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Oubli (2) – Susanne Derève


LE BA DANG LBD115-lotus-1953-encre-427x600

                       LE BA DANG  Lotus (1953 – encre )

 

Cendres légères

cendres du passé

de l’innocence aveugle

 

Ces richesses  que j’étreins

que j’embrasse entre veille et sommeil

sont-elles nées du rêve sans cesse formé           

et reformé

d’un bonheur qu’on s’apprête à cueillir

comme les fleurs d’un très ancien voyage

ce souvenir que j’entrelace                                         

comme un ruban entre les doigts

avec les mots que tu m’envoies

 

 

Un corps qui ploie sur l’eau

la barque  silencieuse

la main effeuille les lotus roses  

à fleur d’eau    

Sous la roche suintante 

l’écho

peut-être de ta voix que j’invente       

 

             

 Les rames glissent en ombres  grises

au-delà  du miroir

surface sans reflet que les nuages

le grain des pierres

un livre ouvert sur des images

dont je trace le cours pas à pas

 

 

 Cendres légères

Est-ce une rêverie que tu as désarmée

l’innocence solaire

que tu m’offres à mains nues                                           

que je recueille avec les vestiges

des nuits passées

 

Aurores bues

de  tendresse   de douceur

de ces mots tus 

que je t’adresse

avant qu’ils ne se figent    

 

et que tu me retournes

comme le bouquet vivace 

d’une promesse de bonheur

 


Colporteur du temps – ( RC )


peinture perso sur enveloppe – mail art – acrylique sur papier 2004

Le colporteur du temps
N’a pas sa montre à l’heure
Et a laissé se faner les fleurs
Des rendez-vous d’avant

En semant les traces à tout vent,
C’est tout un champ d’enfants
Qui grandissent en chantant
Déposés en sommeil, on les oublie souvent

Lorsque le hasard nous amène
A revenir sur nos traces
Les souvenirs reviennent,       et nous embarrassent
Le temps avait figé, – quel phénomène – !

un geste dans l’espace
La terre humide, qui fume
Le village, perdu dans la brume
Et de lointains ressentis passent

Ton sourire d’avant                           est resté le même
Dans mon souvenir;                                      il est ce défi
Que me lance encore,                         ta photographie
Les fleurs d’antan ,                                 pour ce poème

Sont encore fraîches,   et la couleur
Que n’a pas retouchée le colporteur
Du temps, qui s’est étiré,     sans toi.
Couleur du bonheur,             en papier de soie.

25-01-2012

issu de la création de Pantherspirit: le colporteur du temps


Conte soufi – La cithare du bonheur


Résultat de recherche d'images pour "cithare"

 

C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Marie-Madeleine Machet – la fête du monde


peinture :   P Bruegel le jeune

 

 

Tous les printemps aujourd’hui sont éclos
Mille ans d’espoir entr’ouvrent leurs paupières

Mille ans pour le bonheur de sèves éclatées
à la fontaine où s’épuise l’hiver,

Le jour ondoie et lustre
les vivants nouveau-nés.

La fête est commencée.

Le monde-roi danse avec la lumière
s’enivre de soleil.

Les fleurs animent leurs couleurs
les vents soufflent sur la terre
les nourritures du ciel.

Hâte-toi, c’est ton tour
pour le bonheur qui passe.

La fête est commencée pour toujours
mais toi, c’est ton instant,le seul.

