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Arthemisia – le néant blanc


Giorgio_Morandi_-_Natura_morta_-_1956

 

                  Peinture: G Morandi  1956
Je ne suis plus  dans l’avant, le pendant ou même l’après.
Je fraternise avec les objets, m’accroche au pinceau qui colore ma joue, me liquéfie dans l’alcool qui chauffe mes veines, me laisse pénétrer par la musique qui m’ensorcelle, et m’enroule autour de l’oreiller qui me câline.
Je suis posée, plantée dans ma terre rouge et humide. Je ne bouge plus. Rien ne bouge.
Le silence frémit dans les branches du laurier. C’est lui le vainqueur.
 
Amour, je ne suis plus dans ton temps.
Où suis-je ?
Dans un néant blanc.
 
Amour, j’étais si bien hier dans ta bouche.
 
Copyright © Arthémisia- janvier 2008
Cet article  est extrait du blog  d’Arthemisia.

Serge Pey – C’était une fois, c’était toujours.


peinture: peinture en trompe-l'oeil sur une porte... Oeuvre visible au château de Chatsworth,  Angleterre

——————————————                                               peinture en trompe-l’oeil sur une porte…                                              Oeuvre visible au château de Chatsworth, Angleterre

 

 

 

 

 

C’était une fois, c’était toujours.

 

La poésie n’est pas
une solution

Aucune solution
n’est une poésie

Une pierre n’est pas
un phénomène optique

Aucun phénomène optique
n’est une pierre

Une chaise n’est pas
un homme assis

Aucun homme assis
n’est une chaise

Ce cerisier n’est pas
un arbre

Aucun arbre
n’est un cerisier

La neige n’est pas
une lumière

Aucune lumière
n’est une neige

La poésie n’est pas
une solution

Aucune solution
n’est une poésie

En chantant
on découpe sans bouger
les lèvres de ce qui nous embrasse
car nous avons faim
d’avoir faim
et nous vengeons notre bouche
d’avoir été mangée

A force de regarder le ciel
nous faisons boiter
l’infini
qui ne s’arrête pas de marcher
comme un mendiant aveugle
La nuit lui donne parfois
sans nous
la monnaie d’une étoile

La beauté qui se perd
nous aime toujours
de nous
avoir perdu

Serge Pey

 


Bassam Hajjar- une autre femme- Un autre homme


gravure: Edv Munch   1896

gravure: Edv Munch 1896

 

 

UNE AUTRE FEMME

Elle vient
pas pour s’approcher.

Nous entamons chaque journée en nous séparant
elle, je ne sais vers où
et moi pour préparer la séparation du jour suivant.

Comme si sa bouche était lointaine
et son corps, plus que je n’en supporte
plus que je ne peux.

Elle dort
pour que je voie

pour que je ferme la porte derrière moi.

A Hassan Daoud.

————-

UN AUTRE HOMME

Est-ce que tout est en train de finir ?
Ils laissent les verres et les sièges
et je reste ici tout seul
pour éteindre la lumière et dormir.

Ne se pourrait-il pas qu’ils soient derrière les portes
ou les rideaux
à attendre ?
Et que, après que j’aurai fermé les yeux,
la nuit commence en mon absence ?

 

Ces textes sont extraits  de  « Tu me survivras »

 


Cribas – Sur la colline du 24ème siècle


peinture: Philip Guston

peinture:        Philip Guston  – Outskirts

Sur la colline du 24ème siècle

Cribas

Le soleil monte sur la colline encore un peu rouge

Je sais que tout à l’heure

Mon ombre y dessinera à nouveau son tombeau

J’étais parti sans partir

Je reviens sans revenir

Mais je dois rejoindre les rayons brûlants de son halo

Je dois retrouver mon chemin qui a rencontré le chaos

Je dois retourner au bord du précipice

Tout au bord de ma voie suspendue

Je reviens là où continue le vide

Où s’est arrêtée la folie

Inerte et vaincue.

