voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “bourreaux

Jean Creuze – écorces (1 )


1240529444685-.jpg
Écorces

Lier les mots qui se fabriquent dans la forge de notre
tête.
En faire vivre certains
commettre le meurtre d’autres.
Chauffer, taper, tordre au rouge le fer.
Chuchoter enfin ce qui nous habite
pour l’ultime tentative de la parole.
Des paroles données.
Silencieusement pointe la respiration.
Pulsation qui donne la vie.
Le soufflet active le feu
le mot juste jaillit
transforme nos corps et nos âmes
comme le travail acharné du forgeron
sur l’enclume transforme le métal.

Allongé sur le sol
sous le ciel bleu azur
beauté de l’oiseau dans les airs,
herbes folles dans le vent,
souveraineté des arbres.
Danse de l’univers présent
dans les vibrations lentes du jour qui passe.
Vols d’insectes éphémères,
parfums de fleurs,
odeurs d’humus,
chants de grillons,
craquements d’écorces.
Des forces de l’intérieur s’énervent.
Chasser les ombres du visage
pour s’enluminer-
Nouvelle peau.
La vague passe, se calme, s’anéantit.
Temps suspendu,
le corps flotte.
Soleil rouge,
sensation d’inachèvement
et caresse des ombres :
sa majesté la nuit approche.
Cortège d’étoiles,
respiration douce,
j’affronte l’inconnu,
clignements de cils,
goutte d’éther.
La figue éclate a force de mûrissement au soleil de l’été.
La terre grasse s »enfonce
sous les pas .l’automne est là, avec son humeur faite de rosée
de rafales de vent, de pluie froide.
Des hommes harassés, avinés, burinés, dépités, rendus sont là au coin de la rue,
attendent, rejetés du monde, comme de vieilles eaux usées auxquelles on aurait retiré toutes forces.

Dans ma tête un grand silence.
Tombés par terre, abandonnés,
résignés, abattus, esclaves.
Quels bourreaux? Comment faire?
L’alcool comme seul compagnon.
Idées vagues, brouillées,
délire, obsession, mensonges,
mal de tête,
perte de mémoire.
Oublier son histoire,
nier sa vie,
sacrifier son être.
Que faire avant l’hiver,
avant que le froid ne vous emporte?
Compagnon misère.
Le ciel est clair aujourd’hui, un vent frais se lève et fait
Frissonner les feuilles dans les arbres.
Quelques pensées me tapent le front, et s’évanouissent aussitôt.
Pour laisser le vide.

Le trou noir.
Ce noir si plein que l’on n’attend jamais.
Et pourtant, c’est le rien que l’on redoutait tant.
Il est là, accompagné de son malaise.
On ferme les yeux pour regarder à l’intérieur.
Dans un ultime effort encore.
Le noir toujours.
ça se dissipe.
Le rouge apparaît,
puis le jaune lumière
des éclats de blanc dans le rouge,
du bleu chartreuse,
du vert émeraude. qui coule de mes yeux ?
Serait-ce de la peinture

Les feuilles se remettent à tinter dans le vent et cette
musique douce emporte mes pensées.


Anne Labruyère – trop tard


photo perso:   spectacle  -  Gérard Gérards-  Le  Bleymard  2014

–                 photo perso:     spectacle – Gérard Gérards- Le Bleymard 2014


Femme, laisse-moi. laisse-moi.
C’est ma musique.
Donne-le moi cet instant de calme.
Demain peut-être sera trop tard.
Entends-tu la terre ?
Vois-tu son sourire ?
C’est le dernier sourire des grands malades.
Déjà la terre enfante
Des mains démentes
Qui élèvent le feu devant l’autel.
Hostie nouvelle.
Déjà le feu hurle par la voix des innocents.
Femme, c’est très grave.
Noé n’avait pas noyé notre tâche originelle.
Les eaux n’étaient pas assez claires.

O, femme, ne t’éloigne pas.
Il fait froid dans ma musique.
Il y a des mains en forme de pierre.
Et des crânes déguisés en remords.
Il fait si froid dans ma musique.
Ne t’éloigne pas, femme.
Déjà, les bourreaux ont pris forme humaine.
Déjà, ils ont volé nos crânes pour notre bien
Et déjà, les hommes ont remis à demain, à trop tard.
Ont remis à jamais leur éveil.
Femme,  tu ne m’écoutes pas.
Ton corps a ce soir l’odeur de la terre brûlée.
Et ton regard est chaud,
Comme le sang des victimes.
Et toi si proche, tu ne m écoutes pas.
Ma parole n’a pas déteint
Sur ton corps silencieux.
Ma parole s’est figée dans son isoloir.
Et personne n’a vu.
Ni entendu la terre ce soir
Parce que c’est si simple…
Pour toi femme
Pour ton sourire et ton amour
Pour un peu de pain
Et de vin
Et de rêve
Et pour ce pauvre rayon de lune
A travers la vitre.
( A maman.)

extrait de « Ombres »   -petite  édition  de la  Société des Lettres. Sciences & Arts de la Lozère


Daniel Corre – voix venues de la terre – A


Les gens sont absents, leurs demeures sont murées.
Ils laissent le vent se ruer aux carrefours avec ses lames de bourreau,
pendant que dans les prés naissent les agneaux, les pas d’ogre et les annonces de résurrection