 

Marie-Madeleine MACHET               « Les Fêtes du monde »(éd. Seghers)


Jean Guéhenno – l’orange de Noël


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Noël, dans mon enfance, c’était le JOUR ou on me donnait une orange et c’était un grand événement

Sous la forme de cette pomme d’or, parfaite et brillante, ]e pensais tenir dans mes mains le bonheur du monde

Je regardais ma belle orange , ma mère la tirait de son papier de soie ,

tous deux, nous en admirions la grosseur, la rondeur, l’éclat ,

]e prenais dans le buffet un de ces beaux verres a pied en cristal qu’on achetait alors dans les foires Je le renversais, le mettais à droite, au bout de la cheminée, et ma mère posait dessus la belle orange

Pendant des mois, elle nous assurait par ses belles couleurs, que le bonheur et la beauté étaient de ce monde

Quelquefois, je la palpais, Je la tâtais

II m’arrivait d’insinuer qu’elle serait bientôt mûre

— Attendons encore ! répondait ma mère,

quand nous l’aurons mangée, qu’est-ce qui nous restera ! ( )

Jean GUÉHENNO          « Changer la vie »                        (ed Grasset et Fasquelle)


Pierre Seghers – le toit s’est enfui


Hollande Island dans la baie de Chesapeake.jpg

baie de Chesapeake. Maison  aux  Pays-Bas

« Le toit s’est enfui
La pluie est entrée
De vivre en aimant
Ce fut impossible
Futile bonheur
Fut-il pris pour cible ?
Il n’en reste rien
Qu’un corps éventré. »

(extrait de « La maison des sables »)


Reina Maria Rodriguez – L’île violette


vue  bord fra  arch -0481.JPG

VIOLET ISLAND

…j’ai connu un certain homme, un homme étrange.
il gardait jour et nuit la lumière de son phare
un phare ordinaire qui n’indiquait pas grand-chose,
un petit phare pour embarcations de fortune
et peuples obscurs de pêcheurs, là, sur son île,
il échangeait avec son phare les sensations
attendant jour et nuit cette autre lumière
qui ne surveille la persécution d’aucun objet,
cette autre lumière réflexive, parcourant vers l’intérieur
la distance entre le port sûr de l’endroit
et l’œil qui voit revenir, d’en haut et transparente,
l’illusion provisoire qui s’éternise :
cette courbe de l’être tendue tout contre le phare
sans précaution ni limite, pour être ou avoir
ce qu’imparfaitement nous sommes, rien d’autre
que rêver ce qu’il veut bien rêver et être où il est
au-dessus des eaux tranquilles et éteindre tout dans le tableau
d’un jour et redevenir nouveau au petit matin
près du petit phare perdu d’Aspinwoll
sans même imaginer qu’il pourrait exister le moindre désir
ne serait-ce que celui de désirer la petite lumière qui tombe,
avec la nuit,
sur les eaux tranquilles et les sons déjà morts
de ces vagues, de jouir et souffrir, un refuge sincère.
Comme le gardien du phare d’Aspinwoll, seul sur son phare,
je me suis endormie malgré la lumière intense qui tombe
et se détache au-dessus du temps, malgré la pluie
frappant le miroir des poissons blancs,
malgré cette lumière spéciale qu’était son âme,
je me suis endormie entre le port et la lumière,
sans comprendre : je voulais, je voulais seulement
un peu plus de temps pour recommencer à apprendre,
pas sur le ressac de la commisération
où les désespérés attachent leurs mâts;
pas l’authentique bonheur de vivre sans savoir,
sans se rendre compte; pas la lumière provisoire qui s’éternise
et feint d’être
ce que nous serons
ni la peur de posséder la réalité opaque, immanente,
je ne voulais la vie qu’à cause du plaisir de mourir,
sur les eaux tranquilles,
en compagnie des poissons blancs, et j’attendais impatiente
qu’arrive encore la répétition de mon inconscient
afin que quelqu’un y trouve l’intouché, l’autre voix,
pas de cet être intermédiaire, un corps
pour mesurer les criques basses : un corps pour le viol
d’un moi impraticable :
je me suis endormie, inconséquente, dans l’imagination
de cet être différent dans la distance, suffisamment avancée
pour avoir ma propre illumination à Aspinwoll, mais
fracassée et obscurcie, comme le gardien du phare
au-dessus des eaux tranquilles
de ce qu’imparfaitement nous sommes, dans la petitesse
d’un phare qui n’indiquait pas grand-chose,
à travers la pluie chaude
et réelle de l’impossible.