 

On en fait des détours et des tours

Avec ou sans aide on refait le grand tour

Mais on revient toujours sur le lieu du crime

Un lac, un parking, un souvenir

L’amour en morse gueule depuis l’antenne de secours

On revient toujours, après mille lieues, mille heures du même parcours

On revient effondré

Haletant et déjà à nouveau assoiffé

On revient une fois encore

Comme toujours

Sur la ligne de départ de ses amours dopées

On revient comme un cheveu blanc, gavé du gras des années de grisailles, un écheveau sans projets sur le fil du rasoir

Avec des mots, et dans sa bouche ses propres yeux,

Et dans sa poche

Des oreilles pleines de guerres

Comme des prières secrètes qu’on ne peut plus taire

Des sourdines qui tombent comme un cheval mort sur la soupe

 

Avec un os rongé jusqu’à la moelle dans la gueule, et un reste de tord-boyau somnifère qui n’a pas servi

On fait mine

En posant un genou à terre dans les starting-blocks

D’être déjà prêt,

C’est reparti pour un tour, une course dans la nuit sous la lune étoilée

Avec en point de mire une vie de moins en moins murgée

Sobre et contemplant la grande ourse

Comme inerte et vaincue

Et de calme gorgée.

 

La colline vire au bleu

Je sais que tout à l’heure

Je l’aurai entièrement remontée

Ma petite vie en retard

Mon existence d’esthète à remontrances automatiques

 
Cribas 07.07.2013

 


Alain Borne – Mes lèvres ne peuvent plus s’ouvrir que pour dire ton nom


 

 

 

carte   traité  d'astrologie  bartolome  madrid

carte         traité d’astrologie bartolome madrid

 

 

Mes lèvres ne peuvent plus s’ouvrir

que pour dire ton nom

baiser ta bouche

te devenir en te cherchant.

Tu es au bout de chacun de mes mots

tu les emplis, les brûles, les vides.

Te voici en eux

tu es ma salive et ma bouche

et mon silence même est crispé de toi.

Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l’aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils.

Alain Borne

 


Jorge de Sena – Je sais le sel …


photo Anna Bodnar

photo Anna Bodnar

Je sais le sel de ta peau sèche
Depuis que l’été s’est fait hiver
De la chair au repos dans la sueur nocturne.

Je sais le sel du lait que nous avons bu
Quand nous bouches les lèvres se resserraient
Et que notre cœur battait dans notre sexe.

Je sais le sel de tes cheveux noirs
Ou blonds ou gris qui s’enroulent
Dans ce sommeil aux reflets bleutés.

Je sais le sel qui reste dans mes mains
Comme sur les plages reste le parfum
Quand la marée descendue se retire.

Je sais le sel de ta bouche, le sel
De ta langue, les sel de tes seins,
Et celui de ta taille quand elle se fait hanche.

Tout ce sel je sais qu’il n’est que de toi,
Ou de moi en toi ou de toi en moi,
Poudre cristalline d’amants enlacés.

 

Conheço o sal

Conheço o sal da tua pele seca
Depois que o estio se volveu inverno
De carne repousada em suor nocturno.

Conheço o sal do leite que bebemos
Quando das bocas se estreitavam lábios
E o coração no sexo palpitava.

Conheço o sal dos teus cabelos negros
Os louros ou cinzentos que se enrolam
Neste dormir de brilhos azulados.

Conheço o sal que resta em minhas mãos
Como nas praias o perfume fica
Quando a maré desceu e se retrai.

Conheço o sal da tua boca, o sal
Da tua língua, o sal de teus mamilos,
E o da cintura se encurvando de ancas.

A todo o sal conheço que é só teu,
Ou é de mim em ti, ou é de ti em mim,
Um cristalino pó de amantes enlaçados.

