voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Jean Tardieu – au conditionnel


Si je savais écrire je saurais dessiner
Si j’avais un verre d’eau je le ferais geler
et je le conserverais sous verre
Si on me donnait une motte de beurre je
la ferais couler en bronze
Si j’avais trois mains je ne saurais où
donner de la tête
Si les plumes s’envolaient si la neige fondait
si les regards se perdaient, je
leur mettrais du plomb dans l’aile
Si je marchais toujours tout droit devant
moi, au lieu de faire le tour du
globe j’irais jusqu’à Sirius et
au-delà
Si je mangeais trop de pommes de terre je
les ferais germer sur mon cadavre
Si je sortais par la porte je rentrerais
par la fenêtre
Si j’avalais un sabre je demanderais
un grand bol de Rouge
Si j’avais une poignée de clous je les
enfoncerais dans ma main
gauche avec ma main
droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je
me perdrais bientôt de vue.


les fenêtres ouvertes ( RC )


peinture: Everett Shinn- 1903

peinture: Everett Shinn- 1903

Il est un temps clément

Et l’herbe pousse 

La vie sautille et bruisse,

Hier, il pleuvait à verse

Les fleurs, comme il se doit, fleurissent

Le vert rampe et progresse.

En forêt ,il menace les clairières

Et recouvre les pierres du jardin,rue et bien verte

Au soleil, l’éternuement

Et les fenêtres ouvertes…

 

Le souvenir n’est plus, du raide hier

Le jour se lève, parfumé du matin.

Je prends avec toi, les chemins de traverse

Que le temps oublie , le temps d’une rencontre

Qui s’étire avec toi, comme une caresse

Je peux vivre, et me passer de montre,

Un dialogue sans paroles,

Il y a quelque part, ton visage qui rit

Et le coeur farandole,

Qui tangue et s’y inscrit.

 

Sans détour, comme une voie directe

Où les animaux endormis

Pactisent avec les insectes

Et s’en font des amis

La mouche noire a décrit une belle spirale

Avant de se poser sur le beurre,

Sur l’assiette à côté du journal,

même pas peur…

Le lézard a sorti ses habits de parade

En restant agrippé au mur, l’oeil en veille

Et reste immobile sans tenter l’escalade,

En se frottant de soleil…

RC


Hareng ( RC )


peinture: James Ensor;           deux squelettes se disputant un hareng

Rien  ne  prédestinait, je crois
A ce que ce poisson, quitte les fonds marins
Pour être  présent,  (  et sujet ) du festin
L’assiette posée sur la table en bois.

Je suis  allé le chercher
En hésitant longtemps
—  de la morue ou du hareng ?
Au supermarché …

En ce qui me concerne
Je l’ai choisi au hasard
Sans considérer son regard
– qui était plutôt terne

Il était disposé
Comme  le veut  l’usage
Dans un bel emballage
– article  non pesé…

reprise en cravate des harengs de Van Gogh

Celui-ci était vert
Ca  donnait une  touche  de couleur
A côté  du beurre
Ca devait rappelait la mer

Un emballage  de plastique
Avec un film  dessus
Qui est bien conçu
En matières  synthétiques

Je me suis  dit qu’un vin
Blanc, comme boisson,
En pensant au poisson
Irait bien    pour demain

Bien qu’au naturel , il préfère
– ce que je comprends
– Comme  tous les harengs –
Son bain d’eau de mer…

Je l’ai mis à l’aise
Pour pas qu’il ne s’enrhume
Avec des légumes
Et de la mayonnaise

Comme les poissons  essaiment
J’ai pensé à leur nombre,évoluant par bans
Au coeur  de l’océan
Et je lui dédie ce poème….

J’évoque aussi Ensor
Qui,          dans ses peintures
– ( » Ouh là !!   que  de culture !!  » )
Pense avec bonheur,   aux harengs  saurs…

Mais avant,          qu’il participe à la fête,
Il faut que je vois, s’il n’a pas trop de sel
Et aussi  que  j’enlève
Toutes  ses arêtes…


RC- 18 novembre  2012


petit chaperon des poèmes ( RC )


 

 

Aux lectures poétiques,  si ce n’est pas un leurre
Ce plaisir  ,il ne faut pas le renier
Plutôt que le garder dans ton panier
Un p’tit recueil,  une plaquette de beurre

Et une galette de poèmes
Tout ce qu’il fait pour tenir le coup
Sans limites – je dirai « beaucoup »
Allez    » Tu peux te r’servir en crème »

Et même y mettre les  doigts
Puisqu’on parlait de beurre
On va pas renier son bonheur
Ici ce sont les mots qui font foi

On s’en échange  et on lit ( c’est la loi)
Une soupe de lettres , c’est le partage
De fin potage, personne n’en est otage
Aux faim – becs, sans prise de poids…

C’est le mot de la fin, déguster la lecture
En fin gourmet, en petites doses
Que celà croise rimes ou prose
Mère-grand peut se mettre à l’écriture

 » – Que tu as de beaux yeux, mon enfant ! »
‘ – C’est pour mieux dévorer ce que tu écris »
 » – Que c’est beau ce que tu dis, quand tu cries! »
 » – C’est pour faire danser tes oreilles, mère-grand »

 » – Et quel appétit, avec cette petite bouche rose ! »
 » – C’est pour partager ma pensée, en prose
 » – Que tu as de beaux doigts, mon enfant! »
 » – C’est grand-mère, pour faire plus élégant »

 

C’est ainsi que chaperon rouge , en fil d’échanges
Le casse croûte, au bénéfice  de l’art poétique
Avec Mère grand  au demeurant fort sympathique
Se mettent à la table des lettres,   et mangent…

…  toute la bibliothèque, et de ses livres
à s’en faire ivres.

On dirait même qu’elles  dévorent
Tout le panier, et ces paroles  d’or

 

29 mai 2012
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