(poème  extrait d’une  anthologie  de la poésie  sud-américaine)


Le semeur de bonheur – ( RC )


peinture: Piero di Cosimo - détail de Vénus, Mars & amour

peinture: Piero di Cosimo –                    détail de Vénus, Mars & amour

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

Ton regard brun me croise,

Au détour d’une page.

C’est sans doute le vent,

Qui me l’apporte,

Et feuillette le temps.

 

Les mois ont basculé vers l’automne,

Les vacanciers sont repartis,

La plage se languit,

Et l’océan , sans toi, aussi,

Son dos, aussi souple que le tien .

 

Le ciel roule ses nuages,

Ils se bousculent dans tes yeux,

Les chevaux du manège figés

Au soupir suspendu de la fête

Pour d’autres lendemains.

 

La tête nouée au ciel,

Tu t’es cachée derrière ton canotier ;

Un seul oeil m’épie…

Et même encore aujourd’hui,

Sur lui, je m’arrête.

 

L’horizon est beaucoup plus qu’une ligne,

J’en tiens une extrémité

Le vent a traversé les frontières…

Aujourd’hui est encore hier,

Et distribue fleurettes…

 

Il retient son souffle ou halète,

C’est un témoin oculaire,

Un messager sur la terre,

Un pigeon voyageur qui se déguise

Dépliant le temps à sa guise  –

 

-semeur de bonheur –

 

 

RC  –    sept 2014                ( pour F C)


Wislawa Szymborska – Contribution à la statistique


peinture: Philippe Cognée

peinture:        Philippe Cognée

 

 

 

 

Sur cent personnes :

sachant tout très bien, – cinquante deux.

Incertaines de chaque pas, – presque tout le reste.

Prêtes à aider, pourvu que cela ne dure pas longtemps, – jusqu’à quarante neuf.

Bonnes toujours car ne sachant pas faire autrement, – quatre, cinq peut-être.

Enclines à admirer sans envie, – dix-huit.

vivre dans la peur constante devant quelqu’un ou quelque chose
– soixante-dix-sept.

Avec qui on ne rigole pas, – quarante-quatre.

Douées pour le bonheur, – vingt et quelques, tout au plus.

Inoffensives une à une mais sauvages en foule, – plus de la moitié assurément.

Cruelles si les circonstances les y obligent, – il vaut mieux ne pas le savoir, même approximativement.

Echaudées craignant l’eau froide, – guère plus nombreuses que celles qui la craignent sans avoir été échaudées.

N’empruntant rien à la vie sauf les choses, – trente, j’aimerais me tromper.

Percluses, dolentes sans le moindre falot dans le noir, – quatre-vingt-trois.

Justes, – beaucoup, trente-cinq.

Mais si cette vertu s’accompagne d’un effort de compréhension, trois.

Dignes de compassion, – quatre-vingt-dix-neuf.

Mortelles, – cent sur cent,

Nombre qui pour l’instant ne change pas.

 


Aliette Audra – N’envoyez pas de lettres


 

peinture - auteur non identifié

peinture – auteur non identifié

 

N’envoyez pas de lettres

 

 

N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles

D’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille

Ou l’automne abat et dépose entre vos mains.

Je ne les recevrai jamais le lendemain,

Mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre

Et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre.

Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus,

Cependant je lirai comme si j’avais su

Les paroles que vous formulez dans votre âme

Tant vos rêves pour moi ont l’éclat de la flamme.

Choisissez les couleurs suivant le ton des jours ;

Que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,

Et d’un vert bien profond si le ciel est trop pâle.

Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle

Au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été,

Et lorsque vient Novembre, afin de refléter

Ce qu’il ensevelit et ce qu’il remémore

Veuillez me cueillir une feuille au sycomore.

(Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier,

que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)

Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose

Par hasard le bonheur, pour me dire la chose

Envoyez simplement une feuille de rose.

