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Boîte à vent – ( RC )


Christophe Benichou Tip-Box

installation architecturale Christophe Bénichou, région de Montpellier

 

 

Tu vois cette grande boîte,
posée sur la montagne,
obscure ,                       close sur elle-même
personne n’y rentre    et personne n’a la clef.
Tout est immobile autour et se dessèche.

Les rayons du soleil rebondissent sur elle
et semblent s’amplifier.
Les insectes ont fait silence,
il n’y a aucun oiseau visible.
Peut-être sont-ils grillés.

Dans cette boîte, j’y ai caché le vent.


RC – mai 2017


Le miroir des pages – ( RC )


 

 

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Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


Leon Felipe – Je m’en vais car la terre le pain et la lumière ne sont plus à moi


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Je reviendrai demain avec le coursier du Vent.
Je reviendrai.

Et à mon retour, c’est vous qui partirez :
Vous, les percepteurs d’impôts sur le chiffre d’affaires de la mort, les centurions en embuscade
sous la grande ogive de la porte, les constructeurs de cercueils qui
disent toujours, quand ils mesurent le corps jaune de ceux qui s’en vont, avec le ruban d’un mètre et demi des tailleurs : Que les morts grandissent !
Oh oui ! Les morts grandissent. Leur dernier costume leur est trop petit pour leur dernière toilette.
Ils grandissent.

Et à peine sont-ils enterrés qu’ils brisent les planches de pin et les catafalques d’acier ;
ils grandissent après dans la tombe, hors de la boîte, ils ouvrent la terre comme les graines de seigle
et puis, sous le soleil et la pluie, dans l’air, dégagés,
et sans racines, ils grandissent, ils continuent à grandir.

Je m’en vais grandir avec les morts.

Je reviendrai demain avec le coursier du Vent.
Je reviendrai. Et je reviendrai grandi ! Alors vous qui êtes en train de partir
vous ne me connaîtrez pas. Mais quand nous nous croiserons
sur le pont, je vous dirai avec la main :
Adieu, percepteurs d’impôts sur le chiffre d’affaires,
centurions,
fossoyeurs !…
Allez ! à grandir, à grandir,
à la terre de nouveau…
à l’eau,
au soleil,
au Vent… au Vent…
Encore une fois au Vent !


Tania Langlais – Ma peur ne sera pas secourue


photo perso retravaillée: Bretagne 2008

photo perso retravaillée: Bretagne 2008

MA PEUR NE SERA PAS SECOURUE



ma peur ne sera pas secourue
j’ai ma belle robe rien n’y paraît
faite de toutes petites boîtes
rejetées par la mer
quand je prendrai le monde
ça fera joli

© Tania Langlais

extrait de:  » Kennedy sait de quoi je parle  »

Éditions Poètes de brousse, Montréal 2008


Max Jacob – A un filleul de quinze ans


aquarelle perso,  d'après Egon Schiele, portr  d'Erich Lederer,  Bâle  musée  d'Art

aquarelle perso,       d’après Egon Schiele,           portr d’Erich Lederer,          Bâle musée d’Art  – mars 2013

 

 

A UN FILLEUL DE QUINZE ANS.

Tu réprouves ce que je dis,
Tu parais écoeuré de moi,
Tu salues (ô torticolis) !
Et tu souris (ô quel empois)!

Tu méprises un vieux citharède
dans une enjambée de tes pneus.
Le dédain ce n’est pas une aide :
Comprendre c’est aimer un peu.

Tu te crois un très beau jeune homme,
et plus encore intelligent!
tous les romans que tu consommes
moisis, pivotent dans ton sang.

Si c’était blesser que tu souhaites…
mais non!! tu es doux et poli..
vrai Dieu, je te mettrais en boîte
et ficelé comme un colis.

Jean, ta ressemblance m’angoisse
avec mes quinze ans de jadis.
Songe à de futures disgrâces :
J’en suis le miroir aujourd’hui.

 

MAX JACOB. »derniers poèmes »


Boîte à idées – ( RC )


boîte:          Dave McCoy –          The Great Debate (1999)

 

Dans ma boîte à idées, y a tout l’temps des trucs,

L’ombre  d’un grand-duc
Je refais l’monde à l’envers, je mets de l’eau dans les vermicelles,
j’en tire deux bouts d’ficelle…

J’arrête les chutes  d’eau dans leur  élan vertical,
– pourquoi seraient-elles  verticales -?

Et y a l’homme à la  valise, sur le quai de la gare,- l’oncle et son neveu

la femme  qu’est partie  d’un au-revoir pluvieux,
Le tout  sous le regard des anges  ( je les avais convoqués) – parfait
Ca  valait l’coup d’être écrit,                                  et ben voila  c’est fait.


Maintenant y a aussi les blessures  et les  drames, qui sont au catalogue,
Je vais bien leur faire  fête,            et composer  ma chanson,en dialogues
Je reprends le manuel, je connais la musique, c’est l’coup blues du mardi soir
Qui vaut désespoir,

et puis  seaux  d’eaux;
J’vais remettre les Platters, on dansera  le slow.

T’en fais pas, ma jolie, j’ai encore plein de choses,
Dans ma boîte à idées , des crayons, et puis des roses…

 

 

RC   – 11 septembre 2012