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Anna Jouy – Journal sous étreinte 13


art:        Ben Vautier;         J’ai des trous de mémoire 1985

 

 

rendez-vous devant le miroir. me rappelle plus qui je suis. comme un trou de mémoire.  et devant personne. période amnésique, comme j’ai eu ma glacière, mes réchauffements de climat… une strate de sables de plus sur le tumulus.

il y avait quelqu’un là dessous? une enfant peut-être ou alors une vieille âme, que sais-je? on m’annonce des temps très solitaires. faire un diamant dans le cercueil, chier de la nacre autour des blessures, sceller d’ambre la mouche charognarde.  tout cela demande de pratiquer la reptation intense, l’enroulement en coquille,  le ratatinement quoi.

c’est pour cela sans doute que mes facultés mnésiques se font la malle. et que percevant cette image dans la glace, je me demande inquiète d’où viennent ou reviennent ces traits ?

la souffrance appartient à d’autres. ils la vivent. moi  je me dépouille de mes sens, je les jette par- dessus bord ou les concasse jusqu’à l’obtention du caillou. me reste juste l’esprit. comme une manivelle qui tourne. tu penses trop.


Hugues Labrusse – Enjamber le ruisseau


 

art:    Wilhelm Sasnal  _1972

art:        Wilhelm Sasnal _1972

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enjamber le ruisseau
encore le chapitre d’un recueil
et signer d’un caillou
le passage où rien
ne dit mot   .

 

Paru  dans la  revue  « paysages-écrits »


Keith Barnes – Mr Soleil


peinture: enfant de maternelle, année  1975, Lyon

peinture: enfant de maternelle,    année 1975,     Lyon

 

 

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M. Soleil ce matin tu ressembles à un dessin d’enfant –
Ébahi par tes propres points d’exclamation
Aussi étonné de te sentir radier
Que moi qui marche dans ces rues bien tracées
Éclatées en étoiles à l’Opéra à la Bastille
L’Arc de Triomphe République Italie
Ce matin c’est comme si pour t’imiter
Tout se mettait à rayonner
Tu en doutes ? – La preuve ! Je lance un caillou
Dans la Seine
Juste là où tu surprends les vitraux de Notre-Dame
D’elle-même la rosace s’ouvre dans ta lumière
Et projette sur la pierre une autre floraison
Même les grilles des arbres miment
Ta manière de t’épanouir
Autour d’elles les pavés se mettent à onduler
Ils s’ouvrent en éventail se soulèvent vague après vague –
Et moi M. Soleil je baigne dans le bonheur

 

 

Vitrail médiéval  Cathédrale de Chartres

Vitrail médiéval         Cathédrale de Chartres     zodiaque –       poissons


Sylvie Fabre G – Corps subtil


peinture: John  Singer Sargent; Peter Harrison  endormi

peinture: John Singer Sargent;       Peter Harrison endormi

Qui jugera du chemin ? Ton corps respire, une haleine l’entoure, l’autre est ce passant venu des lointains, retournant aux lointains.

Tu dois consentir, fraction du monde, multiplication des années et des êtres.

Quelle luminosité as-tu un jour connue pour ombrer la rencontre ? Tu te retournes, les traces sont là, derrière, devant, elles te précèdent toujours. Tu sens le sceau de lassitude, tes jambes tremblent quand la peur pose son caillou dans le ventre – étalon or. Sur son autel, une main presse l’attente. La parole reflue quand, jeté en pâture, solitaire, le corps s’étiole, les lèvres se pincent, il n’y a plus de pulpe autour des mots.

Qui jugera du chemin ?           Les voies de l’incarnation ont mille possibles, nous empruntons toujours l’unique, impossible.

Sylvie Fabre G., corps subtil – Editions L’Escampette, février 2009

( Un texte que je dédie particulièrement à Arthemisia )

 

 


Fernand Dumont – Il a neigé longtemps


dessin-       Georges Bru

 

 

 

 

Il a neigé longtemps

Il a neigé longtemps sur les tables de l’absence
où je grave ton nom avec un doigt de feu
en t’attendant
comme je suis seul à savoir t’attendre
immobile et désertique
jusqu’au milieu du siècle
s’il le faut
avec ce coeur de caillou noir
taillé pour ne jamais mourir
comme celui que j’ai trouvé un jour
dans le village où tu es née
Ce caillou taillé en amande
il y a si longtemps
qu’on ne peut même plus imaginer
qu’il y avait déjà des hommes
en ce-temps-là
dans le pays où tu es né

Je t’attendrai
avec ce coeur de pierre
et personne ne voudra me croire
quand j’annoncerai ton arrivée
au seul fait
que la neige de la table deviendra grise
et triste
comme la cendre des anciens jours

Fernand Dumont; « La région du coeur » poète surréaliste belge.


Claude Esteban – Le jour ne revient pas, dites-vous


pierres en spirale

 

Le jour ne revient pas, dites-vous,

mais seulement sa blessure,

 

le sang que laisse le soleil quand il s’effondre

au loin tous les corps oubliés veulent savoir

si quelque chose existe sous le sol, qui les rassemble,

une parcelle de substance ou rien que l’ombre,

immobile comme un caillou

peut-être que l’espoir

n’est qu’une entaille dans la chair

une étincelle sans futur dans la mémoire

ne dites pas, quand vous partez,

que c’est le jour qui meurt

 

Claude Esteban (1935-2006)

 

image art: Andy Goldsworthy - méandre


Claude Esteban – Suis-je


photographie de reportage: Islande

 

« Article » -poème  extrait  du blog  « terre  de femmes »

 

 

 

 

Suis-je
quelqu’un qui se regarde partir

et ne retrouve à ses côtés
que la poussière, ai-je perdu

la trace du soleil, une phrase
revient qui me servait jadis de guide

dès l’aube, je descends, je m’allonge
contre un caillou

le prodige
m’attendait là, ce jardin

que j’imaginais immense, les rires
d’une femme dans l’été

suis-je celui qui souhaite seulement
que son corps le quitte
et que les mots désertent le matin.