 

Aliette Audra

 (Paris, 1897 – Lausanne, 1962)

 


Anna Akhmatova – Rupture


photo  Gilbert Garcin:           la rupture

 

 

Rupture

Voici le rivage de la mer du Nord.

Voici la limite de nos malheurs et de nos gloires,

— Je ne comprends plus : est-ce de bonheur,

Est-ce de regret que tu pleures,

Prosterné devant moi?

Je n’ai plus besoin de condamnés,

De captifs, d’amants, d’esclaves ;

Quelqu’un que j’aime et qui soit inflexible

Partagera seul mon toit et mon pain.

Automne baigné de larmes, comme une veuve,

En vêtements noirs;   le coeur est embrumé…

Elle se remémore les mots de son époux,

Elle ne cesse de sangloter.

Il en ira ainsi tant que la neige silencieuse

N’aura pas pitié de la malheureuse lasse…

Oublier la douleur, oublier les caresses —

On donnerait pour cela plus que sa vie.

1921


Thomas Pontillo – Incantation 01


peinture: Roland Dauxois

peinture:       Roland Dauxois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’étais si près que je me perds auprès de moi,
j’ai dans mes bras les ruines du bonheur,
et les draps mon seul repos mon seul tombeau
sont vides et humides de toutes les larmes versées
en souvenir du temps qui déborde des mots.

voir ,  de Thomas Pontillo  « présence poétique »


Paul Celan – Toute la vie


photo Jerry Uelsman

photo :         Jerry N.Uelsmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les soleils des demi-sommeils sont bleus comme

tes cheveux une heure avant le jour.

Eux aussi poussent vite comme l’herbe sur la tombe d’un oiseau

Eux aussi sont attachés par le jeu, que nous jouiions comme un rêve sur les bateaux de la joie.

Aux falaises crayeuses du temps les poignards aussi les rencontrent.

les soleils des sommeils profonds sont plus bleus : comme ta boucle

ne le fut qu’une fois ;

je m’attardais comme un vent de nuit sur le sein à vendre de ta sœur

tes cheveux pendaient sur l’arbre d’en dessous, mais tu n’étais pas là.

Nous étions le monde, et toi tu étais un arbuste devant les portes.

Les soleils de la mort sont blancs comme les cheveux de notre enfant :

Il s’éleva des eaux montantes, quand tu dressas une tente sur la dune.

Il sortit le couteau du bonheur aux yeux éteints.


François Corvol – Setis


-

illustration-  à partir  d’éléments  rappelant les estampes japonaises

Setis

24 août 2012

Je me souviens d’elle allumant la nuit rouge-bleue
en tirant sur la corde
la plante des pieds sur les tuiles froides
assise sur la cheminée de grès
des chats transalpins nombreux sur ses jambes s’emmêlaient
les crayons de ne plus savoir s’ils voulaient une caresse ou le lait
du nuage de son essor ou de son corps
ou de ses cheveux parsemés de photophores je lui dit
ceci -Chaque nuit des fantômes
mille fois plus vivants retombent
de tes arceaux, je veux moi aussi
ma part de bonheur sur la Terre mon rêve mon rêve-
mais elle ne compris pas elle ne compris rien
de mon langage et d’un coup sec
tira sur la corde afin que la nuit tombe
coule
le lait.

on peut  retrouver  les  écrits  de François Corvol dans   décadences.net

 

 

 


Thomas Bernhard – Mon bout du monde


montage provenance non déterminée

 

 

MON BOUT DE MONDE
Des milliers de fois le même regard
À travers la fenêtre de mon bout de monde
Un pommier dans sa pâle verdure
Et au-dessus des milliers de bourgeons,
Ainsi appuyé au ciel,
Un ruban de nuages très étendu…
Les cris des enfants dans l’après-midi,
Comme si le monde n’était qu’enfance ;
Une voiture roule, un vieux se tient debout
Et attend que sa journée passe,
Légère, de la cheminée sur le toit,
Notre fumée suit les nuages…
Un oiseau chante, et deux et trois,
Le papillon s’envole rapidement,
Les poules mangent, les coqs chantent,
Oh oui, seuls des étrangers passent
Sous le soleil, d’année en année
Devant notre vieille maison.
Le linge flotte sur la corde
Et là-bas un homme rêve du bonheur,
Dans la cave pleure un pauvre hère,
11 ne peut plus chanter de chansons…
Il en est à peu près ainsi le jour,
Et chaque nouveau coup de cloche
Porte, mille fois, le même regard,
À travers la fenêtre de mon bout de monde..

