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Frédérique Kerbellec – Cette terre


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photo de Boston.com

Cette terre de tant de douleur

cette terre de l’arrachement

terre rude

On harangue aujourd’hui sa dépouille

le grand désastre de l’âme

vendu aux boutiques d’ordures

aux marchés des esclaves

qu’on achète pour rien

Son cri arrache des larmes aux astres

appelle sans secours

les pelotes somnolentes des étoiles

Et ses yeux s’agrandissent

terrifiés

sa voix perdue

brûlée piétinée asséchée

par la prostitution des maudits

par la vanité des immenses

des casseroles de fer

qui volent au vent du Nord

La commisération

les parfums fous

les épines des buissons


Tristan Klingsor – La flûte ,cette jolie bergère à paniers


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La flûte est cette jolie bergère à paniers,
qui s’avance par un pas de menuet
et lance de sa petite voix fine un:
air impertinent

Aussitôt le cor, en soupirant langoureux et docile,
reprend la phrase charmante
et la répète
ainsi qu’un perroquet apprivoisé.

Mais le basson, ce vieillard comique
à perruque poudrée, toussote,
et à son tour commence un compliment
embrouillé en faisant des révérences
de droite et de gauche.

Alors se met de la partie,
comme un docteur bavard
habitué surtout à jouer de la seringue
dans des derrières rosés et joufflus,
le trombone aux éclats grossiers et bruyants.

Et cependant, le fifre, petit arlequin coquet,
prend à ton bras la jolie bergère émue,
et tous deux se content fleurette
sur une rapide suite de tierces,
s’enfuient en laissant là

les trois amoureux bernés
qui se chamaillent furieusement,
jusqu’à ce que le cymbalier réveillé
leur envoie brusquement ses casseroles à la tête,
pour rétablir enfin le silence troublé.

 

 

Tristan Klingsor


Philip Roth – pastorale américaine – (petit extrait )


vue bord fra arch -0585

 

Elle marchait vers le nord-ouest, vers un horizon qu’animait encore un liséré de lumière ; elle avançait dans l’appel du soir de la grive ;

elle longeait ces clôtures blanches qu’elle haïssait, ces fenaisons, ces champs

de maïs, ces champs de navets, qu’elle haïssait, ces granges, ces chevaux,

ces vaches, ces mares, ces rivières, ces sources, ces cascades, ce cresson,

ces osiers (« Les pionniers s’en servaient pour récurer leurs casseroles

et leurs marmites, maman »),                                      ces prairies, tous ces hectares de bois qu’elle haïssait,

elle remontait du village, elle mettait ses pas dans ceux de son père,

du temps qu’il allait, heureux, d’un pied léger, tel Johnny Appleseed,

et c’est ainsi qu’aux premières étoiles, elle avait atteint
les érables séculaires qu’elle haïssait,

et l’imposante demeure de pierre tout empreinte de son être,

qu’elle haïssait, la maison où vivait son imposante famille,

tout aussi empreinte de son être, qu’elle ne haïssait pas moins.

 

petit  extrait  ( vers la fin )  du livre  « pastorale  américaine »


Un miroir refuse de répondre ( RC )


 

Les  sorcières  de Macbeth, en effet
Se posent des questions
En ne voyant plus, de la lune, le reflet
A l’intérieur du chaudron.

Ce sont dans les vieilles  casseroles
Qu’on fait les meilleures  soupes
Mais ce n’est plus très drôle
Quelle que soit la taille  de la croupe

De ces dames, qui s’activent,
Incantations  et recettes
En préparation corrosive
Qui nous laisse stupéfaite…

Et le bouillon, qui tangue
Dans son récipient  de cuivre
Mêlé de cheveux et de langues,
De son fumet va poursuivre,

Sa matière épaisse et visqueuse,
Mais confisquer la lumière
Déchirure pouilleuse
Des mondes temporaires

Une planète noire
S’est échappée des reflets
D’habituelles trajectoires
D’un coup de balai

Comme les bassins des Tuileries
Décrits par Proust, comme des yeux
Vides de regard,          où aucun ciel ne rit
Et un absurde jet d’eau, jaillissant d’un creux.

La fresque des frasques du temps
Va soudain se dissoudre
En un combat de géants
Et territoire des foudres.

Le miroir refuse de répondre
Et de renvoyer les  rayons
Comme dans l’épaisse brume de Londres
L’emprisonnant d’un bâillon .

C’est sans doute qu’il n’y a  rien à voir
Qu’une suite gigogne, emboîte
Ne pouvant percer le brouillard
Ni les volumes, recouverts  d’ouate.

RC  – 3 février 2013


Edith de Cornulier – lovers are gone: les amants sont partis


image : machine volante réalisée sur les plans des dessins de Leonard de Vinci

Lovers are gone

Les amants sont partis, par la porte arrière. Il n’y a plus ni deltaplanes ni montgolfières dans leur ciel si fier. Il n’y a plus que l’océan bleu et ses vagues de nuages au-dessus de notre ville sans chef et sans bagages.

Les amants sont partis sans emmener les enfants. Ceux-ci sont assis dans les écoles, sur les bancs. Seuls au monde et seuls à souffrir sans le savoir, ils existent encore, sans mots, sans jeux, dans leur doux brouillard.

Les amants sont partis sans prévenir personne. Les cuisines laissées en plan exhalent les casseroles qui frissonnent. Plus rien n’a lieu aux alentours. Si l’amour est une trahison, la ville a mis ses beaux atours pour subir le vide et l’abandon.

Les amants sont partis hier avant midi. Ils ont assassiné leurs époux et n’ont rien dit aux enfants. Enfuis sur des machines volantes, ils ne reviendront plus. Je reste mère adoptive, ange gardien, soeur nourricière, du peuple des enfants perdus.

Edith de CL