voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “cacahuetes

Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 

Publicités

Claude Delmas – extrèmes climats – extr 02


peinture: Fritz Katz - (peintre américain)

Maintenant, appuyé contre le siège arrière  de la motocyclette,

à l’intérieur de la  Brasserie Anteimo  qu’un alignement de fauteuils et de tables prolonge sur le trottoir.

 

Avant de le quitter pour aller s’informer auprès des croupiers de la salle de jeu des possibilités d’accès à la ville insurgée, le sous-officier sergent,

familier de l’endroit, lui a confié qu’aux premières heures de la journée les pensionnaires de la Brasserie, à tour de rôle,

descendent au rez-de-chaussée pour mettre à profit l’attente que leur impose l’unique salle de bains de l’établissement.

 

En effet la plupart d’entre elles, accoudées au comptoir, sont en bigoudis et en peignoir.

Une fille, à l’écart de ses compagnes, croque des cacahuètes juchée sur un tabouret.Jambes haut croisées — ses pieds sont nus, les souliers à talons pointus abandonnés sous le tabouret —

les coudes fixés au rebord métallique du comptoir, elle débarrasse les fruits de leurs cosses en les roulant entre les doigts d’une main

(du trottoir à deux mètres d’elle Miguel Roman entend leur craquement),

puis, plutôt que de les porter à sa bouche, elle va les chercher dans le creux de sa main avec une inclinaison de la tête

qui découvre sa gorge et donne à l’étoffé de soie des frémissements dont il attend à chacun de ses gestes

qu’ils fassent enfin s’ouvrir le peignoir; mais l’indolence et la fatigue du visage tempèrent ce qu’a de provocant l’attitude.

Les cosses de cacahuètes sont répandues au pied du tabouret, ajoutant en cet endroit précis à la saleté matinale du lieu.