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Erica Jong – Tapisserie (à licorne)


dessin - bestiaire oriental: licorne  chinoise

dessin –         bestiaire oriental:       licorne chinoise   ( plutôt que de mettre la « dame à la licorne)

L’objet de notre quête
évidemment n’existait pas
cette tapisserie intitulée Matin
sous les nuées tissées de haute laine
où des oiseaux invraisemblables
très incroyablement célébraient par leurs chants
des fables.

Un papillon de nuit parmi les dents du lion
yodlait comme le rossignol de Keats
et les trochées chantaient parmi les iambes,
tandis qu’en fraise frisotée et gilet de brocart
tu penchais ton sourire
sur l’herbe revêtue de sa soie de soleil,
où couchée dans les flots de ruchés en folie
je pressais sur le sol une oreille attentive,
dans l’espoir d’entendre, au galop des sabots,
la licorne éveiller les échos de la terre.

Elle parut, environnée d’un incendie
de broderies de feu, regard d’agathe,
corne d’ivoire et d’infâme légende,
hennissant haut des concerti baroques
et croyant l’avoir capturée pour de vrai,
nous festoyâmes de vin blanc et de brioche
en échangeant devant témoins
d’impossibles serments.

La suite, vous la connaissez:
dans l’humidité vénéneuse et spongieuse du soir,
où les amants se tournent et retournent,
toussent et se tiennent discours
épaissis de sommeil,
dans la longue nuit d’hiver du mariage
sans bruit la licorne s’enfuit
et, tel un cauchemar d’insomniaque, l’amour
finalement n’est plus
qu’un moindre mal.

Parfois elle revient, caracolant
parmi les sombres tapisseries de la nuit,
arrachant bras, jambes et literies
et menus écheveaux de poil et de cheveu.
mais pas plus que ne survit l’esprit de la quête,
nous ne reconnaissons la bête,
ou bien alors nous lui donnons
un autre nom.

Erica Jong


Visite nocturne au musée ( RC )


  –

visite nocturne au musée (RC)

C’était le reflet furtif, des rais rapides sur le sol
Des points de lumière mouvants, les lucioles épaisses
Qui virevoltaient et s’écrasaient sur les pieds, des visages
Blancs
Blancs d’une vie arrêtée dans la pierre
Noirs d’une vie coulée dans le bronze
Cet enchantement nous décrivait cette balade nocturne,
le blanc, le noir alternativement
et quelquefois un trait de couleur – c’était un doré juxtaposé à un bleu profond
la grâce d’une main retournée, d’un voile soulevé, et d’un visage poupin

Puis les contre-jours mobiles poursuivaient leur quête,
Vaguement inquiets qu’aux gestes suspendus, la vie ne revienne
Derrière leur passage.
Qu’au labyrinthe posé ne se cache le faune.
Et rassurés de la présence lointaine d’autres lucioles
Dans l’enfilée des salles, et du parquet à chevrons qui grince,
et du marbre claquant sous les escarpins.

Sans s’attarder , du neutre cartel explicatif, à une signature pâteuse,
La Diane baroque, suivait notre passage, d’un regard pas tout à fait gris
Peut-être.

L’aube était loin, l’art était une surprise, une marche d’obstacles
Une source close d’étoiles, en élans contenus.
Du solennel en douceur de marbre, j’aurais pu souligner la courbe d’une jambe,
La douceur d’une joue, la rudesse d’une glaise de métal.

Pourtant, de notre passage, il fallait laisser au jour, aux gardiens somnolents,
La pâte fougueuse des Delacroix éteints,
la généalogie des portraits flamands qui chuchotent
En silence, le temps des étoffes précieuses et batailles lointaines.
Aux amateurs indiscrets, les heures sanglantes de Judith à Holopherne
Et la lumière tranchante du Caravage, revenue à la nuit

 

 

 

Que je complète  avec ma variation,  sur

« le musée des moulages »…

 

Au musée des moulages,

les idées n’ont pas d’age,

s’il faut que le regard voyage,

et que la main partage,

les creux et puis les lisses,

les seins et les cuisses,

que plus rien de farde,

au pays du marbre,

des statues de plâtre,

sensations folâtrent…

 

6- 03-2012

art:                                                     Maes :   portrait de femme                 Gand


Tapis replié, roulé ( RC )


 

 

 

 

 photo SunWorship

 

 

Tapis replié,

 roulé,

présence tempête,

 asphalte mouillée,

secousses incontrôlées,

 l’air  déguisé,

 racloirs improvisés,

 sur les toits des maisons

 

 -Avignon,

 L’ après -midi, le vent. au temps en remporte ( le Simon ), et puis le soir  et puis la nuit.

D’haut temps, volutes baroques, tentative de restitution de  ( ce que nous raconte le Claude), angelots joufflus poussant avec effort leur trompette, éclairs de chaleur dans la nuit,  silence des oiseaux  et des étoiles.

Juste le temps du vent.

 

Avril 2011

 

 

( Cet article  qui évoque le titre  du beau livre  de Claude Simon « le vent » –  et surtout  son sous-titre…  était aussi une  réponse, en écho à Arthémisia, dont  voici le texte original

)

Tu ne seras pas qu’une anecdote, un événement, une performance.

Tu ne seras pas qu’une étoile dans une nuit de goudron gras.

 

Tu seras la présence, l’adagio et l’écho, le trottoir qui luit, l’itinéraire nouveau, la progression bleue, le tapis volant, l’air aiguisé de l’après midi, le vent.

D’haut temps.


la psyché invisible (RC)


–                               peinture  – Olympia :     Titien     Venus d’Urbino Florence musée des offices

 

 

Belle formule, la psyché invisible…
C’est comme un miroir sans tain
Où tu te cacherais derrière

Aux aventures des reflets sans fin
apprentissage de l’indicible
Joutes rieuses et fières

Marquis – (se) dans la galerie des glaces
S’épaulent en courant; sur un chant de bulles
D’un plancher mouvant où il y a même

La perspective qui tangue et s’agace
Notre portrait inconscient chargé de libellules
Frasques et cavalcades, des mots qu’on sème

Qu’on récolte et se renvoit en gerbes
Décoction volcanique toujours en fuite
Oiseaux nocturnes lâchés de plein gré

Apprivoisés, multipliés, les verbes
De l’océan vertical, cascades induites
Du parler tu, du parler fort, sans simagrées

Nos messagers dessinent à l’envi
Spirales baroques aux yeux ravis

L’invention se passera de barrières
Les flots libérés déplaceront les frontières