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Constantin Cavafy – Ithaque


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Lorsque tu te mettras en route pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,plein d’aventures,
plein de connaissances.
Les Lestrygones et les Cyclopes,
le farouche Poséidon – ne les crains pas;
de telles rencontres, tu n’en feras jamais sur ton chemin,
si ta pensée reste noble, si une émotion
de haute qualité anime ton esprit et ton corps.
Les Lestrygones et les Cyclopes, l’irascible Poséidon,
tu ne les rencontreras pas,
si tu ne les portes pas dans ton âme,
si ton âme ne les dresse pas devant toi.

Souhaite que le chemin soit long.
Que nombreux soient les matins d’été
où – avec quel plaisir, quelle allégresse!
– tu entreras dans des ports que tu verras
pour la première fois;
aux marchés phéniciens,
arrête-toi, pour acquérir la bonne marchandise:
des nacres et des coraux, des ambres et des ébènes
et des parfums voluptueux de toute espèce;
autant que tu peux, des parfums voluptueux en abondance;
visite de nombreuses villes égyptiennes,
afin d’apprendre, apprendre sans cesse auprès des sages.

Garde toujours Ithaque en ta pensée.
Y parvenir est ton but final.
Mais ne précipite point ton voyage.
Mieux vaut qu’il dure plusieurs années,et que, vieillard enfin,
tu abordes dans l’île,riche de ce que tu auras gagné sur ton chemin,
sans espérer qu’Ithaque t’enrichisse.
Ithaque t’a donné le beau voyage.
Sans elle, tu ne sortirais pas sur la route.
Elle n’a plus rien à te donner.

 

C Cavafy   1910

 


Robert Piccamiglio – Midlands – 01


J’apprécie beaucoup les textes  de Robert Piccamiglio;  Poète, il est aussi l’auteur  de romans  et pièces  de théâtre…

Son grand  récit  « Midlands », fait écho  – hommage, à son père, mineur…

en voici un court extrait…   (  j’ai fait attention à respecter  les  retours de ligne).

peinture: Tentation de St Antoine - Jerome Bosch

 

———

Le matin quand je suis parti

Peggy dormait encore.

Ou faisait-elle seulement semblant ?

Mais quelle importance !

elle avait su se montrer si aimante

malgré la tristesse de ses yeux.

Avant de quitter la chambre une main sur la poignée’ de la porte j’ai fait un signe amical aux poissons multicolores enfermés dans l’aquarium.

Toujours en mouvement. Nageant silencieusement. Sans but.

Mais pourquoi dans le fond faudrait-il toujours chercher un but?

De Denvers nous avions filé dès le lendemain vers le Texas. Houston.. La ville près du désert.

De la fenêtre de l’hôtel je l’apercevais au loin. Charnel. Immobile. Mystérieux.

Avec ces dunes déployées

comme des ailes battant d’une mesure millénaire les promesses de l’horizon.

J’ai fermé les yeux

et j’ai pensé à des épaules dénudées

de femmes.

Ces femmes que nous avons cru aimer.

Ou était-ce nous-mêmes que nous cherchions

à aimer un peu plus à travers elles ?

Le matin la fille est sortie la première de la chambre. Je devais dormir. Ou je faisais seulement semblant