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Articles tagués “branches

Bordée par la nuit – ( RC )


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peinture:  Arthur Dove « moon & see II »

 

L’œil blanc est sans expression,
et dissémine un clair distant ,
qui ne rappelle pas les ombres .

L’univers est bordé par la nuit .
On ne sait pas s’il s’éveillera
dans le balbutiement des étoiles .

Les entrecroisements des branches
se courbent dans une silhouette
les confondant avec celles d’autres arbres .

La lune pointe parfois entre les nuages,
aiguisant le regard des oiseaux nocturnes.
Ils se répondent de colline en colline.

Jusqu’à ce qu’elle descende
contre toute attente
prélever sur la terre

un peu d’atmosphère
un reflet dans le lac,
qu’elle emporte aussitôt

avec des meutes de fleurs noires,
avant de s’effacer
comme si elle n’avait jamais existé .


RC – janv 2018


Une route perdue – ( RC )


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Au bord du son déjà lointain
De la cloche fêlée
J’ai cheminé sous les brumes
Au bord des étangs remplis de nuages,
Essuyant leur camouflage.

Ce qui avait été une route
Traçait sa voie au milieu des sables
Fougères et terrains instables,
Se morphondait en plaies,
Les dents de cailloux sous la surface.

Cette voie je l’ai suivie
Aussi loin que le regard porte.
Elle se déroule toute droite,
Et absente des cartes…
Censée mener quelque part,
Maintenant plongée dans la forêt :

Une échancrure fine et rectiligne,
Qui pourtant s’essouffle,
Lorsque les îlots d’asphalte
Burinés de sable noir, se font rares,
Mangés par les flaques,
Aux bouches opaques.

Elle se rétrécit encore,
Serpente et se tord,
Et puis se perd,
Bue par la densité du vert,
Comme un vieux langage,
Dont on aurait perdu l’usage.

Transformée en chemin,
Celui-ci s’éteint
Au milieu des pins,
Cédant la place à une impasse,
Un rideau clos,
Un fouillis de végétaux
a reconquis la place,
fermant peu à peu l’espace.

Habitée par les ombres,
Des arbres sans nombre ;
une cabane abandonnée,
Où le chemin m’a mené :

cette petite cabane,
dont les couleurs se fanent
perdant peu à peu ses planches,
Masquée par les branches ,
c’est vers le sol qu’elle s’incline…
le temps lui fait courber l’échine .

.

juillet 2014 – fev 2018


Francis Ponge – Le feu


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(…) LE FEU n’est que la singerie ici-bas du soleil.
Sa représentation, accrue en intensité
et en grimaces,
réduite quant à l’espace et au temps.  
 

Le feu, comme le singe, est un virtuose.
Il s’accroche et gesticule dans les branches.

Mais le spectacle en est rapide. Et l’acteur ne survit pas longtemps
à son théâtre,
qui s’écroule brusquement en cendres
un instant seulement avant le dernier geste,
le dernier cri. (…)

 

 

 

F P :Le soleil toupie à fouetter, III » in « Pièces

 


Epaisseur d’une musique blanche – ( RC )


Les branches se tordent,
et cherchent leur chemin,
dans la musique blanche,

où même le silence
pèse d’une neige dense
son épaisseur de solitude.

 

RC   – dec 2016


Le temps rit de toutes ses dents – ( RC )


120603-jrmora-Votantes

Le temps rit             de toutes ses dents ,
appelle la calligraphie mobile des arbres,
le hennissement des chevaux
et l’éternuement des nuages .
           ( toujours pressés, ceux-là ! ) .

Les hommes se sont un jour
approprié le paysage,            en traçant
de longues pistes, cultivant jusqu’au fleuve.

Pour marquer leur emprise,
         ils ont construit un temple,
          aux lourdes pierres, abritant
l’esprit des dieux,             pensant
dialoguer avec l’éternité.

Mais on ne l’a pas à l’usure.
La lune brille toujours entre les branches.
Oui, ce sont d’autres branches,
et d’autres arbres.
Et d’autres hommes sont passés,

ont vécu,             puis sont partis,
abandonnant leurs dieux ,  coincés dans les sanctuaires.
                               Désormais vides de prières.