 

Jorge de Sena

– quelques uns de ses poèmes 

en langue portugaise:


Renée Vivien – Chanson à la femme aimée


Dessin:   Tom Wesselman :    Monica

Chanson

Comment oublier le pli lourd
De tes belles hanches sereines,
L’ivoire de la chair où court
Un frémissement bleu de veines ?

N’as-tu pas senti qu’un moment,
Ivre de ses angoisses vaines,
Mon âme allait éperdument
Vers tes chères lèvres lointaines ?

Et comment jamais retrouver
L’identique extase farouche,
T’oublier, revivre et rêver
Comme j’ai rêvé sur ta bouche ?

 

(Études et préludes, 1901)

Avec une autre oeuvre de T Wesselman, directement liée aux odalisques de Matisse


Thomas Pontillo – ce qu’a dit la beauté


peinture:  Andrew Wyeth,  de la suite "Helga"  aquarelle

peinture:             Andrew Wyeth,           de la suite    « Helga »        aquarelle

 

 

 

extrait final de    » ce  qu’a  dit la beauté »

 

 

Les étoiles s’attardent, la chambre
respire dans la chaleur
d’un été nocturne,
tu te réveilles, le lit défait
nos rêves et nos vies.
Tu soulèves le poids de ton corps comblé d’images
et parle à mon visage
puis mon regard, puis ma bouche
et enfin dis ces mot de pudeur :
que la beauté à jamais perdure dans nos mains…

 

 

par rapport  à Andrew Wyeth,  on peut  également  parcourir  ce texte  perso

 


Alain Helissen – Hygiène – 08027810 (+6)


peinture  : travail de collégien ( 5è)  thème  "chez le dentiste"

peinture :         travail de collégien ( 5è)          thème « chez le dentiste »

—————–
 
chapitre densité comme « une écriture dense »
compliment touffu vous aimez les hommages qui
vous sont dus pots-de-fleurs parfumées âme et
conscience telles sont les deux mamelles de
votre personnalité grand écran blessure dans la
bouche là où le dentiste m’avait extrait une
énorme dent dite de sagesse il n’était plus
qu’une cavité ensanglantée – le sang se mélan-
geait à la salive – deux fois dans la journée
je prenais un bain de bouche des pilules aussi
contre la douleur ne pas administrer en dessous
de douze ans mon coefficient de mastication ne
s’en trouvait pas considérablement réduit puis-
que me disait le chirurgien dentiste les dents
de sagesse n’aident pas à la mastication (un
trou quand même dans l’arrière bouche…)
AlainHelissen passages-ex-6

Abats-moi ( RC )


D’après une partie  du texte  de la chanson de Nick Cave  « Shoot me down »

photo Mathew Rolston

– 

Je peux entendre l’herbe pousser

Et sentir la marée monter
Je peux ressentir la fonte des neiges

Et suspendre dans leur vol,  les flocons
Je peux sentir ton souffle contre mon oreille

Et voyager, vermeil à l’idée d’un soleil

Je pourrais tout simplement disparaître
Et me dissoudre  derrière un écran de vapeur
Qu’en dis-tu   ?  ça ne serait pas mal ?

Mais, en te regardant dans les yeux
Je sens, à ton sourire figé
Que tu vas mettre fin à l’histoire


Et m’envoyer dans les flammes
A m’imposer ta vengeance glacée

Me faire dégringoler par terre
Dans un tonnerre de feu…

Au troisième coup,         j’aurai cessé

D’écouter la bouche froide de ton arme.

 

Et serai rendu au sol.

RC  18 avril 2012


Olivier Bourdelier – Les jours


101-IMG_8261
photo Yannick LeGoff
Les jours sont courts
j’ai mis dedans
ce que j’ai pu de joie
 
les jours rallongent ma bouche
les traits de mon visage tombent
mes amis ont marché pendant que je dormais
 
les jours sont courts
oh mets dedans
ce que tu peux de joie.

