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une forme douce et un sourire – ( RC )


peinture: Jeremy Annear

 

 

J’ai commencé
par une forme douce et indéfinie,
un peu ovale, mais sans bords,
que j’ai remplie d’un sourire
que je ne peux décrire.

Un sourire,
dont tu es l’ombre portée ,
qui s’étend lentement,
sans avoir de centre.

La couleur est apparue,
lente et dense
mais semblant sourdre de l’intérieur.

Il est difficile de l’expliquer
et encore d’en transmettre une image,
que l’oeil pourrait saisir.

Il suffit de se laisser envahir par sa présence,
s’en laisser traverser,
( enfin s’éprendre de ce désir,
qu’on ne peut même pas qualifier ) .


Justo Jorge Padrôn – une pluie aux syllabes bleues



la pluie tombe en syllabes bleues.
Herbe et feuillages se réveillent,
splendeur qui demeure dressée,
vivante dans la fleur, l’arbre, les parfums silencieux
qui glissent dans les lits du soir comme des fleuves.

la pluie polit de son bleu les pierres noirâtres
et les écale avec douceur depuis leurs centres durs.
Elle palpe leur chair captive, la délivre, la dénude
en corolles à la pulpe rouge.

Sève que le soleil invoque, soleil qui moissonne la pluie.
Feu cruel asséchant le vert en sa sveltesse,
prairie qui s’asphyxie en sillons désertiques,
pétale rouge qui s’achève en roche,
roche qui se replie, qui s’emprisonne
et se tait, sourde et noire, jusqu’au jour du miracle :
où toute audace, arrive le printemps
qui nous apporte une pluie de syllabes bleues.


Le livre qui nous partage ( RC )


 

 

 

_

 

 

 

Du  livre qui nous partage

Chaque instant a sa page

 

De celles  d’avant, nous pouvons lire

A celles  d’après sauf à prévoir l’avenir

 

Il nous reste à les  écrire

Les vivre en grand dé-lire

 

Toutes, lentement se superposent

Et nous métamorphosent

 

Les anciennes et les récentes

Résonnantes,  ou absentes

 

Qu’elles soient vierges ou tachées

Elles nous sont toutes  attachées

 

Reliées  à notre ventre

Attachées à notre centre.

 

 

RC   5 dec 2011  –  modifié  juillet 2012

 

 


Claude Esteban – l’œil est au centre et chaque chose est juste


 

peinture: aquarelle perso (détail central)... à partir de la Ronde de Nuit de Rembrandt

 

 

 

 

 

L’œil ne connaît pas

l’œil, il est

au centre et chaque chose devant lui

est juste et se confirme, l’œil

ne regarde pas, il sait

d’abord et comme il sait, il voit

il trébuche, tout

près,

sur l’invisible. »

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extrait de

Étranger devant la porte (I. Varitions), Claude Esteban, Farrago / éditions Léo Scheer, 2001, p. 31.

 

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