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Ezra Pound – La rose éclose pendant mon sommeil


peint  peche au lamparo Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid   Fànos.jpg

peinture: pêcheurs en barque    Codex Skylitzès Matritensis

Et la rose éclose pendant mon sommeil,

Et les cordes vibrant de musique,

Capripède, les brindilles folles sous le pied ;

Nous ici sur la colline, avec les oliviers

Où un homme pourrait dresser sa rame,

Et le bateau là-bas dans l’embouchure ;

Ainsi avons-nous reposé en automne

Là sous les tentures, ou mur peint en bas comme des tentures,

Et en haut une roseraie,

Bruits montant de la rue transversale ;

Ainsi nous sommes-nous tenus là,

Observant la voie depuis la fenêtre,

Fa Han et moi à la fenêtre,

Et ses cheveux noués de cordons d’or.

Nuage sur le mont ; brume sur coteau ouvert, comme une côte.

Feuille sur feuille, branche d’aube dans le ciel

Et obscure la mer, sous le vent,

Les voiles du bateau affalées au mouillage,

Nuage comme une voile renversée,

Et les hommes lâchant du sable près du mur des flots

Ces oliviers sur la colline

Où un homme pourrait dresser sa rame.

XXXIII –


Susanne Dereve – Offrande


Les-tombes-rupestres--640x480-.JPG

nécropole rupestre – Abbaye de St Roman – Gard

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un bon bois de chêne, lisse au toucher, robuste et clair, 

gardez-moi des vaines offrandes,

ces urnes que les us épandent en sombres paraboles abandonnées au vent,

aux rumeurs infécondes et sourdes du levant

et qu’un bras malhabile se devrait de répandre au-delà du silence

comme on boit le calice âcre de la souffrance     

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un carré de terre,

de ce terreau qu’égrainera la pelle d’un ton clair  

il faut du temps il faut des fleurs pour oublier

il faut ce marbre uni où poser des œillets     

l’herme aux lueurs du soir est plus doux au malheur que ces brumes d’errance le vent a-t-il jamais  séché les larmes de douleur

 

De cendre ou de poussière lorsque le temps viendra

choisissez un bon bois de chêne lisse au toucher, robuste et clair

et dans ce vieux pays de Rance enterrez-moi près de mon père.

 

 

suivi de ma  « réponse »

 

Quel que soit le carré de terre,
que des pelles viendront blesser
la pierre ou le marbre,
l’ombre des cyprès,
les noeuds de leurs racines,
auprès de toi,

Quel que soit le vent,
qui répandra les cendres,
comme autant de paroles vaines,
et aussi les fleurs
qui meurent, de même,
dans leur vase,

Il y aura un temps pour oublier,
lorsque les mousses
auront reconquis la pierre gravée,
les pluies effacé les lettres :
              – même la douleur 
ne peut prétendre à l’éternité .

Que l’on enterre une princesse
avec ses bijoux,
et toutes ses parures,
ne la fait pas voyager plus vite
sur le bateau
de l’au-delà…

Ce qu’il en reste
après quelques siècles :
>          quelques offrandes,
et des os blanchis
ne nous rendent pas sa parole
et le ton de sa voix.

A se dissoudre complètement
dans l’infini,
                         c’est encore modestie :
– On pourra dire « elle a été » -,
mais le temps du souvenir,
se porte seulement dans le coeur des vivants .


RC

 

:

 


Benjamin Fondane – là nous voyageons ensemble .


Je ne suis pas le pilote

de ce bateau que les aubes ont lavé à grande eau –

et les soirs. Je n’ai pas

le droit de commander aux houles

ni mettre de côté

un peu d’écume pour mes vieux jours. Toutes ces autres

écumes, les mouettes,

obéissent à d’autres regards. Je n’ai pas,

voyageur toléré sur le pont, en partage

avec vous, que le droit d’être jeté dessus

le bord, à l’achevé du cycle. De ce droit

ce n’est pas mon dessein d’user. Je vous respecte

marins et vous pilote,

je vous serre la main, commandant. Sur ce pont

vous êtes tous chez vous. Oui, mais moi-même

je ne suis pas d’ici

et me laisse laver par les aubes. Je triche.

Je ne partage pas votre vie. Ma sueur

ne se joint pas à votre travail. Mon visage

est loin. Oui, mais le soir

sous la lampe j’exprime le jus de la journée

sous mon pressoir. Le temps est fini. On commence

un autre voyage. Mais là

nous voyageons ensemble

dans un poème dont je suis le pilote

en un temps, en un temps où il n’y a pas de temps.


