voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “chambre

Leslie Kaplan – livre des ciels


 

Résultat de recherche d'images pour "edredon"

La chambre, notre grand lit plat. En face, l’armoire avec le miroir rigide.
Reflet.
Je suis avec lui, sous l’édredon. L’édredon est épais, à plumes, il ne pèse rien.
Carreaux multicolores, on est dessous, vivants.

Il est à côté de moi. Je vois la peau élastique, les yeux qui cherchent.
Il est là, allongé.

Par la fenêtre, le ciel humide, ses trous et ses volumes.
L’édredon est léger, envahissant comme une déchirure.


Rien ne peut repousser la nuit – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "duchamp fresh widow"

Elaine Sturtevant d’après  Marcel Duchamp :  » fresh widow »

Il y a cette fenêtre :
Les ténèbres s’y prélassent .
Peut-être est-ce le jour
qui ne peut rentrer :

Ma chambre, comme ma tête,
est close de rideaux noirs,
fermée sur sa blessure,
où se sont dissoutes les joies ,
que m’offrait ton visage
si loin dans le temps,

que je ne rappelle plus bien
—ni de son expression exacte,
—ni de la chaleur
qui m’envahissait .

Ma blessure a saigné ,
       puis le sang s’est retiré,
en marée descendante .
Je ne peux même plus ,
saisir la lumière :
mes veines sont sèches ;

rien ne peut repousser la nuit .

 

RC – juin 2017


Paul Farelier – La chambre est un lac de mémoire


14b2[1]

photographe non identifié

 

la chambre est un lac de mémoire
là où était le lit on n’ose pas marcher

c’était l’an dernier
les meubles
on revoit mal les meubles
vendus
ressuscites ailleurs dans .l’amnésie
de chaleurs nouvelles
mais la tenture
sale
inégalement indiscrète
le vieux destin y accroche
ses mains

près de l’interrupteur
où le couloir amorce
la contamination de l’ombre
et il y a tant de vent dehors
que l’allée déchire les basques du jardin
et tant de cris d’enfants dans l’escalier
qu’il va se dévisser

Paul FARELIER
« Syllepses n° 6 »
in « Poésie 1 » n» 75
(Éd. Saint-Germain-des-Prés)


Anna Niarakis – Dans une chambre d’un autre continent ( Quantum )


Dessin: Sam  Szafran

Dessin: Sam Szafran

Tu es quelque part ,ailleurs.
Dans une chambre d’un autre continent.
Murs décorés avec des cadres trouvés dans des poubelles
Il y a quelque part mes lettres, cachées .

Pour moi, ici,  quelque part .
Dans une autre chambre.
Ornée de photos de bébé.
Il y a quelque part cachées
tes lettres.
Nous ne pourrons jamais nous répondre, tu as dit.
Chacun portant sa propre solitude.
Nous ne nous écrirons plus
Les murs et les étagères ne pouvaient supporter,

d’autre décoration.


Yvonne Green – La chambre de mon père


peinture: Edgard Degas  -  Portrait de Duranty

peinture:           Edgar Degas –       Portrait de Duranty

La chambre de mon père

Mon père avait une chambre mansardée où il  écrivait ses livres .
Quand il n’ était pas là, j’avais l’habitude d’y aller et de regarder.
Il y avait des bouts de papier arrachés , de bloc-notes en spirale;
des catalogues de maisons d’enchères, du texte entouré de cercles, aux pages écornées,
le prix de réserve marqué dans un code; une chaise pliante dure,
une table aux tréteaux éclatés        et toujours son odeur .

À côté de sa chambre , il y avait une chambre pleine de livres et des bibliothèques;
des livres à l’intérieur,d’autres, empilés,et sur le sol (mon dictionnaire
un petit Larousse recouvert de papier brun de mon père
provenant du camp de prisonniers ).

Je ne me suis  jamais assise dans la bibliothèque, quand mon père était là
J’ avais peur de lui et de toute façon nous n’y étions pas admis
quand il se concentrait.
Il détestait faire ses livres mais je crois qu’il aimait être seul.

J’y allais après qu’il soit parti
comme une façon d’être auprès de lui.
Puis je suis allée à la bibliothèque
où tant d’histoires abandonnées sont ensemble sous la poussière
jusqu’à ce que je les ouvre, poudrant le bout de mes doigts.
—-

trad  RC

texte  original ci-dessous

My Father’s Room

My father had an attic room where he did his books
when he wasn’t there I used to go and look.
There were scraps of paper torn off spiral pads;
auction house catalogues, text circled, pages dog eared,
reserve prices marked in code; a hard folding chair;
a splintered trestle table and always the smell of him.

Next to his room was a room full of books and bookcases;
books in them, on them and on the floor (my dictionary
a tiny Larousse covered in brown paper was my father’s
from prison camp).