 

 

extrait  du livre « sur la terre comme en enfer »  édition bilingue   Orphée – La différence

 


Pierre La Paix – Sublime retour


installation              : Sarah Hobbs

Sublime Retour (écho du poème « Sublime Regain »)*
par Pierre La Paix Ndamè, samedi 15 octobre 2011,

Les déserts des bonheurs oubliés,

Si larges, si veufs… si neufs !

J’ai cherché dans la nuit de l’oubli,

Des sourires tiens

Que l’absence avait emportés.

Le silence imprudent de ton départ

A balafré sur les atomes des jours

Les regrets fanés,

Les secrets profanés

Que le temps effaçait mal…

 

Mais à l’espoir tenace de te revoir,

Mon cœur a cru.

Et au clair des lunes sans toi,

J’ai souvent chanté le refrain

Unique qui finissait nos serments.

Fou, j’ai rédigé

«Dans le murmure de toi »

Le psaume accompli

Qui confirmait l’adieu douloureux.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts

Dis-tu ?

Mais celle de mes yeux réclame encore

Le frou-frou de tes joues câlines

A l’insu des muets matins,

L’aube toute affolée de toi

T’a ramenée revivre

Le printemps heureux

Qui nous manquait tous deux.

Tremblants sous l’effet du retour,

Refusant d’accepter l’impossible

Nous avons redessiné Cupidon

Avec les doigts d’Aphrodite

Et sa flèche sans douleur nous a piqués.

Reste avec moi cette nuit…

Reste avec moi cette vie…

Pierre La Paix

 

Profondes clameurs 2011

* vous pouvez retrouver « sublime regain » à ce lien 

http://www.facebook.com/note.php?note_id=255307977835321

 


Cribas – Brûlure indigeste


peinture : Antoni Tapiès – sans titre

Brûlure indigeste ou Impitoyable farniente

Cribas 2010Lien permanent

Il y a le temps qui s’arrête

La télévision

Les Monk et autres merveilles

Les histoires secrètes

Un peu de musique

Parfois un livre

Pas trop près des yeux.

Deux mois sans vivre à l’extérieur

Et mon fort intérieur

Agrandit ses remparts :

Ces petits riens nulle part

Avides de bonheur.

Il y a la mélancolie

Cette sournoise silencieuse

Se prêtant au jeu, rieuse,

De l’âme tout contre sa folie.

Il y a enfin la vie

L’invisible

Celle qui est toujours en fuite

Celle qui gicle.

Il y a le temps à terre

En noir

Et blanc vers les cieux

Entre les deux

Ça fait plutôt pissotières.

La fatigue use

Et la terre tourne

Encore et toujours autour des fusées

Séjourne le soleil sans ruse.

Il faut se battre

Comme la lumière au travers des volets,

En frappant fort

Sur son corps déjà violet.

Un peu de vin

De la musique

Beaucoup de musique

Autant de vin

Je bats l’enfer lorsqu’il est froid

Je prévoirai demain.

Cribas   Par Cribas le samedi 17 juillet 2010.2010


Papillon ( RC)


Au bonheur  éphémère

Le papillon s’est envolé

Il a laissé aux vents, à l’amer

Sa chrysalide, abandonnée..

