des balles traçantes.
Puisque c’était, à notre insu, un jour de fête !

in  » la nageuse désossée » Le Castor Astral ( voir le pdf dispo dans poezibao )


Salah Al Hamdani – Lanceur de cailloux


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À force d’espérer te revoir je vais reconquérir ton aube
Je vais ramasser les dattes gorgées de balles
et la main pleine

ne sacrifier à ta lumière

Aux nuits de l’exil
je vais jeter un pont de regrets sur le fleuve
et ensemencer les clos  .


Sylvia Plath – mort et compagnie


photo:           Calcutta en ombres chinoises

Mort et compagnie

Deux, en fait ils sont deux.
Cela semble tout naturel maintenant –
l’un qui jamais ne regarde en haut, dont les yeux sont recouverts
et ramassés comme des balles comme Blake l’était
qui exhibait sa tâche comme sa marque de fabrique –
la cicatrice brûlante de l’eau,
la nudité
Vert-de-gris du condor.
Je suis une viande rouge. Son bec
frappe latéralement : je ne suis pas son encore.
Il me dit comment je photographie si mal

Il me dit comment tendrement
les bébés paraissent dans leurs glacières
à l’hôpital, une simple papillote sur le cou
puis les sons flûtent de leurs robes mortuaires ioniques
puis deux petits pieds.

Il ne sourit pas, il ne fume pas.
L’autre agit comme ses cheveux longs d’un salaud crédible
se masturbant avec éclat.
Il veut être aimé.

Je ne bouge pas.
Le gel fait une fleur,
la rosée fait une étoile,
Quelqu’un s’affaire pour cela.

art:         tableau de robes ( Anselm Kiefer )