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Articles tagués “bouches

Florence Noël – d’écorce


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on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie


Saint-Pol Roux – Des flammes


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Des langues !

Une fois la semaine, une douzaine de fantoches
(et ce citron de perspective qu’ils seront
pions  de province demain) envahissent ma table.

 

Après qu’avec les tisonniers
jaillis de leurs yeux ils se sont réciproquement
écarté leurs cendres   de moustache,
une flamme avivée rampe, se tord,
pétille, gicle en chacune des douze bouches
aux joues réfractaires,

et ces flammes tant s’expriment
qu’on ne distingue plus qu’elles bientôt
et que leur somme parvient
à symboliser un bûcher de sectaires ridicules,
martyrisant la pureté, la vaillance,
la gloire vraie, la merveille absolue,
et les femmes et les amis absents…

 

0 ces opiniâtres aspics !

Ce jour-là, le Supplice du Feu m’est familier
dans son intégrale épouvante.

Aussi passer devant un rôtisseur me rappelle que,
chez moi, l’on rôtit hebdomadairement,

et que ma patience (ô ma pauvre, ta lassitude ?)
m’y transforme en oie (suis-je modeste !)
de première grandeur.

 

D’écœurement mon front se dore,
de dépit mon foie se racornit,
de stupeur mes os craquètent…

A se jeter par la fenêtre dans la faim des mendiants qui rôdent !
Mais le devoir d’hôte me rive à la broche.

Des langues !

 

Paris, 1888 SAINT-POL-ROUX « Les Reposoirs de la Procession » (II)


Marie Bauthias – l’ombre des leurres ( extrait 03 )


 

art: Pierre Alechinsky & Karel Appel

 

 

le

 

 

 

 

 

 

printemps reste à boire
luire sans mots des bouches
de ceux qui partent
la plupart du temps
reviennent
le regard à la main des hautes fougères


Sedna – Sanguine


peinture; A  Solario:  Salomé  avec la tête  de St jean Baptiste  : Metropolitan Mus  N Y C

J’ai apprivoisé les feux du soleil couchant
Pour les clouer sur nos deux cœurs pastel
Combinaison d’écumes chauffées à blanc
Offertes au soir comme un reflet du ciel.

Voici que dans le lac de mes yeux ouverts
Ton bâtonnet s’approprie l’eau lacrymale
Pour tenter une esquisse à ras de terre,
Caresser de sa brume, l’horizon pictural.

Sur le sable rouge des pensées bonheur
Nos corps portés par les désirs hématite
S’envolent vers le grand large sans peur
Abandonnant les ombres qui s’irritent.

Là-bas, c’est l’hiver qui roule sa bosse
Le long des sentiers où le pas s’enlise.
Ici, les heures s’habillent et endossent
Un drapé arabique aux couleurs cerise.

Sur les carnets où dégouline ton talent
Le chuchotement de nos mains bouscule
Le silence allongé sur la ramure du vent
En filigrane, nos bouches se congratulent.

Si mon regard est rempli de tes étoiles
C’est avec ton sourire qu’il se nourrit
Tout comme ma plume, qui sur la toile
Essaie avec toi, une autre chorégraphie.

Au verso des rêves, des perles d’amour
Se sont échappées d’une romance perdue
Pour envahir l’ébène de tous ces jours
Chassant les étés de coquelicots repus.

Et le fusain improvise des flous voluptueux
Installe les soupirs au bord de nos racines
Nous invite sur le rivage du merveilleux
J’aime être là, avec toi, sur la sanguine.