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Guillevic – Carnac 5


 

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Pas besoin de rire aussi fort,
De te moquer si fort
De moi contre le roc.

De toi je parle à peine,
Je parle autour de toi,

Pour t’épouser quand même
En traversant les mots.


Guillevic – Carnac ( 2nd extrait )


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Sois ici remerciée

De n’être pas pareille à nous

Dont le rêve est toujours
D’être réconciliés

Quand pourtant

Ce n’est pas possible.

J’écris de toi dans un pays
Où le végétal
Ne cesse d’attaquer
Comme si c’était toi
Qui grondais jusqu’ici.

Les menhirs sont en rang
Vers quelque chose
Qui doit avoir eu lieu.


Semis de pierres à Carnac – ( RC )


A Carnac, on a planté des petites pierres,
pour retenir les rayons  de lune.

–  C’était au début, quand elle  a commencé
sa course autour de la terre.  –

Maintenant les pierres ont bien grandi,
ce sont des témoins,

Ils  se sont redressés, au fil du temps,
Communiquent  avec le soleil et le vent :

Ils  racontent,      muets,        en grandes files,       alignés,
beaucoup de choses,            sur ce qu’on ne connaît pas.

Pour notre portée  d’hommes modernes,
C’est  comme un langage  des signes, venu de l’en-deçà…

La nuit venue, elles se déplacent dans leur ombre,
Et grandissent  encore un petit peu, imperceptiblement,

Le dialogue  se perpétue  avec le  sol,
Et le rayonnement  des astres .

Avec leur  station debout, on peut leur attribuer
un caractère, comme si  une présence humaine  était enfermée dedans.

Il se pourrait qu’elles  se soient  rassemblées  d’elles-même,
en vue  d’une  cérémonie à venir.

D’autres  le font de manière  étrangement proche,        dans des pays différents,
Où déjà la distance fait qu’on se demande comment  elles  font.

Peut-être que la roche en marche aurait les instincts     d’une commune famille…
c’est difficile  à dire, et personne  n’a vécu des millénaires pour affirmer le contraire.

Vu leur  silence  apparent,          juste  couronné de vent,
il faut laisser parler  les  légendes  ;          c’est un peu leur chanson.

 

RC –  juillet  2015


Guillevic – A Carnac


 

 

 

 

A  Carnac, l’odeur de la terre

A quelque chose de pas reconnaissable.

C’est une odeur de terre

Peut-être, mais passée

A l’échelon de la géométrie

Où le vent, le soleil, le sel,
L’iode, les ossements, l’eau douce des fontaines,
Les coquillages morts, les herbes, le purin,
La saxifrage, la pierre chauffée, les détritus,
Le linge encore mouillé, le goudron des barques,
Les étables, la chaux des murs, les figuiers,
Les vieux vêtements des gens, leurs paroles,
Et toujours le vent, le soleil, le sel,
L’humus un peu honteux, le goémon séché,

Tous ensemble et séparément luttent
Avec l’époque des menhirs

Pour être dimension.

Femme, femme, au secours
Contre le souvenir
Enrôleur de la mer.

Mets près de moi
Ton corps qui donne.

Toujours nouvelle — et pas
Parce que tu changes.

Toujours nouvelle

Puisque je t’apprends

Et jamais ne sais ce que tu seras.

Donc tu donnes, quand même,
Tu ouvres.

Donne au moins ce qu’en loi
Nous avons investi.

Pour remplacer ce
Dieu
Où nous t’avons jetée,

Nous avons besoin
De trouver la fête.


Il ne semble pas
Que tu aies la tienne.

Pour se faufiler

Dans l’étroit canal

Qui menait au port avant les bassins,

Elles se pressaient, tes vagues,
Lors de la marée,
Elles se bousculaient.

Elles avaient besoin
Que l’interminable
Soit fini pour elles.

Je parle mal de toi.

Il me faudrait parler
Aussi vague et confus
Que rabâchent tes eaux.

Et des éclats
Pour ta colère,

Tes idées fixes
Sous le soleil.

Je n’ai jamais compris
Pourquoi, où qu’ils soient,
Toujours les gens causaient

Et rarement j’ai su de quoi.

Tu fais comme eux,
Tu veux causer,
Tu te racontes.

Ce qu’aussi tu veux

C’est t’allonger jusque dans les terres,

C’est les pénétrer, c’est être avec l’herbe.

Tu fais des rivières,
De vieux marais.

Mais là tu te perds
En perdant ta masse

Et ce néant
Qui te traverse.

Toute une arithmétique
Est morte dans tes vagues.

Il y a des moments

Où l’on te trouve entière,

Brutale d’être toi.

Là tu viens verticale et verte te dresser
A toucher notre face.

Là tu nais en toi-même

A chaque instant que nous faisons.

Parfois tu étais
Un moment de moi.

Je nous exposais
Au risque d’aller,

Car plus tard

Est toujours présent.

Quand je te regardais jusqu’au plus loin possible,
C’est vers le midi
Que je me tournais.

Je l’ai su depuis,
Lumière extasiée,
Horizon vaincu.

Il me semble parfois
Qu’entre nous il y a
Le souvenir confus
De crimes en commun.

Nous voici projetés face à face
Pour comprendre.