voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “Bernard Noël

Bernard Noël – Grand arbre blanc


photo : Steven Dempsey

photo : Steven Dempsey

 

 

Grand arbre blanc

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile

et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard

sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre

l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air

d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent

morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir

*
.Bernard Noël

 


JC Bourdais – L’arbre à bière Bernard Noël – grand arbre blanc


peinture perso:  " Grand  arbre"   1979

peinture perso:           » Grand arbre »    acrylique  sur papier affiche  1979

 

« Autrefois dans ce pays

On ne pouvait pas dire

pour désigner la fin d’un arbre qu’il était mort.

Seuls l’homme et l’animal pouvaient mourir.

On raconte que pour éloigner l’étranger du village,

On lui disait :

« Tu n’as pas ton arbre ici »

——————-                     

JC Bourdais , L’arbre à bière,Rhizome,2002, Nouméa

 

auquel j’ajoute   » grand arbre blanc »  de Bernard Noël

 
Grand arbre blanc

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile

et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard

sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre

l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air

d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent

morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir

*
.Bernard Noël..


Bernard Noël – la face du silence


 

la face du silence

au ciel de tête

mon ombre mûre a fait mûrir l’oubli

 

                                                   qui fut moi

                            cet autre attaché à la roue

                          ou ce sourire pour mémoire

                                                         flottant

     

                                                                     laissé

                                                                                     

quelqu’un rêve d’une journée durable

vague culminante qui ne retomberait

 

                        mais le sang s’arrête à la lisière

                        et l’idée recule

                                                    

                                                       amer repli

                                       qui préfère la cendre

                                      au diamant immobile

 

et   le   seuil   aperçu   se  vitrifie  sous  l’ongle

tandis que la nuit close se  transforme  en  cri  blanc

 

Bernard Noël, la face du silence [1963-1964], dans Poèmes 1,

photogramme

photogramme – Eugène Studitsky  –  voir ses photos sur flickR

 —

 

 

et je complète par une  autre parution de Bernard Noël, qu’on l’on peut  voir  dans la  « petite librairie des champs »…

 un extrait de La fable et le vent de Bernard Noël

 

pluie d’espace poudre ou poussière

tout passe au crible du vent
 
dans la tête là-haut trouée
la volée des vieux regards
 
ils s’effritent et font en l’air
rafales de buée
 
on met enfin son doigt 
dans le silence
 
son oeil dans la toison
de derrière la mort