Les statues regardent dans le vide,
( ou plutôt leur regard s’est voilé ) ,
           couvert de mousses.
          La jungle a repris le dessus :
>                              la nature a horreur du vide.

 

RC – avr 2016


Guillevic – la pomme


peinture: aquarelle perso

                        peinture:         aquarelle perso 1998            Gruissan

 

 


Dans l’arbre privé de fruits et de feuilles
Qui déjà se lasse

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir
Le soleil couchant

Une pomme est restée
Au milieu des branches.

Et rouge à crier
Crie au bord du temps.

 

 

Guillevic (« Carnac » – éditions Gallimard, 1961)


une rivière qui palpite et respire – ( RC )


photo: R Constantin - 2011

photo:          R Constantin – 2011

Il y a des creux dans l’eau.

Des collines s’y précipitent et tourbillonnent .

Avec des feuilles et des brindilles arrachées,

Un peu plus en amont.

 

Toujours au même endroit, bordés d’écume .

On suppose que leur contour,     mal défini ,

Correspond, plus bas, à des rochers cachés,

Entre lesquels      rôdent      des truites .

 

Le chemin de l’eau se poursuit ainsi,

En plages profondes, où les saules se regardent,

Offertes à la caresse du vent,

Confondant les reflets et le frissonnement du jour .

C’est une chanson d’un jour de printemps,

Au murmure liquide, qui a oublié,

La furie des eaux boueuses,

Où des troncs furent emportés :

 

L’enchevêtrement inextricable de végétaux,

Parfois suspendus à grandes hauteurs,

Comme        des vêtements de misère,

Habillant encore des branches.

 

La rivière palpite, s’enfle ou se dégonfle,

Au gré du menu des saisons,

Ainsi le corps vivant,       qui respire

Pouvant rugir ou se taire.

L’été de sécheresse, la réduisant

A quelques bras         maigres,

Serpentant entre les pierres,

Comme si on en voyait le squelette.

 

L’étendue du minéral ,     mis à nu

Et le volume des blocs empilés,

Laisse présager la puissance du courant,

Un instant suspendu,             à titre provisoire .

 

Car au loin fleurissent des cumulus,

Qui pourraient bien, s’ils se déversent,

Donner au cours , un tout autre aspect,

Et marquer la fin du sursis.

RC – mai 2015

photo : Stephen Penland


Être et arbre – ( RC )


Tree of Eternity 0

Tu voles de branche en branche,
Dans ton mouvement,      secouant la rosée,
Accrochée sur les feuilles.
Je veux te rejoindre.
Tu n’es pas si loin .
Je fais quelques pas dans le jardin .
Je suis sous l’arbre où tu t’es assise.
Celui-ci est couvert de mousse.
Je m’appuie dessus,     et ma main s’enfonce,
Elle disparaît.
Le tronc m’appelle ainsi.
Mon bras suit la main.
Plus loin.
Comme si une porte s’ouvrait.
Jusqu’alors dérobée au regard humain.
J’y entre tout entier.
La  porte se referme,
Je n’y vois plus rien.
Juste quelques rais de lumière
Passant dans les fentes du bois.
Il se passe quelques heures,
Il y fait             humide et chaud.
J’y suis bien.
Je n’entends plus ta voix.
J’ai dû tomber dans un profond sommeil.
Je me réveille.
Je veux bouger.
Ce n’est pas la peine .
Toute une  série de fibres m’enserre,
Me relie à l’intérieur.
De mon corps des excroissances
Venues des épaules, de mes doigts,
Font corps     avec le creux que j’habite.
Mes cheveux se sont fondus
Dans une écorce intérieure moelleuse.
Je ne cherche pas à me débattre,
A retourner  d’où je viens.
D’abord je ne le pourrais pas.
Je m’habitue à ‘autres sens,
D’autres sensations,
Elle celle toute particulière,
Du sang,    remplacé peu à peu
Par la sève,    qui me traverse,
Et monte en moi,
Par les racines,
Que j’arrive à situer…
Mieux…  à sentir
Une sève légèrement amère et sucrée,
Fluide,  très  fluide…
D’instinct je sais la distribuer,
Identifier les branches,
Le poids du feuillage,
Et d’où vient le vent.
Tu es assise assez loin du sol.
Tu as ta place favorite.
De temps en temps tu t’envoles,
Mais reviens me rendre visite.
Tu sais que mes mains sont larges,
Et que je t’attends.