I never sat in the book room when my father was there
I was afraid of him and anyway we weren’t allowed
when he was concentrating. He hated doing his books
but I think he liked being alone. I’d visit after he’d gone
as a way to be near him. Then I went to the book room
where so many abandoned stories gathered dust
until I opened them, powdering the tips of my fingers.

(from The Assay Smith/Doorstop 2010)


Marcel Olscamp – Confidence


, , ,

.

.

photo Nikole Ramsay

CONFIDENCE

Le siècle des passions vient mourir au chevet
d’un langage cassé qui perd jusqu’à mon nom
entre les draps trop blancs d’une chambre scellée
dans une ville éteinte aux rues déshabillées
comme une femme nue sous le regard d’un chat
qui serait mort d’ennui le jour de ma naissance
en lissant son pelage au fond d’un autobus
qui tournerait le coin de la rue pour de bon
Le père se déchire en tenant dans sa main
le chapelet noirci de ses jours de vivant
nous regardons les murs pour ne pas voir le mal
nous glisser sous les yeux de sa voix trébuchante
Mais dites aux coins des rues que je ne viendrai plus
voir mourir les années dans cette chambre blanche
la force m’est venue de porter mon regard
sur le désert de miel entre le monde et moi
la tempête est cassée, le monde est hors de lui
et tous les vieux secrets se déchirent au vent


Variation d’ombre – 02 – Camera Obscura – ( RC )


Tout se passe en dehors,
De notre champ de vision,
Quelque part, une lumière bouge,
Se brise en éclats sur le verre,

Se multiplie sur les glaces,
Et nous revient,
– Boomerang dévié -,
Juste une partie…

Hors-champ, se jouent
De curieuses batailles,
Je perçois des mouvements,
Et les formes se mélangent…

Dans la chambre obscure,
Juste un trou dans le volet,
Inverse le monde,
Et décrit le vent, dehors.

Toujours à mon regard,
Il faut interpréter le silence,
Et les silhouettes .
Elles se superposent,

Portées de distances différentes,
Et se mélangent,
Peut-être se mangent entre elles,
Pour s’aplatir, dès qu’elles le peuvent;

Sur le mur de la chambre,
Pellicule mobile…..
J’habite à l’intérieur,
D’un ancien appareil photo.

Camera Obscura.

Effets « camera Obscura » de photographyblogger


Marcel Olscamp – Piazza Navona


   photo : Emanuel Tanjala –                         fontaine des 4 rivières piazza Navona                   Rome

Les bruits des rues séchaient déjà
fragiles dans leur nuit de pluie
lorsque l’amant de ton roman
sortit transi de ta valise
en répandant sur le trottoir
la rumeur douce de ces heures
où tu lisais en m’attendant
Alors j’ai roulé les rues
comme une langue amère
et j’ai relu ma chambre
avec mes draps sans toi
presque sans moi

.


Parfum & image – (RC )


photographe non identifié

photographe non identifié

Virevolte au travers de la chambre,

Une senteur, habillant ta présence,

Qui n’est plus qu’un petit creux,

Sur l’oreiller, et parmi les draps

-Un peu froissés., il y a un ou deux,

Fils d’or – tes cheveux…

Tu n’es plus là, et même,

Si lentement, le parfum, se dissipe…

De l’absence il n’est plus distance-

Quand les nuits persistent,

A remplir d’ivresse, ton image.

Elle envahit tout l’espace,

Sans rumeur ni tapage,

Et revient , équilibriste

Sur la pointe des pieds,

En attendant, ton retour.

RC –  17 septembre 2013


Ivan V. Lalic -Lieux que nous aimons


photographe non identifié

photographe non identifié

Les lieux aimés n’existent que par nous,

L’espace détruit n’est qu’apparence dans le temps durable,
Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner,
Les lieux aimés ensemble, ensemble, ensemble.
Et cette chambre est-elle chambre ou caresse,
Et qu’y a-t-il sous la fenêtre : la rue ou les années ?
Et la fenêtre n’est-elle que l’empreinte de la première pluie
Que nous avons comprise, et qui sans cesse se répète ?
Et ce mur n’est-il pas la limite de la chambre, mais peut-être
de la nuit
Où le fils vint dans ton sang endormi,

Le fils comme un papillon de feu dans la chambre de tes miroirs,
La nuit où tu eus peur de ta lumière.

Et cette porte donne sur n’importe quel après-midi

Qui lui servit, à jamais peuplé
de tes simples mouvements, lorsque tu entrais

Dans ma seule mémoire, comme le feu dans le cuivre;

Quand tu es absente, derrière toi l’espace se referme comme l’eau ;

Ne te retourne pas : il n’est rien en dehors de toi,
L’espace n’est que temps visible d’autre manière;

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner.