 

 

RC      22 octobre 2011

 

 

Auquel je joins une  « variation libre »

mais assez proche  tout de même…

 

du texte  de la chanson de Jimi Hendrix   « Little Wing », dont j’ai  trouvé  une belle  version acoustique… je  recommande aussi celle  du bassiste  Jonas Hellborg, qui figure  dans son  album  « elegant punk »…

 

Vole, petite aile…

Marchant au travers des nuages

Avec l’esprit fantasque

Qui librement. Court avec

Papillons, zèbres et rayons de lune

Des contes de fée

 

Il est une  seule  chose à laquelle elle pense…

C’est chevaucher le vent

Quand je suis triste, elle vient vers moi

Qu’avec mille sourires elle me donne gracieusement

Tout va bien, elle me dit,

Tout va pour le mieux

Prends de moi, tout ce que tu veux tout

Et

Vole, petite aile

 

 


Ulysse – Ode à ma plume


grille          de style  » art nouveau  »        à Nancy

Ulysse nous fait partager  sa « plume »,  c’est le cas  de le dire, avec le titre  choisi…

il participe  au forum  « En Attendant la fin du monde »,  c’est là que je l’ai  « repêché »

 

 

Ode à ma plume

Je confierai ma plume à la foudre et aux vents,
Aux furieuses tempêtes, aux fauves tremblements.
Je la veux souveraine, insolente et fantasque,
Insensible à la haine, sans faiblesse, sans masque.
Je la veux intrépide, courageuse et libre
Ecrivant sans ambages mon ivresse de vivre.
Quand les vents des passions se seront apaisés
Ma plume cheminera aux sentiers irisés
Des tendresses du soir entre des bras fragiles
Quand la force est vaincue par un battement de cils.
Elle se fera pinceau aux encres de couleurs
Traçant sur le papier les signes du bonheur.
Elle glissera ses mots au milieu de silences
Quand il faudra se taire devant une souffrance.
Je la veux enjouée, folle, primesautière
Sautant dans les ruisseaux, remontant les rivières
Tirant du fond de l’ombre, des perles, des diamants
Accrochant à ses lignes de jolis cerfs volants.
Je dirai à ma plume d’écrire des poèmes
Sur tous les vagabonds et leur vie de bohème
Sur les cris des enfants à la récréation
Sur les mots des amants au feu de la passion.
Et lorsque fumera mon dernier feu de bois
Elle inscrira encore aux branches d’une croix
« Pardonnez lui, Seigneur, d’avoir pris du plaisir »
« Aux rimes polissonnes.., il aimait trop écrire !»

Ulysse 2 février 2012


Ahmed Mehaoudi – Où ira le soir ?


Ahmed Mehaoudi, poète algérien – dont  j‘avais déjà publié  » A ce désert », est l’auteur  d’autres  productions  intéressantes  qu’il nous donne à lire  et dont je fais l’écho ici  de  son « où ira le soir »

 

création perso info –

 

où ira ce soir

d’avoir si peu appris à comprendre les départs

de ces nids autrefois silencieux à la saison de paix

si peu vu dans le ciel ces éclairs de feu attendrir tes yeux

comme chercher dans les rêves l’insensé désir de se réveiller

où iras-tu ce soir

d’avoir déjà perdu le fil du chemin

la porte par où entre ton bonheur

si peu écouter que la nuit est parti loin

et toi

dors à l’endroit où ce soir tu apprendras

à regarder le jour

là se fait les mots …

 

repro: Edward Munch

 

 

 

 

 

 

 

 


Jean Sénac – chardon de douleur


peinture :          Jim Hodges

Au fond de chaque amour des cancrelats sommeillent.
Sont-ce des cancrelats, mon coeur, ou des abeilles ?
Et lentement, tandis qu’en amande les yeux
S’éternisent, dans le désir, le bruit soigneux
De la noire légion dévore nos oreilles.