RC – oct 2014

 


Seyhmus Dagtekin – Au fond de ma barque


photo: Silviu and Irina Székely

photo:        Silviu and Irina Székely

.

 
Quand tu te retires du monde
Le monde ne s’arrête pas pour autant
Ne se retire pas
Quand tu vas dans le vaste monde
Tu ne deviens pas vaste pour autant
Quand tu te prives de la multitude
Tu n’occupes pas pour autant ta solitude
Tu ne l’élargis pas
Quand tu te chasses du bruit
Tu ne découvres pas pour autant le silence
Quand tu te coupes les branches
Tu n’augmentes pas pour autant
La sève qui irrigue ton front.

 

 

S D

 


Mary Jo Hoose – Oh enterrez-moi !


 

 

 

photo extraite du film         » la ballade de Narayama » ( Sh Inamura)

 

 

 

Oh enterrez-moi en haut d’ une montagne de la région
Au flux des eaux cristallines s’écoulant comme une fontaine éternelle.

Avec sa colline de verte émeraude , piquetée de belles fleurs sauvages.
Et de grands pins parfumant l’air sous la chaude douche de l’été.

Trouvez un vieux chêne avec des branches pleines d’ombre.
Les petits oiseaux chantant pour moi depuis leurs nids .

Oh enterrez-moi auprès du lumineux et chaud soleil ,
Lorsque la pleine lune brille , sur une nuit étoilée.

Reliée à la cabane de mon pays bien-aimé ,
Regardée et protégée par mon chien fidèle .

Oh enterrez-moi auprès des dieux de la grande cathédrale bleue .
Où le vrai sommeil éternel est paisible .

 

Mary Jo Hoose

 

( tentative  de traduction  RC )

 


Vagabond des étoiles – ( RC )


Marcheur du ciel- Alfred’s campus New York

Marcheur  du ciel        Alfred’ campus  New York

 

 

C’est tracer un chemin,

Le  doigt posé sur la carte,

Passant de collines en villages,

Puis  décider de le suivre,

Avec de bonnes chaussures,

Juste  avec quelques ronds en poche,

Un carnet de notes,

Un appareil photo en bandoulière.

 

Juste  travailler d’étape en étape,

Pour pouvoir manger,

Et poursuivre sa route ,

A travers le monde,

Sous les azurs et les pluies,

Et faire  d’une cabane sa maison,

Le temps de reposer le corps,

Et continuer la voie choisie.

 

Au dessus passent les avions,

Tirant des traits blancs

A travers le monde,

Ignorant les pierres sur les  sentiers,

Et la glaise collant aux pieds,

Quand on choisit  son passage

Entre deux pentes rocheuses,

Aux lisières des bois,

 

Que  le vent agite les branches,

Et fait ondoyer les champs d’orge.

Les senteurs des foins emplissent les poumons,

Les insectes bruissent et grésillent

La peau se tanne  aux  soleils,

Et croisent  les lunes

Le sac tirant sur les  épaules,

La suée sous les efforts

 

S’attirer la curiosité des oiseaux,

C’est être comme un vagabond,

A continuer jour après jour,

Minuscule et lent déplacement,

Tout au long du pays ,

Les pieds  recouverts  de poussière…

Et s ‘endormir  sous les  étoiles,

 

>   Elles ne sont pas  si loin …

 

 

 

RC- juin  2014


A la surface, où le silence se fracasse – ( RC )


 

photo perso: étangs de la petite Camargue. Saint Louis,  Alsace

photo perso:           étangs de la petite Camargue.             Saint Louis, Alsace

 

Le soleil rebondit,

Quelque part,

Après les brumes,

Et s’infiltre avec peine,

Au milieu des branches,

Encore vides.

