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Michel Foissier – un pressentiment rongé par la fuite du temps


photo RC – monument aux morts Lodève

avaler un sandwich un demi pression un café
laver les pieds des morts avant le petit jour
se coucher enfin parmi les débris de vaisselle sale
parmi les pétales de fleurs fanées comme si la torture n’était qu’un mauvais
à passer
un pressentiment rongé par la fuite du temps
une promenade à petits pas de laine grise
sous les ponts la richesse se consomme à la va-vite
les doigts des amourettes construisent des plaisirs de bouts de ficelle
toute blessure se limite à l’impossible
entre pompes à essence et supermarchés
chaque chose en son temps rappelle-toi
il faut agir de nuit dans les odeurs acides du sommeil
substituer l’acte à l’intention
penser la mort comme une étincelle
il est comme quelqu’un qui renoue ses lacets
il dit qu’il attend et qu’il choisit pour cela cette version obscure du monde
il dit qu’il paye la faute de vivre ainsi en équilibre
et que le refus est écrit dans la peur
et que la peur est son testament
il est armé et le geste s’accompagne du cri d’un jour nouveau
et la lune s’est usée dans le grand cercle de la nuit
et puis occupé par les menus travaux de la guerre il attend dans le fantôme du vent
et son geste est très grand
personne n’est dans le camp de personne et
seul il imite le hurlement de la nuit
comme un cheval sellé qui ne sait encore rien de la course
ni du marchandage de la main et des jambes
en ces temps on disait la révolution
et l’âme des peuples était invisible
elle se cachait dans le secret des caves et ne sortait qu’à minuit
il pense que si sa tête éclatait il serait là à ramasser les morceaux à quatre pattes sur
le goudron de la nuit
il pense à ces kilomètres de mots
à ces lignes appliquées à l’encre violette
et qui ne touchent jamais la barrière du ciel
ni le sable bleu des déserts ni le souffle
ni ces petits riens de carton-pâte
l’habitude nous fait vivre à un millimètre de nous-même
dans la posture accroupie de la femme qui lave le linge à la rivière
de l’histoire nous ne savons que la calomnie
ici les murs nous font la grâce d’une lecture
aveugles nous déchiffrons les impacts de la fusillade
et le film est projeté en plein cœur
les acteurs sont soumis au grain de la maçonnerie
marionnettes ou créatures de rêve
une cérémonie à couper au couteau
le bétail s’allonge dans la manigance des corps
les hommes dorment les femmes dorment les enfants dorment
les chiens urinent puis grattent le bois des portes avec
des ongles malpropres
elle est assise dans l’ombre
il dit donne-moi tes mains j’en ferai bon usage dans
les giclées du soleil dans
les chuchotements du sous-bois
il connaît cette peur de granit cette trahison minuscule
demi-sel un char d’assaut quelque chose comme une prison qui s’avance
un bruit de métal frappé dans la fatalité du sang


Cimetière militaire – ( RC )


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On ne voit plus qu’un pré tout vert
                    où pourrait paître le bétail.
Pourtant,    c’est un champ de bataille
habillé de blanc,        comme en hiver.

On distingue des croix anonymes,
comme       autant de noms effacés :
>          c’est la plaine des trépassés :
on n’en compte plus les victimes :

Elles sont tombées au champ d’honneur,
sous les obus,             les mitrailleuses,
–             …. et la plaine argileuse
ne saurait désigner les vainqueurs

les vaincus,        tant les corps se sont mêlés
durant les assauts.
On en a retrouvé des morceaux ,
accrochés aux barbelés .

Pour les reconnaître, on renonce :
C’est un grand cimetière
qui nous parle de naguère :
              Les croix sont en quinconce ,

             régulièrement espacées :
le « champ du repos »
comme si l’ordre pouvait remplacer
de l’horreur,             son tableau .

             Suivant les directives :
             les stèles règlementaires
             émergent de la terre,
             en impeccable perspective

Ainsi,                         à perte de vue
ce sont        comme des ossements,
peuplés des silences            blancs
                              des vies perdues :

                            Ils ont obéi aux ordres.
( Laisser la terre saccagée,
le témoignage de combats enragés,
aurait plutôt fait désordre ).

Sous le feu des batteries,
affrontant le péril,
          il aurait été plus difficile,
de jouer, comme ici,     de géométrie…

On ne peut espérer de miracle:
        Aucune de ces plantations ne va fleurir :
Voyez-vous comme il est beau de mourir !
Une fois la guerre passée,   c’est un beau spectacle…

RC – dec 2016


Villages morts – figures d’un exode rural – ( RC )


Un hameau abandonné entre Alés et Saint Ambroix (Vallée de la Cèze)

En traversant,  l’espace d’une  déchirure,

Certains  diraient « cauchemar »,

Des villages  désertés,

Où la vie  s’est repliée,

Desséchée.    –

Certains,

Où se multiplient les vents,

Et battent  portes et volets ,

Sur les façades des maisons vides.

Et risquant mes pas,

Sur l’absence,

Le cataclysme passé,

Dont on ignore les vraies  causes…

Le foudroiement lent,

Du défilé des années,

L’impossibilité de continuer,

A subir les assauts de l’hiver,

Où il est juste question de survivre,

Alors que l’avenir n’est est plus un,

Que les sources se tarissent…

Et aussi,        l’exode vers les villes,

Font,        que,           petit à petit,

La vie se déplace,

Et qu’ici,          seuls restent,

Accrochés à leur passé,

Les arbres,

Qui font le lien,

Entre le ciel et la terre,

Si ,        plus personne ne vit ici.

Seuls reviennent,

Le temps  de quelques mois,

Les vacanciers,

Epris de paysages champêtres,

Fuyant le bruit et la fureur,

Des banlieues grises,

Des appartements  étroits,

Et des parkings payants.

Mais ce sont des temps d’illusion,

Dont on revient vite,

En faisant la queue, sur les autoroutes.

Car le pays réclame son dû,

Et reprend ses droits

Il ne peut pas  être regardé,

Comme une  simple carte postale,

En couleurs,       et seulement  en été,

Quand les saisons, sont là,

Comme ailleurs,

Et le gel et la boue,.

Et que les ronces prolifèrent,

Dans les maisons abandonnées,,

Aux toits effondrés…

Et sans bétail,    les champs aux herbes folles.

RC –  20 novembre  2013

note: ces « villages morts »  sont aujourd’hui une  réalité,  dans les zones  « reculées », où l’accès y est difficile…

…  d’autres  sont  restaurés mais sont sous  « perfusion »,  d’une  vie  artificielle,  quelques  semaines  dans l’année,  et fermés  le reste  du temps, en particulier dans les  zones  touristiques, où seul le « loisir en boîte », fait recette,.

C’est bien là que  s’exprime de façon évidente ,   un paradoxe, entre l’apparence,  et la vie  authentique, symbolisée par l’existence même de ces villages .