Rien n’y fait, nos soupirs ni nos gémissements
Ni le lin délirant dont nous vêtons nos contes,
Rien, et quand la beauté nous attache et nous ment
Les cancrelats sont là qui nous troublent et montent
Avec notre bonheur et son double, la honte.[…]

Si chanter mon amour c’est aimer ma patrie,
Je suis un combattant qui ne se renie pas.
Je porte au coeur son nom comme un bouquet d’orties,
Je partage son lit et marche de son pas.

Sur les plages l’été camoufle la misère,
Et tant d’estomacs creux que le soleil bronza
Dans la ville le soir entrelace au lierre
Le chardon de douleur, cet unique repas. […]


Louis Remacle – Bonheur


peinture: la maison rose.. peinture de 1907 - .Camoin -Manguin, Cézanne ? ( à vous de décider) - - par la même occasion,- vous pourrez, comme moi répondre au quizz artistique du site http://www.quizz.biz/quizz-243336.html

Bonheur
La vivante étoile des autres jours
Avait glissé de ma fenêtre.
L’ombre, comme une lourde brume,
Avait endormi mes paupières.
Et voici des voix, des jeunes voix,
Des voix claires comme des sonnailles,
Qui se sont élevées et qui m’ont chanté
Tout le bonheur attendu de la veille.
Et j’ai pénétré, tout doucement,
Dans la vieille maison aux larges portes.
Mais soudain je ne les ai plus entendues,
Et les murs étaient blancs de clarté.
—-
Une petite exploration de la maison de la poésie  de Wallonie  -Bruxelles,   permet de découvrir

beaucoup  d’auteurs  méconnus,

La maison  rose,  étant, d’autre part  le titre  d’un roman superbement  écrit  , de Pierre  Bergounioux  (une  des grandes plumes  d’aujourd’hui)…


Gerard de Nerval – Point noir


 

 

 

 

Le point noir

Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.
Ainsi tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.
Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !
Quoi, toujours? Entre moi sans cesse et le bonheur!
Oh !  c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur! –
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.


Edith Södergran – je vis un arbre


Terre a ciel, présente  des auteurs  peu connus , mais  de qualité,  dont  je fais  l’écho ici avec Edith Södergran  auteure  finlandaise  du début  du XXè siècle.

 

(Finlande, 1892-1923)


 

Source


Jag såg ett träd…
Jag såg ett träd som var större än alla
andra
och hängde fullt av oåtkomliga kottar ;
jag såg en stor kyrka med öppna
dörrar
och alla som kommo ut voro bleka och
starka
och färdiga att dö ;
jag såg en kvinna som leende och
sminkad
kastade tärning om sin lycka
och såg att hon förlorade.
En krets var dragen kring dessa ting
den ingen överträder.


Je vis un arbre…
Je vis un arbre qui était plus haut que
tous les autres
et qui était lourd de fruits inaccessibles ;
je vis une cathédrale aux portes ouvertes
et tous ceux qui sortaient étaient pâles
et forts
et prêts à mourir ;
je vis une femme qui, souriante
et maquillée
jouait son bonheur aux dés
et je vis qu’elle perdait.
Un cercle était tracé autour de ces choses
que personne ne franchit.

Jean-Pierre Siméon – Fulguration


   » un caillou c’est une mémoire qui dure

 

mais une mémoire par bonheur muette

 

que par bonheur on ne peut pas ouvrir « 

 

 

 

et  du même  auteur,  toujours  au sujet des cailloux;

 

deux ou trois choses encore avant que
je te donne la seule chose que je puisse
un nom ça a une mémoire ça
traîne une histoire ça a
le vent peut être il
n’y a rien à comprendre
faut être dedans c’est tout l’entendre
de dedans et quand il s’arrête
le coeur s’arrête avec c’est
je n’ai rien trouvé mieux pour que tu saches
un caillou c’est une mémoire qui dure
que par bonheur on ne peut pas ouvrir
et c’est un chose si légère un caillou
il s’est caché dans les trains il a
comme moi comme tous ce sera semblant
Belette ma Belette je te laisse
je reste le caillou il n’y a rien à comprendre
je reste ce caillou près de toi ce caillou .