Laura – Prélude, comme une attente


dessin: Aloïse, musée de Lausanne

J’ai entendu le mot prélude,

c’est comme une attente,

un prélude à la nuit,

un prélude à l’aurore,

mais comme je ne suis pas sûr,

je préfère m’arrêter là.

 

Un alphabet de saveurs,

il faudrait donc les classer et pourquoi ?

Toutes les saveurs, comme tous

les malheurs et tous les bonheurs

n’ont pas d’alphabet.

 

Tout est mélangé, une larme de cannelle,

un piment de douleur.

On goûte à tout, café torréfié pour

se réveiller et pièces montées

pour les mariés.

 

Ne vous embêtez pas surtout

pour faire cet alphabet de saveurs,

elles viennent à notre bouche

et vous les reconnaissez sans erreur.

Laura

La personne qui a écrit ceci l’a  fait à travers un atelier d’écriture  organisé  dans un hôpital psychiatrique, et publié  dans  « mots de passe  »  (  ville de Martigues)


Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin


peinture             Petite Lap   de Cat Painting

METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN

Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?

Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.

Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil

aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.

Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?

Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.

Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.

Mets une lueur de la couleur de ton choix

pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.

N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme

comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.

Habitons-nous dans la petite boîte

que tu meubles avec des bouts de papier

des allumettes et des cuillers ?

Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,

pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.

Puis tu fermes la porte,

tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme

et la femme qu’elle est une femme,

ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble

chacun tout seul,

vers une obscurité redoutable.

Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte

et de t’entendre courir

et jubiler derrière la porte.

(Paris, fin décembre 1986)

extrait  de  « tu me survivras »   Actes/sud


Lory Bedikian – Par delà la bouche


Lory Bedikian: Beyond the mouth

Click here for the audio clip Beyond the mouth read by the author Lory Bedikian.

On the back of every tongue in my family
there is a dove that lives and dies.

At night when my aunts and uncles sleep
the birds comb their feathers, sharpen beaks.

They are carriers, not only of the olive
branch, but the rest of our histories too.

As from the ark, we came in twos
with tired eyes from Lebanon, Syria,

the outskirts of Armenia and anywhere
where safety said its final prayers and died.

Like every simile ever written, the doves
or our tongues are tired and misread.

Dinners begin with mounds of bread, piled
dialogues between the older men.

Near our dark throats, the quiet
birds lurk to watch meals descend,

take phrases that didn’t reach
the truth and spin them into nests.

Now and then, we spit them out in shapes
of seeds, olive pits, or spines of fish.

The men never watch what enters past
the teeth, what leaves their moving lips,

and the doves know this. The women shut
their mouths when they don’t approve

of the squawking laughs. There is a saying
(or at least there should be) that if one doesn’t

believe what is said or true, they can ask
the dove on the back of the tongue

and it will chirp the ugliness or the pitted
truth, of how we choke on what we hide.

“Beyond the mouth” was first published in Timberline.

 

—————-

Par delà la bouche

Derrière chaque langue dans ma famille
Il y a une colombe qui vit et meurt.

La nuit, lorsque dorment mes oncles et tantes
Les oiseaux lissent leurs pennes, aiguisent leurs becs.

Les messagers, non seulement du rameau
D’olivier, mais aussi de ce qui reste de nos histoires.

Telle cette arche, où à deux nous sommes venus
Les yeux las, du Liban, de Syrie,

Des lointaines contrées d’Arménie et partout
Où la sécurité a dit ses dernières prières et a disparu.

Comme toute comparaison déjà écrite, les colombes
ou nos langues sont lasses et faussées.

Les dîners commencent par des monceaux de pain, des piles
De dialogues qu’échangent les anciens.

Près de nos gorges sombres, en silence
Les oiseaux sont tapis pour voir tomber la nourriture,

S’emparer des expressions hors d’atteinte de
La vérité, les tissant pour en faire des nids.

