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Mars guerrier – Susanne Derève –


– Photo RC –
Ne me dis rien des pierres froides 
ourlées de l'herbe neuve du printemps,                                                                      
de  la coulée d’or des jonquilles, 
ni des violettes du matin tout juste écloses, 
de leur parfum à ta narine.      
 
Le jardin est une chambre close 
où n’ont droit de cité que la trille du merle 
et les amours bruyantes d’un couple 
de colombes.
Un fallacieux parfum de paix. 

L’arbre qu’éreintait l’hiver
déploie hardiment ses têtières, 
étire ses branches nues, 
pénètre, sève ardente, par la fenêtre ouverte,
entame sa tendre mue, 

Mais n’en dis rien 
Mars guerrier martèle de ses tambours  
les greniers du monde

Ne va pas nouer dans le poème  
les tresses d’un printemps barbare
d’une sanglante ronde
où les fleurs de ta bohème 
ne sont qu’un voile obscène
jeté sur les décombres 
de la haine. 

Alejandro Oliveros- Barbares –


Max Ernst – La horde des Barbares

C’est de la mer

que vinrent les barbares.

Leurs cadavres barbus

furent recouverts

par le sable.

C’était il y a longtemps,

mais je m’en souviens bien;

nous pensions qu’ils étaient

partis pour toujours.

La deuxième fois,

ils ne vinrent pas de la mer

ni de nulle part.

Ils dormaient avec nous,

dans le même lit,

sous le même toit,

détruisirent

tout ce que nous aimions.

Quand ils se retireront

 – les barbares se retirent

toujours -,

nous ne bâtirons

plus de murailles,

nous jetterons des ponts

pour laisser l’eau

aux barbares.

.

                                                                                                   A Herman Sifontes

Legaron  por  mar,

los  barbaros.

Sus  barbudos  cadaveres

 fueron  cubiertos

 por  la  arena.

Eso  fue hace  mucho  tiempo

pero lo recuerdo bien,

creiamos que se habian

marchado para siempre.

La segunda vez

no llegaron por  mar

ni por ninguna parte.

Dormian con nosotros

en el mismo lechos

bajo el mismo techo.

Destruyeron

todo lo que amabamos.

Cuando se retiren

 – los barbaros siempre

se retiran -,

no construiremos mas murallas,

levantaremos  puentes,

para dejar

a los barbaros en el agua.

Le Royaume perdu

Editions Conférence


L’aile d’ombre du vautour – (Susanne Derève) –


Umberto Boccioni – La charge des lanciers –
Ce qu’ils disent,
la poussière des mots qu’ils te lancent,
n’est pas fait pour que tu l’entendes 
C’est la poudre à canon des marchands de sommeil,
et tu dors 
plus sûrement qu’au premier soleil le lézard 
sur les pierres 

Ecoute,
de ton oreille posée tout contre le sol gelé 
trembler le galop de leurs chevaux barbares                                                                                       
le roulement des tanks

dans les rues noircies de l’enfance
d’où jaillissaient de si tendres soleils
le cliquetis du fer
l’éclat rouge des armes 
et déjà ,l’aile d’ombre du vautour 


Robert Vigneau – L’Olive


L’OLIVE

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La petite olive noire
A fait gicler sous mes dents
Son huile amère en mémoire
De mes grands antécédents :
Hubert, Maurel, Cancedda,
Amilliastre, Délébroute,
Ardolade, etc. :
Cette olive pour absoute!

Ma bouche se peuple d’ancêtres
Par la saveur de ce fruit
Qu’ils plantaient pour me transmettre
L’amour du fond de leur nuit.
Oui, la nuit qu’ils ont trimée
Sur l’amer labour d’Histoire
Pour ton miracle gourmet,
Ma petite olive noire!

Tant trimé et tant usé
Qu’en deuil des siècles barbares
Dans mon Vence pavoisé
L’olive mûrit en noir.