Les feuilles naissantes,

Attendront encore,

L’explosion de l’ivresse

 

L’eau a son reflet ,   mat,

Mordue    par la glace,

Tu peux te risquer, à sa surface ,

Où le silence se fracasse,

En ombres effilées,

Extraites des pliures du matin,

Quand l’heure  stagne,

Sur les tiges frêles,     prisonnières de l’étang.

 

Le verre  cathédrale,

A déjà son réseau de fêlures,

Lézardes en ricochets

Certaines sont  dûes,

Aux cailloux qu’on y a jetés,

Et qui sont restés            posés,

Comme un défi aux fonds soyeux,

Où tout s’enfonce dans une vie secrète.

 

Tu serais comme une pierre,

Figé de froid,

Même  sous ton lourd manteau,

Et seul le regard mobile,

Se verrait chercher           sous l’épaisseur,

A peine translucide,

Sans vraiment le vouloir,

Des mouvements furtifs,     mêlés de reflets.

 

Le nappage répandu    en couches ,

Au long des nuits,    allongées de gel  ,

A jeté son pont

Au-dessus  de l’eau.

>                   Elle  est la vie,

Des carpes sombres la parcourent,

En arabesques capricieuses,

Ignorant le monde clos, du dessus.

 

 

RC – avril 2014

 


Trois-quarts de lune – ( RC )


 

 

 

 

Tu vois, brillantes dans la nuit,
Se balancer les branches,

Dans la découpe de la fenêtre .
La chambre est pleine de légendes.

Ces trois-quart de lune,
Qui montent au dessus des collines,

Et son oeil blanchâtre passe
Entre les nuages qui s’effilochent .

C’est sans doute à cause d’elle,
Que le sommeil a fui,

Roulé en boule,
Au fond du lit .

Tu te rappelles,
Toutes les histoires,

Jouant de l’obscur.
L’imagination navigue.

Quitte les draps tièdes,
Pour s’enfoncer dans les bois,

Où les ombres s’allongent,
Ainsi les heures sur le cadran.

Les ramures ont des doigts crochus,
Les racines courent et se transforment,

Mille yeux que tu ne vois pas,
Observent ton désarroi .

Tu entends les oiseaux nocturnes,
Ululant de loin en loin.

Tu t’attends bientôt
Au glapissement solitaire d’un loup…

 

Sur l’étang, dérive lentement
L’enveloppe soyeuse de voiles de brume.

Un vent froid te mord les pieds,
Sortis de l’édredon.

L’angoisse amplifie les bruits,
Ceux des insectes, et les soupirs de la maison..

La pièce s’agrandit, vide soudain,
Les meubles sont des sentinelles noires.

Peut-être des bêtes cachées dessous,
N’attendent qu’un signal, pour surgir.

Et t’emporter loin d’ici,
Si tu t’éloignes, dans la barque des rêves.

Elle arrive , malgré ta volonté
De garder les yeux ouverts,

A te prendre à son bord, pour le voyage,
Pelotonné contre toi-même,

Et tu es surpris au matin,
D’accoster au quai d’un nouveau jour,

Où cauchemars et maléfices ,
Sont retournés auprès des songes,

Rétrécis au point de douter,
Même , de leur existence passée.

 

 

RC- mai 2014

 

ima


S’il manque quelques mots – ( RC )


 

illustration  A Lacaze

illustration A Lacaze

 

 

S’il manque quelques mots,

Aux idées qui s’enfuient,

J’irai les repêcher plus loin…

Elle auront suivi leurs cours,

Arrêtées en chemin,

Par des branches qui dépassent,

 

Et, au contour des pierres,

Où ma parole s’est ralentie,

Malgré le courant,

Cette phrase est intacte,

Maintenue au frais.

 

Elle est juste un peu plus loin,

En aval.

 

Je la reprendrai telle quelle,

Et si tu n’es plus là,

Je te la garderai ,

… pour une  prochaine fois….

 

 

RC – avril 2014


Patrick Ourednik – extrait de  » Instant propice 1855


scan 6

 

 

 

 

 

 

Oui, un matin nous avons compris que les gens se mordent, se dévorent, se haïssent, pour toute éternité.