Philippe Delaveau – Voyage intérieur


peinture: Alain Sicard

 

 

 

VOYAGE INTERIEUR

La pièce qui me sert de bureau : une cabine
d’un bateau improbable sur les eaux des collines
pour affronter les rigueurs du poème et ses décisions :
il s’approche insuffisamment de la côte et nous escaladons
ensemble les enchantements du rêve. Ses caprices.
Vagues et vents : nous respirons à pleins poumons.

Pas de barre où installer mes mains. Ni d’instruments pour la navigation.
Une table. Un stylo. L’ordinateur comme un radar. Des mouettes
au-dessus, qui se moquent ! jamais plus. Jamais trop. Jamais
encore. Et nous allons au gré de l’aventure.
Les cyprès de la haie mendient de leurs mains. L’herbe
connaît la folie des boussoles sous les pylônes.
Tout tremble comme une salle à qui l’on joue la comédie.
Au juste que joue-t-on ?

Pourtant la journée lumineuse : à cette heure, froid bleu,
ciel blanc. Le soleil sur la piste s’apprête
à décoller cahin cahan. Même on entend gronder le réacteur
de la lumière. Tout l’Est est glorieux jusqu’aux lointains méandres
comme un matin de Pâques.

© – Philippe Delaveau –


Georges Séféris – Santorin 02


 

 La fin des temps et le déchaînenement du mal ( manuscrit de l'Apocalypse)

La fin des temps et le déchaînenement du mal ( manuscrit de l’Apocalypse)


Autels détruits
amis oubliés
feuilles de palmiers dans la boue

Laisse, si tu le peux, tes mains voyager
en cet angle du temps avec le bateau
qui toucha l’horizon.
Quand le dé frappa l’aire,
quand la lance frappa la cuirasse,
quand l’oeil reconnut l’étranger.
Et se tarit l’amour
en des âmes percées ;
quand tu regardes à l’entour et que tu trouves
partout les pieds fauchés
partout les mains inertes
partout les yeux obscurcis ;
quand il ne reste plus rien à choisir, pas même
la mort que tu désirais tienne,
en écoutant quelque grand cri,
le cri même du loup,
ton dû ;
laisse tes mains voyager, si tu le peux,
détache-toi du temps trompeur,
et sombre
comme sombre celui qui porte les grandes pierres.


Georges Séféris, in Gymnopédie [Poèmes 1933 – 1955, suivis de Trois poèmes secrets]
nrf Poésie/Gallimard


Fabrice Farre – Padre


dessin perso. Reprise à la plume et encre de chine ( portrait de mon père )

dessin perso. Reprise à la plume et encre de chine            portrait de mon père )

 

 

 

Padre

 

Les vitres sont bien celles qui nous
séparent du monde. De ce côté
tu meurs. De l’autre, serai-je assez vivant
pour parvenir à accepter une telle dérive des êtres
l’absence aux rives du détroit
que ne relie aucun bateau même imaginé.

 


Lorsque le paysage bascule – ( RC )


photo d’actualités _ conséquences du passage  du  typhon Haiyan (Philippines)

Aux horizons de langueur,

Supposons, des certitudes,

Cartes postales du bonheur,

Où rien n’apparaît de rude,

S’ouvre soudain sous nos pieds,

De ces gouffres qui fument,

D’une angoisse tout le temps niée,

De tout temps recouverte par la brume…

Alors, la ligne émeraude à travers les palmiers,

Se déchire avec les saisons,

Comme un tas de vieux papiers,

sous le passage du typhon.

Le bateau prend eau de toutes parts

On se trouve désemparé, minuscule,

Dans l’oeil du cachemar,

Lorsque le paysage bascule,

Et que les éléments, déchaînés,

Se montrent autrement qu’aimables,

S’il faut pour s’en échapper, se démener,

Et oublier l’idée même d’un monde stable.

 

RC – 13 novembre 2013


Denis Scheubel – La vie est colorée de jambes de femmes


 

photo-cinema: Rita Hayworth

photo-cinema: Rita Hayworth

 

 

 

La vie est colorée

De jambes de femmes

Il disait

De noeuds à défaire

La vie est colorée

De jambes de femmes

Qui injectent à l’asphalte

Des rythmes affolants

Alors boire et danser

Il disait

Boire et danser

La vie est martelée

De jambes de femmes

De bas qui crissent

De bateaux qui grincent

De voix d’enfants

Qui pincent

Le coeur.