De temps à autre, nous les crachons en forme
De graines, de noyaux d’olives ou d’arêtes de poisson.

Les hommes ne voient jamais ce qui passe au-delà
Des dents, ce qui s’éloigne de leurs lèvres mouvantes,

Et les colombes savent cela. Les femmes ferment
La bouche lorsqu’elles désapprouvent

Les rires braillards. Un dicton
(du moins, il devrait exister) dit que si l’on ne

croit pas ce qui est dit ou vrai, ils peuvent demander
à la colombe derrière la langue

alors elle gazouillera la laideur ou la vérité
trouée, comment nous étouffons ce que nous cachons.

 


Songe en tourbillons ( RC )


Sculptures –       Marina Abakanowicz  – Chicago

 

Songe en tourbillons,

Comment extirper de sa gorge

La brûlure  du chagrin,

Et parcourir on le sait,

Seul encore,

La traversée du désert,

Où rien n’est dit de demain..

 

Il est une bouche béante

Qui boit la conscience

Et qui nous questionne

Nous dit

Que la joie s’est éteinte

Que le chemin n’est plus là

Et qu’on s’est perdu

 

Au milieu de nulle part.

On ne reconnait plus

Dans les humains

Que des statues debout

Sans regard, ombres

Marchant, courbées

Vers leur destin.

 

Ils semblent savoir

Où portent leur pas

Peut-être suivent,

Ou cherchent , leur étoile.

Moi je n’en ai pas,

Et je reste , immobile

Dans le temps arrêté.

 

RC  – 18 janvier 2013

 

 


François Corvol – vivre comme tu vis


 

photo perso,  base argentique modifiée par mes soins

photo perso, base argentique modifiée par mes soins

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vivre comme tu vis. ivre de vivre. dans ton périmètre. dans ta voix. ce timbre ici-bas. dans ta bouche. dans le creux. bleu. noir. le cadran solaire. cousu de fil d’or. avec les chats. dans le ciel. ouvert dans le pôle. dans le manteau blanc. le tableau. la main du maître. pour l’enchantement. la minute. sur le bord de l’eau. saturne. pour la tiédeur. sans mouvements. écoulée. par le hublot. les heures. le temps. que le sortilège. dans la vase. et la fumée. ton portrait. sur la page. parmi les oiseaux. tour à tour. replongent. les bêtes. à cent lieux. après que la lave. avec l’orage. coula. recousu. une meute. le piano. à la forme de ton oeil. ouvert. attrapé. bruissement d’insecte. pelé. dans les os. pour la nuit. sur le dos. souvenir. abrité. tendu. parole de nerfs. en-dessous. la peau. figurine. où le rêve. contigu. se ressource. surpris. loin de la chambre. achevé. sitôt formé. en fumée. inconnu. déjà. imagine. un instant. a duré. par la fenêtre. le rideau. mouvant. invité. silencieux. persistances. par petits bouts. son histoire. obstinée. remuer. son corps. le poids. sur la terre. un moment. encore. et marcher. avec la musique. et les crampes. les pas. un à un. sur la mer. gelée. diurne. ivre. vivre comme tu.


Paul Valery – tais-toi


Peinture: Mark Tobey - Musée Guggenheim  NYC

Peinture: Mark Tobey – Musée Guggenheim NYC

Voilà un excellent titre..
un excellent Tout..
Mieux qu’une « oeuvre »..
Et pourtant – une oeuvre- « car »
si tu énumères – chacun des cas
où la forme ou le mouvement
d’une parole, comme une onde,
se soulèvent, se dessinent –


A partir d’une sensation,
d’une surprise, d’un souvenir,
d’une présence ou d’une lacune, ..
d’un bien, d’un mal – d’un rien et de Tout,
Et que tu observes, et que tu cherches,
que tu ressentes; que tu mesures
l’obstacle à mettre à cette puissance,
le poids du poids à mettre sur ta langue
et l’effort du frein de ta volonté,
Tu connaitras sagesse et puissance
et Te Taire sera plus beau
que l’armée de souris et que les ruisseaux de perles
dont prodigue est la bouche des hommes

