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Luis Aranha – Chine


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J’étais un disciple de Confucius.
Je brûlais pour lui des bâtons de cire parfumée
J’aidai à la construction de la grande muraille
Et vis flamber le brasier dans lequel l’empereur Huang-Ti fit brûler les livres sacrés

Il persécuta les poètes et les lettrés… Poète
Je fus contraint de fuir
Et me fis pêcheur avec corbeaux marins sur le fleuve de Canton
Puis je devins droguiste dans une rue étroite et sale
Tapis lanternes et écriteaux
Tablettes peintes en rouge et noir…
Je vendais de l’opium sans craindre la police…
Sur leurs couches
Des momies avec des pipes en bambou jouaient de la flûte
La tresse de cheveux s’enroulant sur leur corps
La fumée empestait l’atmosphère…
Heureux sans craindre la police !
Stupeur !
Le canal de la monotonie éclate !
Les Boxers me tombent dessus…
Visages dilatés par la haine
Pas d’innovations !
Ils ont dans les mains des dictionnaires de rimes et des mètres de bambou de douze syllabes Vers creux et sonores
La chinoiserie de l’immuabilité

Les nœuds du bambou marquent la césure…
Je dus fuir avec mes poèmes pour ne pas subir la torture du ling-chi
Et ouvrir une droguerie avec l’autorisation de la police…


Cécile Odartchenko – Tour de jardin –


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extrait de Carnets (Les Moments littéraires, n° 26, 2ème semestre 2011).

Tour de jardin : admiration des pousses de bambous, découverte d’un petit chêne (j’avais planté un gland) et admiration de mon petit palmier.
Les feuilles en éventail ou jupe plissée, les nouvelles feuilles, se tiennent raides en faisceau au centre, c’est magnifique et égyptien, donne envie d’avoir aussi des plantes aquatiques qui ont ce port très fier et très haute couture.
Peut-être proches, parce que les tiges raides et le feuillage précieux, les ancolies doubles, violettes à gauche et rose ancien à droite, elles, ont au moins neuf rangées de pétales, des étamines jaunes au centré de cette houppette penchée vers la terre comme pour les cacher.

Mais le feuillage poilu des pavots d’Orient n’est pas en reste. Des poils dessus et dessous et chaque pointe terminée par une minuscule perle jaune.
Le bouton caché au centre est poilu aussi et ressemble à un gland de sexe masculin. Il en a la grosseur. Que de feuilles pour une seule fleur ! Pourquoi tant de poils ? Est-ce pour protéger la fleur flamboyante, une des plus grosses, des plus luxueuses, mais aussi peut-être des plus fragiles ?
Entre deux pavots, des touffes de grandes marguerites.
Les feuilles ont Pair dures et drues à l’œil, mais sont douces au toucher et bien lisses.

Elles ont un peu de poil très ras et argenté que l’on ne peut voir que sous un certain angle.
II y aura de belles touffes de marguerites un peu partout cette année. Sorties de belles plantes en automne, il y a des petites fleurs blanches que je ne connais pas encore très bien.
Des digitales un peu plus loin sont en train de monter et vont fleurir dans une ou deux semaines.

Une transformation étonnante s’est produite dans mon propre corps, occupé par cette question passionnante. Je suis tout à coup (après avoir été consulter mon dictionnaire botanique sur le divan, après avoir déterré et enterré à nouveau la graine de tamarinier, et après avoir regardé à la loupe la plantule de l’avocat) comme transformée, secouée, réveillée, plus d’impression de chaleur et de combustion lente, mais, au contraire, impression d’être oxygénée comme après la marche ou l’amour.

L’intérêt très vif, pour mes plantes, une sorte de passion qui crée une excitation passagère favorisant tous les échanges vitaux de la plante que je suis.

Étonnant vraiment !

Je respire profondément. Un très léger souffle de brise agite un peu les branches que je regarde, comme si elles me faisaient un signe de sympathie.

Photo : Lucy Kayne

Photo : Lucy Kayne


La plume vagabonde ( 2 ) – ( RC )


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La plume vagabonde (2)

J’ai  récupéré un morceau de papier
Qui m’attendait là, où on n’attend plus
Qu’un remous originel,
…  et parfois longtemps,
que fleurisse
…  Mais en quelle  saison était-ce déjà ?
Le don de la lumière
La couleur qui s’annule, en flocons,
Autant les mots s’enchevêtrent,
Et disputent à la nuit,
Leur encre  sympathique …

Il fallait contourner un rocher solitaire,
Déplacer en un mouvement circulaire
Ces graviers en nappes,   étendus
A l’ombre des bambous,
Agités par un souffle,
Qui me fit d’écriture,
Et,  détachés  du sol,
L’encre mouvante des nuages
D’étourneaux,
Délivrés du souvenir de l’été.

Etant ,   des deux
( rocher et  papier,
son ombre et l’esprit
en cavalcade ) – pris au geste,
Le râteau ordonne les mots
Comme ils viennent,
Ou la brosse d’encre
Effleurant la surface des choses, —-
———–Il n’y avait pas de choix possible,
Plus d’envers et d’endroit

Sur la feuille  aérée prenant son envol,
Au jardin de la plume …
Le texte  s’est fait sensation,
Et l’émotion image

Avec ( ou malgré) moi.

RC  –  11 novembre 2012

 

la « plume vagabonde »,  a fait l’objet d’un « premier épisode », publié ici