Ivan V. LALIC
« Temps, feu, jardins »      (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)


Marcel Olscamp – Confidence


photo perso  2006  Mons ( 06), porte oblique

photo perso 2006 Mons ( 06), porte oblique

_

 

Le siècle des passions vient mourir au chevet
d’un langage cassé qui perd jusqu’à mon nom
entre les draps trop blancs d’une chambre scellée
dans une ville éteinte aux rues déshabillées
comme une femme nue sous le regard d’un chat
qui serait mort d’ennui le jour de ma naissance
en lissant son pelage au fond d’un autobus
qui tournerait le coin de la rue pour de bon
Le père se déchire en tenant dans sa main
le chapelet noirci de ses jours de vivant
nous regardons les murs pour ne pas voir le mal
nous glisser sous les yeux de sa voix trébuchante
Mais dites aux coins des rues que je ne viendrai plus
voir mourir les années dans cette chambre blanche
la force m’est venue de porter mon regard
sur le désert de miel entre le monde et moi
la tempête est cassée, le monde est hors de lui
et tous les vieux secrets se déchirent au vent.

une notice biographique  sur l’auteur

 


Thomas Pontillo – ce qu’a dit la beauté


peinture:  Andrew Wyeth,  de la suite "Helga"  aquarelle

peinture:             Andrew Wyeth,           de la suite    « Helga »        aquarelle

 

 

 

extrait final de    » ce  qu’a  dit la beauté »

 

 

Les étoiles s’attardent, la chambre
respire dans la chaleur
d’un été nocturne,
tu te réveilles, le lit défait
nos rêves et nos vies.
Tu soulèves le poids de ton corps comblé d’images
et parle à mon visage
puis mon regard, puis ma bouche
et enfin dis ces mot de pudeur :
que la beauté à jamais perdure dans nos mains…

 

 

par rapport  à Andrew Wyeth,  on peut  également  parcourir  ce texte  perso

 


Pierre-Jean Jouve – Lisbe


peinture        Egon Schiele          couple d’amants        -1913

LISBE

Des ressemblances nous ont égarés dans l’enfance
Etions-nous donc du même sang
Des merveilles se sont passées qui nous ont fait peur
Près des édredons de pleur et de sang rouge
Etions-nous du même sang quand je rencontrai ta blondeur
Avions-nous pleuré les mêmes larmes dans les cages
Et quels attentats en de secrètes chambres
Nous avaient faits aussi à nu que nos pensées ?
O mort il me revient des sons étranges
O vive et un peu rousse et la cuisse penchée
Tes yeux animaux me disent (velours rouge)
Ce qu’un génie n’ose pas même imaginer.

PJJ

et pour  faire transition avec mes   « yeux  fertiles  du temps », ce texte  de José Gorostiza

 

LE RIVAGE

Ni eau ni sable
n’est le rivage.

Cette eau sonore
d’écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.

Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n’est le rivage.

Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.

Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.

Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.

Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.

José Gorostiza (traduction claude Couffon)

 


François Corvol – Parfois il entre dans la maison


photo Beatrice Helg,      rencontres  photographiques  d’ Arles   2006

 

 

Parfois il entre dans la maison

Parfois il entre dans la maison, je l’entends
dans les combles gratter le bois déplacer les grains
est-ce un mulot un loir une pensée je vois
les araignées tisser les toiles pour le retenir
le chat lever un œil, la chambre se tiédir je l’entends
parfois cet air habité ce vent venu de loin
des calottes polaires des bouches inconnues
il veut faire partie de la demeure, il veut le couvert
la chaise le versant, il investit les lieux
puis repus retourne d’où il est venu, nous laissant
démunis les bras nus

 

 

 

 

29 février 2012


Jean Daive – Plusieurs fois.


Art Andy Goldsworthy

Dans la neige s’enfoncent des lieux habités : la chambre qui veilla le miroir où j’étais,

le plus grand arbre du jardin où je suis. Et les sols dépossédés flottent parmi les

branches, recouvrent, ouvrent tous les ciels, me perdent : Seul. Plusieurs fois.

La neige. La nuit. Quelque regard où je fus.