Paul Valéry (1871-1945)Mélange (1939)


Louis Aragon – tant que j’aurai le pouvoir de frémir


peinture           Patricia Watwood:                Flora

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tant que j’aurai le pouvoir de frémir

Et sentirai le souffle de la vie

Jusqu’en sa menace

Tant que le mal m’astreindra de gémir

Tant que j’aurai mon cœur et ma folie

Ma vieille carcasse

 

Tant que j’aurai le froid et la sueur

Tant que ma main l’essuiera sur mon front

Comme du salpêtre

Tant que mes yeux suivront une lueur

Tant que mes pieds meurtris ne porteront

Jusqu’à la fenêtre

 

Quand ma nuit serait un long cauchemar

L’angoisse du jour sans rémission

Même une seconde

Avec la douleur pour seul étendard

Sans rien espérer les désertions

Ni la fin du monde

 

Quand je ne pourrais veiller ni dormir

Ni battre les murs quand je ne pourrais

Plus être moi-même

Penser ni rêver ni me souvenir

Ni départager la peur du regret

Les mots du blasphème

 

Ni battre les murs ni rompre ma tête

Ni briser mes bras ni crever les cieux

Que cela finisse

Que l’homme triomphe enfin de la bête

Que l’âme à jamais survivre à ses yeux

Et le cri jaillisse

 

Je resterai le sujet du bonheur

Se consumer pour la flamme au brasier

C’est l’apothéose

Je resterai fidèle à mon seigneur

La rose naît du mal qu’a le rosier

Mais elle est la rose

 

Déchirez ma chair partagez mon corps

Qu’y verrez-vous sinon le paradis

Elsa ma lumière

Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore

Comme un jeune monde encore au lundi

Sa douceur première

 

Fouillez fouillez bien le fond des blessures

Disséquez les nerfs et craquez les os

Comme des noix tendres

Une seule chose une seule chose est sûre

Comme l’eau profonde au pied des roseaux

Le feu sous la cendre

 

Vous y trouverez le bonheur du jour

Le parfum nouveau des premiers lilas

La source et la rive

Vous y trouverez Elsa mon amour

Vous y trouverez son air et sont pas

Elsa mon eau vive

 

Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs

Vous retrouverez dans mon chant sa voix

Ses yeux dans mes veines

Et tout l’avenir de l’homme et des fleurs

Toute la tendresse et toute la joie

Et toutes les peines

 

Tout ce qui confond d’un même soupir

Plaisir et douleur aux doigts des amants

Comme dans leur bouche

Et qui fait pareil au tourment le pire

C’est chose en eux cet étonnement

Quand l’autre vous touche

 

Égrenez le fruit la grenade mûre

Égrenez ce cœur à la fin calmé

De toute ses plaintes

Il n’en restera qu’un nom sur le mur

Et sous le portrait de la bien-aimée

Mes paroles peintes

peinture:          Patricia Watwood  –          le  rêve  de l’amant du poète

Le roman inachevé,

Poésie / Gallimard.


Lambert Savigneux – Trace du rêve


illustration: Jamie Baldridge

Trace du rêve

e                     muet
s’efface                  l’ourlet

articulation inusitée                  ces sons en disent long
qui entend                                       le vent
qui entend                                       l’inaudible sous les branches des voyages
ploie                                              la masse se fait sentir

sont-ce consonnes                      cette alliance             ce lien

nécessaire pesanteur                             arrime

les masses dans le mot                          écrase                               rythme l’air

sinusoïdale                      longe  sans fin la bave de  la chenille                  empilement                    cataracte des anneaux

l’homme immergé saisit des bribes et articule                se remémore

forme dans la bouche l’aspect fulgurant du monde       ce qu’il en sait

mouche               termite                     abeille          points de repère et traces              voyance                 le  journal du Rêve est la mémoire de l’infini                             que le geste termine                                   reprend                                 atermoiement du vivre

goutte sur le sable                                      temps                         que la bouche expulse                                  que cueille la main