Ne soyons pas des hommes, nous dîmes-nous, soyons des arbres, soyons l’ombre des branches, soyons des empreintes au sol.
Soyons nus, fondons le royaume des nus, soyons transparents et sans peur.
Patrick Ourednik

 

Instant propice 1855  est paru au  éditions Allia 2006


Quine Chevalier – neige conçue 2


 

 

 

 

Neige conçue
de toute part
près du buisson
ardent que trouble
l’appel du merle

L’homme s’en revient
piétiner la neige
briser branches lourdes

Il hèle l’enfant qui patine
légère glace de l’effroi
au bord de l’étang
bâtir un regard
clair au-dessus

 

 


Roberta Hill Whiteman – Les étoiles du coeur de l’hiver.


photographe non identifié

photographe non identifié

Les arbres d’en face dans la rue m’ont aimée
pendant ton absence.
L’étoile polaire prise dans les branches
de l’orme de la cour se brouille
quand je la regarde directement et traverse
le coeur de l’hiver plus lentement que les autres étoiles.
Chaque fois que tu passais par ici, la forêt

s’emplissait de signes. Un creux dans l’herbe tendre
signifiait qu’un cerf avait dormi.
Des traces de sabot dans le sable
conduisent à travers les buissons et les feuilles mortes
jusqu’aux pistes effacées. je regardais les ombres
indigo devenir grises.
Comme d’autre obsessions, cela changera,

mon bras était encore heureux, engourdi
par ton poids. J’apprenais les signes faciles :
connaître les nuages, pister dans la neige.
Je tombais avec chaque flocon et voulais recouvrir
les arbres, les immeubles,
les coins où tu achetais de la bière,
les voitures et les ponts

ces lieux synonymes de désespoir.
Il y a des endroits où je ne me suis jamais sentie à l’aise,
où quelque chose tapote contre la vitre,
le nerf de boeuf d’un flic ou l’amertume de la vie.
Qui est le chasseur ? qui est chassé ? qui survit ?
Ce cercle froid vacille sans cesse.

Je ne pourrais jamais accepter ni le début ni la fin.
Tu trouveras de l’autre côté de l’hiver
des crocus tremblant dans une aube bienfaisante.
Je projette de rejoindre le cerf
car dans l’obscurité, les arbres barrent ma fenêtre
et pas une seule ombre ne bouge.

Roberta Hill Whiteman


Course recommencée de la rivière ( RC)


aquarelle-  Shay Clanton

A l’abri des saules,
L’ombre  légère  se courbe,
Et effleure le courant,
Où passent  furtifs,
Des  éclairs  d’argent.

Des feuilles  jaunies
D’un calme après-midi,
Suivent à quelque distance,
Le défilé des heures
Qui les portent au loin.

Il n’ y a de bruits,
Que l’envol des oiseaux,
L’écho du bruissement des flots,
Contournant les branches,
Dépassant de l’onde.

A peu de distance de l’île,
Le pêcheur immobile,
Reste debout
Dans ses bottes de cahoutchouc,
Et laisse filer le temps.

Dans un autre univers,
D’ors et de verts
Les points de soleil ricochent,
Autour de quelques roches,
Que les truites contournent.

La lumière invente ses  fins de jours,
Et se pose en détours,
<           Sans se souvenir d’hier,
Ni des poissons, des hameçons,
La course recommencée de la rivière..

Les pieds dans les bottes, humides,
Le pêcheur , son panier vide,
Ne veut pas forcer la chance
Que la ligne se tende  et mouille,
Qu’importe de rentrer bredouille…

RC –  17 juillet  2013


Le noisetier – (RC)


Pour faire suite  au post – « enfances », de B Douvre

A mon enfance, mon rire monte au ciel
Le vent  d’ouest démontre ses risées brutales
Et froisse le feuillage  du noisetier

A parcourir les portes de l’avenir
J’égrène, l’aube des nuages  d’argent
Et cours ramasser au sol,

La moisson des graines de bois
Complétant le travail d’automne
En m’insérant dans le réseau des branches;

Je m’en remets, à un monde secret
Dissimulé au yeux du monde,
Dans la main végétale,

La saveur un peu acre,
Maintenant un peu lointaine,
Mais je me souviens

Du goût de l’enfance
Accroché aux tiges souples,
A quelques mètres du sol.

