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Absorber l’idée même de la nuit – ( RC )


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Les bois se taisent
quand les noces des vents    s’apaisent,
et c’est la nuit
qui emporte tous les bruits …
( mais pas une nuit rêvée,
celle que l’on peut trouver,
quand une partie de la terre,
effacée de la sphère
plonge dans le sommeil,
en absence de soleil ).

Les criquets et les cloches des villages
cessent leurs commérages
à partir du moment où l’obscurité
étend son royaume indompté
dont la noirceur
occupe l’intérieur,
et celui des gouffres
à l’odeur de soufre,
et les grottes cathédrales,
dont le noir total
est un monde à part entière,
se tenant éloigné de la terre.

C’est comme si l’extérieur,
ses joies et ses peurs,
n’avaient jamais existé,
jamais vécu, jamais été,
>    juste une existence
remplie par le silence ,
elle ,  pourtant si proche,
cachée derrière une paroi de roches,
jusqu’à en devenir      une idée d’infini,
absorbant               l’idée même de la nuit .

.

RC –  janv 2016


François Corvol – Nuit du Château


gravure: Odilon Redon - On the Backdrop of Our Nights

gravure:            Odilon Redon       the Backdrop of Our Nights

Un jour
que je rentrais d’une dure journée de travail
cerné par la fatigue
je posais mon nom
au pied des marches de ma demeure
surpris d’abord de se trouver là
détaché de sa rotonde
libéré de son intrinsèque cellule
surpris et tétanisé par la liberté
comme un rapace nocturne
par la lumière effarante d’une lampe-torche
il restait là hébété
quelques secondes
puis je le vis grimper
à la manière d’un lézard
prendre le mur
ce raccourci pour la faune légère
il cherchait le trou dans lequel s’engouffrer
la cavité qui le rendrait invisible
je le vis longer la ligne du plafond
arrivé au coin
une sensation d’impasse sembla
le prendre à la gorge
l’angoisse soudaine
du mur sans cavités
de la limite et de la fin
il s’agita dès lors
et traçait des cercles
comme le font tous les êtres
qui cherchent et fuient quelque chose
sans plus vraiment savoir quoi
désespéré de le voir ainsi j’ouvris la fenêtre
et m’en éloigna
pour qu’il passe sans me voir
comme aimanté par l’air de la nuit
par la possibilité de prolonger sa vie un peu plus loin
il s’en alla
il s’en alla et je refermai la fenêtre alors
derrière lui
puis je montais les marches
ôta ce qu’il me restait
de vêtements et de bruits
je me couchais
seul enfin
cherchant le sommeil
les yeux à-demi ouverts
dirigés vers quelques aspérités du plafond
j’y aperçus une araignée
elle tissait sa toile à mon zénith
je souris
et m’endormis

Derrière les masques riants d’aujourd’hui ( RC )


peinture: Henri Rousseau ( le douanier)

peinture: Henri Rousseau ( le douanier):        la guerre

Lorsque l’effervescence  s’empare des  esprits,
Que la lumière bondit d’arbre en arbre,
Si, encore,  la vie crie à perdre haleine,

Comment oublier, il y a quelques  jours encore,
Les fureurs, et les bruits destructeurs,
Les tronçons d’arbre  et les murs,
Marqués par la guerre et les incendies ?

Chacun peut  chercher  en soi sa voix,
Et aussi essayer de saisir un univers
Qui échappe à sa propre logique,

Mais l’élan qui revient, le retour du printemps,
Canalisé de murs de béton,et de ruisseaux  d’acier,
Porte encore en lui, une noirceur d’à-venir
Derrière les masques riants d’aujourd’hui.

RC – 12 juin 2013

– en relation avec le texte  de  Claudio Pozzani; » Cherche en toi la voix que tu n’entends pas »


Boîte de verre ( RC )


Photo métro:   Pierre Sabathie

Dans la boîte, il se pourrait que je sois lié,
A l’égal des poissons, du bocal,
prisonnier,
de l’air , comme eux le sont des eaux pâles…

C’est un lieu muet où ne portent pas les bruits.
Lorsque s’ébranlent les trains,  le regard les suit.
Ceux ci glissent en silence,
Vers  d’autres circonférences…

Accompagnant leur forme de bonbon fuselé
Mobiles  éclats  de reflets  ailés,
Se mélangent à ceux des ascenseurs,
Emportés  en douceur,

Vers des sous-sols inventés,
En tout cas hors de portée,
Malgré toute cette activité,
Fantômes en bouche ouverte habités.

De tous ces sons qui pèsent.
Il est de bon ton qu’ils se taisent…
C’est la discrétion assurée.
Les cris et paroles emmurées…

Ainsi, comme le dialogue de mes voisins,
Si proches et pourtant si loins…
Rien ne vibre, rien ne se capte
Un langage de silence comme les  carpes….

( en tout cas , c’est tout  comme )
S’ils étaient  en aquarium…
Ce qui reste un mystère
Au delà de la paroi de verre.

RC – 19 février  2013