Jorge Luis Borgès – Tankas


 

 

 

 

 

peinture:    Max Beckman:   le rêve du soldat        1942

Tankas
.
.
1
.
En haut sur la cime
Le jardin entier est lune,
Lune d’or.
Plus précieux le frôlement
De ta bouche dans l’ombre
.
2
.
La voix de l’oiseau
Que la pénombre recouvre
On ne l’entend plus.
Tu marches dans ton jardin
Quelque chose, oui, te manque.
.
3
.
La coupe d’un autre,
L’épée qui fut une épée
Dans une autre main,
La lune de cette rue,
Dis-moi, n’est-ce pas assez ?
.
4
.
Il est sous la lune
Le tigre fait d’or et d’ombre
Il fixe ses griffes
Il ne sait pas qu’au matin
Elles ont tué un homme.
.
5
.
Triste cette pluie
Qui sur le marbre s’égoutte,
Triste d’être terre.
Triste, n’être pas les jours
De l’homme, le rêve, l’aube.
.
6
.
N’être pas tombé
Comme d’autres de ma race,
Au champ de bataille.
Être dans la vaine nuit
Seul à compter les syllabes.
.
.


Oslo Deauville Ailleurs mathématiques – 2 voix


photo-               Michaël David André

 

 

 

Oslo Deauville          Ailleurs mathématiques – 2 voix

Cette bouche (close):
un son (antérieur) peut-être.

Sur cette pente,
sur ces mains,
un corps dans un temps qui se meurt.

Il coule dans l’interstice de nos visions,
exulte de lenteur.

(Problème)

Sachant que nous sommes ici,
(si)tue moi dans cet espace aux prismes (in)définis,

à la croisée des champs audibles.
(Démonstration)      le v(i)oleur ne veut plus de moi.

Un corps (en dé)coule, une inclinaison.
Il (dé)laisse ma personne vidée de tout bruit,
sur cette pente, ailleurs.

(Réponse)

Je suis ailleurs

publié par le collectif dixit:


Chaudes embrassades ( RC )


 

 

 

 

photo: Alanah Collier

Aux chaudes embrassades

Les bras  élastiques,

Un corps  qui bat la chamade

 

S’enroule  tout en rythme

Et puis, quand il se penche

Participe à l’écriture…

 

L’espace ondule des hanches,

Mots rayés et mouchetures,

Justifie, s’il le faut, la tendresse

 

Par une  danse improvisée….

Défaite, la chevelure, retenue en tresses,

Vous pouvez vous manifester par un baiser

 

Au coin d’une page pliée…

Trace de rouge ,sur la joue  déposée,

De l’étage, franchir le palier,

 

Quelques phrases bien dosées…

Finis les propos mièvres,

Tu n’as  qu’à ouvrir la bouche,

 

Donner du corps  à tes lèvres,

Un emportement farouche,

—  Et s ‘il faut qu’on se grise

 

Laisse toi donc approcher

Suivant les préceptes  de l’église,

De l’originel empêcher,

 

Distinguant les parties nobles et dignes,

D’autres, à faire des envieux.

En suivant les  consignes

Approuvées par Dieu

 

Mais en revenant sur la terre,

On peut s’en remettre à Saint Fouquin,

Pour soupeser les commentaires,

– (  dont on ressort un bouquin )

 

….  tu peux  toujours le lire …

» Peccato non Farlo » est le thème

Le conseil,  serait d’agir,

Sans  recourir à l’anathème,

 

Encourager les  fidèles,

Et aussi favoriser l’éclosion….