RC

 

que j’aurais tendance à rapprocher  d’un écrit  de Jean-Jacques  Dorio,

visible  sur son site:

 

LE PUITS LE FIGUIER

le puits le figuier
près d’enfance

la naïveté et le cri du merle
dans les platanes verts

les bouches unanimes
à saluer le jour et la nuit

les princes et les fées
les principes et les fins

et le long soupir
d’années clouées

dans un village des merveilles
et des mythes envolés

        


Marcel Proust – Ephémère efficacité du chagrin


Dessin;     V Van Gogh:         femme pleurant

extrait des  « plaisirs et les jours « 

Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.

Mais soyons plus reconnaissants aux femmes méchantes ou seulement indifférentes, aux amis cruels qui nous ont causé du chagrin.
Ils ont dévasté notre coeur, aujourd’hui jonché de débris méconnaissables, ils ont déraciné les troncs et mutilé les plus délicates branches, comme un vent désolé, mais qui sema quelques bons grains pour une moisson incertaine.
En brisant tous les petits bonheurs qui nous cachaient notre grande misère, en faisant de notre coeur un nu préau mélancolique, ils nous ont permis de le contempler enfin et de le juger. Les pièces tristes nous font un bien semblable ; aussi faut-il les tenir pour bien supérieures aux gaies, qui trompent notre faim au lieu de l’assouvir :
le pain qui doit nous nourrir est amer.

Dans la vie heureuse, les destinées de nos semblables ne nous apparaissent pas dans leur réalité, que l’intérêt les masque ou que le désir les transfigure.

Mais dans le détachement que donne la souffrance, dans la vie, et le sentiment de la beauté douloureuse, au théâtre, les destinées des autres hommes et la nôtre même font entendre enfin à notre âme attentive l’éternelle parole inentendue de devoir et de vérité.

L’oeuvre triste d’un artiste véritable nous parle avec cet accent de ceux qui ont souffert, qui forcent tout homme qui a souffert à laisser là tout le reste et à écouter.
Hélas ! ce que le sentiment apporta, ce capricieux le remporte et la tristesse plus haute que la gaieté n’est pas durable comme la vertu.

Nous avons oublié ce matin la tragédie qui hier soir nous éleva si haut que nous considérions notre vie dans son ensemble et dans sa réalité avec une pitié clairvoyante et sincère. Dans un an peut-être, nous serons consolés de la trahison d’une femme, de la mort d’un ami.

Le vent, au milieu de ce bris de rêves, de cette jonchée de bonheurs flétris a semé le bon grain sous une ondée de larmes, mais elles sécheront trop vite pour qu’il puisse gêner.-


Thierry Metz – vers la bien-aimée


art: Leopold Survage, rythmes colorés, étude pour un film

art:       Leopold Survage,           rythmes colorés,       étude pour un film

 

 

 

 

Vers la bien-aimée
ce sera

toujours    comme une aile

sans repos
une montée jour après jour
d’un visage à l’autre
parmi les nuages accrochés au talus
aux branches
pour chanter l’âme d’un petit bois
en prière sous le châle
avec un peu d’herbe
une feuille morte
comme une aile dans l’hiver
d’oiseau profane.

Thierry Metz, Le Drap déplié, L’Arrière-Pays, 1995, page 9.


Chute de noix ( RC )


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photo Martine dans  « photo-passion »

 

 

Une demi-coquille de noix, la vie, là

Incrustée dans le sol

Entre le fouillis des herbes aplaties

A l’ombre du cerisier

Il n’y a pas de noyer

On suppose qu’un oiseau  de passage

Fendit un jour l’atmosphère égale

Sous les nuages bas

Porter à un nid lointain

Peuplé de becs grands ouverts

Le résultat de sa quête,

Disputée aux  rongeurs.

Ou alors est-ce dans le marronier,

Ce nid abandonné

Un tissage de brindilles

Rendu impraticable

Les repousses des branches, chaque année plus longues

Et plus épaisses.