La vie est un bateau

Où tanguent les jambes de femmes

Qui grincent

Il disait

De boucles bouclées

Qui tintent à leurs oreilles

Quand elles martèlent l’asphalte

Pendant qu’on boit.

Denis Scheubl    dans   » Sex and Cities »

 

 


Astrid Waliszek – ludion


petit feu, ludion joueur,

à faire flamber le soir

à jouer avec l’écume

ma lampe de poche

les vaguelettes dansent

sous ton sourd flambeau

au loin le bateau de pêche

te prend pour un phare

petit jeu de nuit

à Trouville sous la pluie

sous les rires d’enfant

feu d’artifice, étoiles filant

minuscule joie, petite étincelle

dialogue sans paroles, un rien

une lame d’eau ondule

une frise se dessine

l’enfant regarde, l’enfant dit

les monstres sont couchés

tu peux t’arrêter, je l’ai vue

ta petite lumière dans ma nuit.

photo    Richard Vantielcke- voir son site


Conte d’élections, sur rimes en O ( RC )


Enluminure: la tempête apaisée

 


Roi et prince sont dans un château –
Autour du château – des douves remplies d’eau –
Des nuages éclatent – nous dit la météo –
Ce qui veut dire – il ne fait pas beau –
On pourra constater qu’il pleut à seaux –

Roi et prince tombent alors dans les flots –
Point de barque qui passe – ni de bateau –
Couronne roule par le fond – avec ses émaux –
Si un des deux survit ( ou sauvera sa peau ) –
Flotteront des plumes – celles d’un beau chapeau –

Canards ou canetons suivent – ou autres animaux –
Le vol des vautours ,             voire des corbeaux –
Sous l’oeil étonné , de nombreux badeaux –
…. Succession oblige – se présentent hobereaux –
Ducs, barons,                – Sarko et généraux –

Chacun à brandir son propre drapeau –
Et même ,          la faucille et le marteau –
On a toujours besoin de nouveaux héros –
Pour repartir de zéro –
Ne se voient pas de la cuirasse,    les défauts –

Nouveau roi, nouveau prince –         portés haut –
– Tu parles d’un cadeau ! –
Du grain ou de l’ivraie,    savoir le vrai du faux –
Peu importe qui revêt l’hermine à son manteau –
On peut toujours promettre l’eldorado

>             Tout ça c’est du pipeau
Il y a des princes et des vassaux
Plutôt que d’être égaux, c’est la parade des égo
Petit peuple se contente d’une chemise, ou d’un maillot –
( car point trop n’en faut )

RC   –  26 décembre 2012 –  juin  2016


Georges Henein – Beau fixe


art: Jean Tinguely machine d'art

BEAU FIXE

dans cinq ans Je serai…
dans dix ans j’aurai…
dans quinze ans on me…

l’avenir occupe un homme
l’avenir presse un homme
l’avenir a de larges poches et l’une d’elles précisément épouse la
forme virile d’un pistolet

un regard sur une carte ; là germe l’ivoire, là le tungstène
II fait noir dans cette île où accoste un homme
il y a des cris étranges dans ce port où débarque un homme
voix et silences se cherchent, — tout est mal réparti
je ne reconnais plus mes silences, dit une femme angoissée dont le

visage n’est pas à décrire
à la douane on déclare ses souvenirs d’enfance
un homme est seul dans une rue qui est la seule rue d’une fie
on a donné à un homme de fausses adresses dans une île des plus closes
vous n’aurez qu’à vous recommander de mol et vous vous verrez
choyé et entouré

mais un homme est des moins choyés et des inoins entourés dans une île qu’il ne prévoyait pas aussi close, il y a un bateau par génération, lui dit-on, d’un air la», au bureau des renseignements d’une île
dans vingt ans un homme voguera de nouveau
l’avenir en tête
la tête blanchie

Georges Henein
• Troisième Convoi », I946

in « Le livre d’Or de la poésie française contemporaine
tome 1
—                   ( Marabout Université )

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-G Henein  écrivait par ailleurs; Il existe des guerres justes. Mais le propre des guerres justes est de ne pas le demeurer longtemps.
Carnet de notes 1940-1973 (1980), L’Esprit frappeur

Source : Georges Henein – Ses citations – Dicocitations ™citation

 

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