A couronner leur  zèle,

Avec bénédiction.

 

Il faut encourager la natalité

Si l’on reste alité

Et que les  sexes se rencontrent…

–  ( tu veux  que je te montre  ? )

 

Ainsi jaillissent les  étincelles

Entre les amants ravis…

Seront bientôt parents

D’enfants en ribambelle

 

Nouveaux papas et mamans

Se transmettent le flambeau de la vie…

C’est un cadeau de prix,

 

Et celui-ci,   selon le prêtre,  en reste honnête

Au père, le fils  (  et le  Saint-Esprit )

…  s’il faut repeupler la planète….

 

 

RC  – 6 novembre 2012

 

PS: Peccato non farlo  se réfère  à un article  publié  dans  courrier international,  que l’on peut lire  à cette  adresse:  http://www.courrierinternational.com/article/2005/02/10/allez-et-multipliez-vous

 


Walt Whitman – Chant de moi-même


 

 

 

 

Chant de moi-même (extrait)

Je me célèbre moi,
Et mes vérités seront tes vérités,
Car tout atome qui m’appartient t’appartient aussi à toi.
Je paresse et invite mon âme,
Je me penche et paresse à mon aise . . . . tout à la contemplation d’un brin d’herbe d’été.
Maisons et pièces regorgent de mille parfums . . . . les étagères débordent de parfums,
J’en respire moi-même l’arôme, je le connais et je l’aime,
Cette quintessence pourrait m’enivrer à mon tour, mais je saurai lui résister.
L’air n’est pas un parfum . . . . il n’a pas goût de cette quintessence . . . . il est inodore,

Il s’offre éternellement à ma bouche . . . . j’en suis épris,
Je veux aller sur le talus près du bois, j’ôterai mon déguisement et me mettrai nu,
Je brûle de sentir son contact.
La buée de mon propre souffle,

Échos, clapotis et murmures feutrés . . . . racine d’amour, fil de soie, fourche et vigne,
Mon expiration et mon inspiration. . . . . les battements de mon cœur . . . . le passage du sang et de l’air
dans mes poumons,
L’odeur des feuilles vertes et des feuilles sèches, du rivage et des rochers sombres de la mer, du foin
dans la grange,
Le son des mots éructés par ma voix . . . . mots livrés aux tourbillons du vent,
Des baisers à la dérobade . . . . quelques étreintes . . . . des bras qui enlacent,
Le jeu de la lumière et de l’ombre sur les arbres aux branches souples qui ondulent,

Traduction Éric Athenot de l’édition de 1855 éditions José Corti

Walt Whitman

 


José Gorostiza – mort sans fin – extr 01


 

 

O, quelle joie aveugle,
Quelle soif d’utiliser à fond
L’air que nous respirons,
La bouche, l’oeil, la main.
Quelle démangeaison vive
De dépenser tout de nous-mêmes
En un seul éclat de rire.
O, cette mort impudente, insultante,
Qui nous assassine de très loin,
Par delà le plaisir d’avoir envie à mourir
D’une tasse de thé…
D’une petite caresse.

***

… ce mourir entêté et incessant,
cette mort vivante,
qui te poignarde, ô mon Dieu,
dans ton travail rigoureux,
dans les roses, dans les pierres,
dans les étoiles indomptables,
et dans la chair qui se consume
comme un feu de joie allumé par une chanson,
un rêve,
une nuance de couleur qui attire l’oeil,

… et toi, toi-même,
tu es peut-être mort depuis une éternité, là-bas,
sans que nous le sachions,
nous qui sommes des résidus, des cendres, des fragments de toi ;
toi qui es encore présent,
comme une étoile cachée par sa propre lumière,
une lumière vide sans étoile
qui vient à nous,
camouflant
son désastre infini.

peinture:         A Manessier:        Passion

(Mort sans fin)

 


Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.