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Abdelkader Zibouche – deux-cent silences


 

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Deux cent silences
rejoignent le silence

Deux cent regards
à jamais pétrifiés

Des millions de mutismes
froids de ne vouloir
sauver le juste de l’injuste
le vivant de l’innommable
absolvent les bourreaux

C’est la mémoire indifférente
abdiquant la puissance du verbe
devant mille girons maternels
spoliés de leur douceur .

***

 

Sache qu’ici les morts sont moins morts
leur poids fustige toute mesure

Ils cessent même d’être morts
à leur guise se fabriquent les légendes

Un seul corps éteint sous les feux de la rampe
efface des monceaux de cadavres .

 

Abdelkader Zibouche


Cendres de baltique – ( RC )


Image associée

 

photo  Greg Clouzeau

 

 

Je n’ai pas vu de désert de pierres vers la mer baltique,
mais des étendues plates
et des marécages
d’où s’envolaient les cigognes,

De ces lointains horizons, mutiques,
on a dissimulé les stigmates
sous l’oubli :          ( un habillage ) .
La nature a fait sa besogne

Des forêts ont développé
leurs racines et frondaisons
sur des cadavres enfouis
et font corps avec les charniers .

Du sol détrempé,
du passage des saisons,
les arbres se sont épanouis,
se nourrissent des prisonniers.

Allez donc voir
du côté de Vilnius :
il y a des terres acides,
et des forêts de bouleaux

en retournant une terre noire,
il ne serait pas improbable de trouver des dents dans l’ humus ,
témoignage de génocide ,
ossements et pauvres oripeaux ,

( plus rarement des bijoux ).
Dans ces pays de baltique
il y a de l’ivoire
et de l’ambre

Vous pourrez en parer votre cou,
en visitant les boutiques;
mais qui vous parlera du désespoir,
et des cendres ?

RC – mai 2017

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Philippe Delaveau – Bistrots III


Photo: Anders Petersen

 

BISTROTS (III)

Le buveur parfois regarde au fond de son verre

comme s’il  cherchait le mot qui manque ou le souvenir

il reprend le récit au moment où le voyageur

se perd encore contre l’obstacle ou l’ombre de sa mort

j’irai m’asseoir au fond contre la cloison

près du portemanteau frêle, gibet de cadavres

les parapluies y dorment, les chapeaux sombres

es-tu le voyageur au-dessus de son verre ou ce poète

qui marchait sur le quai de la Mégisserie parmi les fleurs

les oiseaux parlent la langue des paradis qu’ils n’ont jamais quittés

la voix te délaisse tu ne sais plus tu n’avais jamais su

l’odeur du tabac maintenant s’incruste dans le poil du manteau

la laine sous ta veste agace ta peau

la fumée stagne à mi-chemin du plafond et les mots allégés

demeurent dans l’entre-deux d’une conscience attendant qu’on les frotte …

 

 


Il est des paroles précieuses ( RC )


installation:               Michael Heizer

 

Il est                         des paroles précieuses,

De celles qui dessinent un contour inoubliable

A travers l’air, à travers l’espace d’une page.

Il est des voix, qui traversent les époques,

Marquent la peau des mots

De la couleur des choses précieuses,

Et qu’il serait inutile de taire, d’enfermer dans une boîte,

Et de                                      soustraire au monde,

Comme celui qui enfouit son or, sous la terre.

 

Celle-ci a beau garder ses secrets,

Sous l’épaisseur nourricière, parcourue de racines,

On y trouve quelquefois des bijoux, et quelques pièces,

Mais surtout des cadavres,          qu’il est plus décent

De cacher aux yeux des vivants,

Et de cacher aussi les crimes,      des mêmes vivants,

En attendant l’oubli,       – à défaut de pardon

Et le retour à la terre…

 

Sous elle, –                       beaucoup de silence,

De la glaise collante         et des pierres lourdes,,

Mais , des pensées et des voix,                point ;

– Elles ont besoin des vivants

Pour continuer leur course,

De bouche en oreilles,              d’écriture en lecture,

–    De pensées en pensées,         comme ricochant

Sans s’arrêter           sur un fleuve devenu très large,

Que chacun alimente,                           à sa façon.

 

Il est des paroles précieuses,

Marquées de la peau des mots,

Qui coulent de source

Et leur couleur importe aussi ,       peu,

Sans jamais les enfouir

Dans son corps

Ou au creux de la terre.

 

— > Il suffit de les écouter.

RC – 22 avril 2013

écrit  en relation avec un texte  précédent:

« manteau de terre »


Lendemain sans heure ( RC )


peinture: Moralis

Un soir,   – celui d’avant  –  qui s’est prolongé,

bien au-delà du raisonnable,
Si j’en crois le cendrier  renversé,  et deux bouteilles  de
whisky,                        qui ne sont plus  que cadavres…

Je me suis  levé  en titubant dans un jour  gris,
Il faisait gris aussi sur le port   et la mer se confondait avec le ciel,
enfin ce qu’on supposait être le ciel.

Peut-être  que l’horizon, n’est pas nécessaire  le lendemain d’une cuite.

En prolongeant sur le môle, juste  des flaques  luisantes  entre  les  pavés,
accrochant par leur relief, mes semelles lourdes…

quelques notes de couleur fade , des barques  bringuebalantes , retenues par des cordes fatiguées…
L’odeur  du varech,         et des moules  agglutinées aux poteaux.

Personne encore………….                                             je n’ai plus idée de l’heure.

Juste,    en revenant ,        un type                avec un ciré brun,        et des lunettes,
qui est passé  devant moi,                                     sans me regarder.

RC- 18 octobre 2012