Où déjà,          je me souviens,

Les occupants  avaient  du mal à se faufiler,

Leurs ailes  faisant flop-flop

Contre les feuilles  larges.

RC – 3 décembre  2012


Charing Cross, au matin ( RC )


peinture André Derain: Charing Cross Point 1906

 

 

 

 

 

Je  vois      une  large avenue  en arc,    verte
Où balbutient des branches  sans feuilles,
Et de vielles  autos      bleues
Le long d’un quai de Tamise
C’est un Londres ,    au matin
Encore  sous l’émotion de sa brume changeante,
En touches suspendues
D’ors  d’ocres et verts incertains,
Charing Cross, dans un tableau de Derain
Devant les barres bleues d’ombre
Ces bâtiments vides
Je ne distingue plus les voix,
Seulement le murmure, d’une ville
Qui s’éveille et s’étire aux heures,

Et la patience immobile
Des statues  sur leur  socle
Encombrées de mousse,
Au charme  des squares,
Encore à l’ombre,      à cet instant.
Une nappe de vapeur s’étale
Et glisse ,        nonchalante
Des péniches lourdes,
Jusqu’aux berges lasses.
Les verticales des réverbères
Sont, aux quais, des signes bleutés
Qui attendent,
La musique  du jour
Et les cris  des marchands de journaux
En décalquant l’invisible

RC   – 24 octobre  2012

 


Samira Negrouche – Illusion


sculpture          Manuel Neri        -Palm Springs Museum

 

 

 

 

Illusion
mon regard s’abandonne
sous l’eau cristalline
de l’oued en crue
flottaison
mes sens en arythmie
au corps qui se
promène
sur le cours incertain

M’en aller
comme feuille d’automne
et m’oublier au travers
des branches en furie
des eaux ravagées
de la soif inépuisable
des tuiles tombantes
de la maison dégarnie
m’en venir
au petit matin
effleurer ton rivage.

(L’heure injuste page 86)

 


Décennies verticales , sous l’écorce ( RC )


volume: Giuseppe Penone, jeune arbre révélé dans le grand,  voir cet article intéressant  où on comprend bien la démarche  de G P…

Cache toi derrière les feuilles,
elles se sont, depuis , bien ouvertes

L’abîme au centre de ton angoisse
Est tapie au coeur de l’arbre
Et parfois, on peut l’entendre gémir,
avec les branches qui se poussent toujours plus haut,
à écorcher le ciel.

Son tendre aubier tourbillonne, avec les gels, et les vents
Et je me confondrai avec, saignant avec , les jours de tempête,
ou quand les hommes viendront abattre mes voisins,

à grands han de hache et de morsures mécaniques.
Je connais au coeur du tronc, la jeune pousse,
qui devint brindille, puis arbrisseau…
Elle s’est cachée , de même, sous d’autres écorces,
On peut supposer qu’il en est de même chez l’humain,
avec ses saveurs barbouillées d’années.

Cache toi derrière le tronc, que les frissons parcourent,
Sous les branches, comme des bras, porteurs de mains larges ,
abri des oiseaux de la terre, tant qu’il n’est pas
l’heure de migrations vers un ailleurs plus clément.

Mon aubier accueille ton front et imprime sa sueur de sève,
et de mousses… – tu y as gravé ton nom…
Témoin des décennies verticales, relié au sol par mes racines,
sentinelle au creux de la clairière, …

 

RC   30 juin  2012

 

Et petit commentaire  sur Giuseppe Penone,  qui est un des artistes  les plus importants  de la nouvelle  scène italienne,  et justement,  tout  son travail autour  de l’arbre,  de sa croissance, de l’arbre jeune  révélé  à l’intérieur  d’un plus ancien…    une prise en compte  du temps  (  de la croissance),  et de la nature qui  se modifie  et occulte son passé…   G Penone, travaille  donc  à  « rebrousse-temps »…

croquis perso 2010: d’après une oeuvre de Giuseppe Penone          ( traces d’écorce – drap « frotté » )   ,                   Carré d’Art de Nîmes

art             – Andy Goldsworthy : assemblage