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Blas de Otero – frondaisons de fronts troublés


 

Peinture Delacroix: Lutte de Jacob avec l’ange

 

Frondaison de fronts troublés

Ceci à l’immense majorité, frondaison
de fronts troublés et de cœurs souffrants,
à ceux qui luttent contre Dieu, défaits
d’un seul coup en leur profonde ténèbre.
À toi, et à toi, mur rond
D’un soleil assoiffé, jachères faméliques,
à tous, oh oui, ils vont à tous, et tout droit,
ces poèmes faits chairs et chansons.
Entendez-les pareils à la mer. Ils mordent la main
de qui la passe sur leur échine bouillante.
Éclate à l’écart leur mugissement tout proche
Et ils s’écroulent comme une mer de plomb.
Hélas, cet ange cruellement humain
accourt pour vous sauver, et il ne sait comment

 

Es a la inmensa mayoría, fronda
de turbias frentes y sufrientes pechos,
a los que luchan contra Dios, deshechos
de un solo golpe en su tiniebla honda.

A ti, y a ti, tapia redonda
de un sol con sed, famélicos barbechos,
a todos, oh sí, a todos van, derechos,
estos poemas hechos carne y ronda.

Oídlos cual el mar. Muerden la mano
De quien la pasa por su hirviente lomo.
Restalla al margen su bramar cercano

Y se derrumban como un mar de plomo.
¡ Ay, ese ángel fieramente humano
corre a salvaros, y no sabe cómo !

Blas de Otero
extraits des recueils ÀNGEL FIERAMENTE HUMANO et REDOBLE DE CONCIENCIA, – Buenos Aires,

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Blas de Otero – Vertige


photo David Julian

VERTIGE

Désolation et vertige s’unissent.
On dirait que nous allons tomber,
Qu’on nous étouffe par dedans. Nous nous sentons

Seuls, et notre ombre sur le mur
n’est pas la nôtre, c’est une ombre qui ne sait pas,
qui ne peut se rappeler à qui elle appartient.

Désolation et vertige se rassemblent
dans notre poitrine, s’échappent comme un poisson,
on dirait que notre sang dérape,
nous sentons que nos pieds vacillent.

Le vent souffle empli de souvenirs
et au fond de l’âme son va-et-vient nous fait mal,
nous apercevons des mers bleues,
dans l’infini brouillard de l’hier.
Désolation et vertige se fourrent
dans nos yeux et nous empêchent de voir.
Un mouchoir dans le vent vole égaré,

qui vient et s’en va, comme un bout de papier,
et tes mains le lavent avec les larmes
que nos yeux y ont versé.

Désolation et vertige s’unissent.
On dirait que nous allons tomber,
qu’on nous étouffe par dedans.

Nous restons
à regarder fixement le mur,
pleurer nous ne pouvons et nous restent
les larmes amoncelées, en travers,

nous nous bouchons les yeux de nos mains,
nous pressons nos doigts sur nos tempes,
nous entendons qu’on nous appelle au loin,
nous ne savons d’où, ni pourquoi…

VÉRTIGO

Desolación y vértigo se juntan.
Parece que nos vamos a caer.
que nos ahogan por dentro. Nos sentimos
solos, y nuestra sombra en la pared
no es nuestra, es una sombra que no sabe,
que no puede acordarse de quién es.

Desolación y vértigo se agolpan
en el pecho, se escurren como un pez,
parece que patina nuestra sangre,
sentimos que vacilan nuestros pies.

El aire viene lleno de recuerdos
y nos duele en el alma su vaivén,
divisamos azules mares, dentro
de la niebla infinita del ayer.

Desolación y vértigo se meten
por los ojos y no nos dejan ver.
Un pañuelo en el viento anda perdido,
Que viene y va, como un trozo de papel,
y lo lavan tus manos con las lágrimas
que nuestros ojos han vertido en él.
Desolación y vértigo se juntan
Parece que nos vamos a caer,
que nos ahogan por dentro. Nos quedamos

mirando fijamente a la pared,
no podemos llorar y se nos queda
el llanto amontonado, de través,

nos tapamos los ojos con las manos,
apretamos los dedos en la sien,
-sentimos que nos llaman desde lejos,*-
no sabemos de dónde, para qué…