Forteresses rêches, debout pour l’éternité – ( RC )


 

photo: Musée -château    d’Annecy

 

Les forteresses  rêches,,
Debout  pour  l’éternité,
–  avait-on affirmé.
Ceux  qui les ont  édifiés,
et qui les  gouvernent .
A  l’abri des murailles :

Ces monstres qui tuent ,
Un peu   comme le Minotaure,
Dans le labyrinthe .
Là,   ce sont des princes et des évêques,
En habits     cérémoniels ,
Ils décident des conquêtes,
Et assoient  leur pouvoir.

Un temps  .
Avant que l’ambition d’ autres
Ne s’exacerbe avec le sang,    les complots,
Les breuvages  empoisonnés,
Les   messes noires du destin,
Le tirage funeste   des tarots …
L’invasion des barbares…

>      Et le temps  encore,
Comme une vague,
S’étale :
Un mal insidieux
Transforme ces forteresses
en châteaux  de sable .

Certaines  sont  encore  debout ,
Mais          n’ont plus de sens .
Ce sont des coques vides.
On en  a oublié la raison ,
Souvent le nom des puissants .
Leur nom, autrefois gravé  dans la pierre,
S’est dissolu comme le sel .

Les fossés sont comblés,
L’herbe grasse s’est nourrie du sang versé,
Des arbres ont repris le dessus,
Des tours se sont effondrées,
Servant de carrières de pierres,
Le reste , d’étables ou de casernes .

Maintenant ce sont des musées :
Les  grandes salles vides,
Servent pour les  expositions .
Le pouvoir a changé de mains ,
Avec les avenues,
et les cars de touristes :
Il faut bien s’inventer des alibis.

Les complots se font autrement ;
– L’époque apparaît plus pacifique – ,
En fait le miroir
De la puissance de l’argent …
En trompe-l’oeil
Sous le couvert de la culture .

RC – dec 2014

 


Constantin Cavafis – Pourquoi nous être ainsi rassemblés…?


 

« Qu’attendons-nous, rassemblés sur l’agora?
On dit que les Barbares seront là aujourd’hui.

Pourquoi cette léthargie, au Sénat?
Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui.
À quoi bon faire des lois à présent?
Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.

Pourquoi notre empereur s’est-il levé si tôt?
Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville,
solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui
et que notre empereur attend d’accueillir
leur chef. Il a même préparé un parchemin
à lui remettre, où sont conférés
nombreux titres et nombreuses dignités.

Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs sont-ils
sortis aujourd’hui, vêtus de leurs toges rouges et brodées?
Pourquoi ces bracelets sertis d’améthystes,
ces bagues où étincellent des émeraudes polies?
Pourquoi aujourd’hui ces cannes précieuses
finement ciselées d’or et d’argent?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui
et que pareilles choses éblouissent les Barbares.

Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l’ordinaire prononcer leurs discours et dire leurs mots?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui
et que l’éloquence et les harangues les ennuient.

Pourquoi ce trouble, cette subite
inquiétude? – Comme les visages sont graves!
Pourquoi places et rues si vite désertées?
Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux?

Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus
et certains qui arrivent des frontières
disent qu’il n’y a plus de Barbares.

Et maintenant qu’allons-nous devenir, sans barbares  ?

Ces gens-là, en un sens, apportaient une solution.

traduit du grec par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras


Claude Saguet – Barbares


 

Dessin -Steinlein  métamorphose - des chats  en sorcières

Dessin -Steinlein métamorphose – des chats en sorcières

 

Nos routes sont pavées d’audace,

Nos armes éprises de foudre

et nos tambours voilés, rendus fous de ténèbres,

reflètent la terreur qui résulte des cris.

Le soir, saison perdue,

je reviens à mes loups affamés de distances.

Et de la tour aveugle sauvagement construite,

je salue leur adresse à fracasser les formes.

Ma face est d’étranger, ma voix brute de lumière

(XAMBO éditions Multiples 1980)


Marina Tsvetaieva – âme et ailes (1918)


Peinture-dessin: Anselm Kiefer - Leonardo Pisano ( Gal Y Lambert)

Si l’âme est née avec des ailes,

Qu’a-t-elle à faire de palais, de masures,

De Khans tatares et de hordes barbares ?

J’ai au monde deux ennemis,

Deux jumeaux, à jamais unis

La faim des affamés, la satiété des repus.

Moscou  1918