Jean Daive

in  » 1, 2 de la série non aperçue «

 

 



Joe Bousquet – ronde d’enfants


 

photo: Janet Ingram

 

 

 

A -cette ronde d’enfants
Que tant de peine a suivie
Vous n’étiez vous qu’en passant
Chansons qui fûtes ma vie

Vous dont je fus la clarté
Beaux jours courbés sous leur ombre
J’ai vécu de vous compter
Je mourrai de votre nombre

Possédant ce que je suis
Je saurai sur toutes choses
Que la chambre où je grandis
Dans mon coeur était enclose

 

 

Joe Bousquet,  La connaissance du soir (1945)

 


Permis de démolir ( RC )



Permis de démolir

En tranches d’intérieurs
L’intimité s’offre au dehors

Au soleil, à la pluie, comme décor
C’étaient des logements, des demeures

Des chambres à coucher offertes
Superposées d’étages,

Aux souvenirs de sommeil, et d’images
De la façade ouverte

Pendent des papiers peints
Que la lumière, va, déteints

Et s’en détachent bientôt, des lambeaux
Aux murs encore accrochés, les lavabos

Et au dessus l’inévitable miroir –tablette
Fantômes de vie, toilettes

S’incruste en zigzag, le fossile de l’escalier
La rampe encore fixée, entre chaque palier

Et puis au sol, parmi les gravats
Les plafonds défoncés, les poutres affaissées

S’affichent les traces d’une vie délaissée
Un chien trottine, au milieu des papiers gras

Des ballons, et jouets d’enfants abandonnés
Et de vieux objets rouillés

Offerts au vent , et à l’herbe mouillée
… En attendant,            le nouveau parking goudronné !

RC 15 avril 2012


Marina Tsvétaïéva – Tentative de jalousie


penture : Nicole Cerutti: Baptiste à la flûte

… J’aimerais vivre avec vous
Dans une petite ville,
Aux éternels crépuscules,
Aux éternels carillons.
Et dans une petite auberge de campagne
Le tintement grêle
D’une pendule ancienne – goute à goutte de temps.
Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde,
Une flûte
Et le flûtiste lui-même à la fenêtre.
Et de grandes tulipes sur les fenêtres.
Et peut-être, ne m’aimeriez-vous-même pas…

 

Au milieu de la chambre, un énorme poêle de faïence,
Sur chaque carreau, une image :
Rose, cœur et navire.
Tandis qu’à l’unique fenêtre,
Il neige, neige, neige

 

Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux,
Indifférent, léger.
Par instant, le geste sec
D’une allumette.
La cigarette brûle et se consume,
Et longuement à son extrémité
– Courte colonne grise – tremble
La cendre.
Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber.
Et toute la cigarette vole dans le feu.

 

                                                                                                       10 décembre 1916
Marina Tsvétaïéva

Ivan V. Lalic – Lieux que nous aimons


peinture: Chardin: cruche, verre et eau 1760

 

 

Lieux que nous aimons

Les lieux aimés n’existent que par nous,

 

L’espace détruit n’est qu’apparence dans le temps durable,

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner,

Les lieux aimés ensemble, ensemble, ensemble.

Et cette chambre est-elle chambre ou caresse,

Et qu’y a-t-il sous la fenêtre : la rue ou les années ?

Et la fenêtre n’est-elle que l’empreinte de la première pluie

Que nous avons comprise, et qui sans cesse se répète ?

installation: E Kienholz 1964 l'anniversaire

 

Et ce mur n’est-il pas la limite de la chambre, mais peut-être de la nuit

Où le fils vint dans ton sang endormi,

Le fils comme un papillon de feu dans la chambre de tes  miroirs,

La nuit où tu eus peur de ta lumière.

Et cette porte donne sur n’importe quel après-midi

Qui lui servit, à jamais peuplé

de tes simples mouvements, lorsque tu entrais

Dans ma seule mémoire, comme le feu dans le cuivre;

Quand tu es absente, derrière toi l’espace se referme comme l’eau ;

Ne te retourne pas : il n’est rien en dehors de toi,
L’espace n’est que temps visible d’autre manière;

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner.

 

Ivan V. LALIC   « Temps, feu, jardins »  (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)

photo perso 2004 - Languedoc


Robert Piccamiglio – Midlands – 01


J’apprécie beaucoup les textes  de Robert Piccamiglio;  Poète, il est aussi l’auteur  de romans  et pièces  de théâtre…

Son grand  récit  « Midlands », fait écho  – hommage, à son père, mineur…

en voici un court extrait…   (  j’ai fait attention à respecter  les  retours de ligne).

peinture: Tentation de St Antoine - Jerome Bosch

 

———

Le matin quand je suis parti

Peggy dormait encore.

Ou faisait-elle seulement semblant ?

Mais quelle importance !

elle avait su se montrer si aimante

malgré la tristesse de ses yeux.

Avant de quitter la chambre une main sur la poignée’ de la porte j’ai fait un signe amical aux poissons multicolores enfermés dans l’aquarium.

Toujours en mouvement. Nageant silencieusement. Sans but.

Mais pourquoi dans le fond faudrait-il toujours chercher un but?

De Denvers nous avions filé dès le lendemain vers le Texas. Houston.. La ville près du désert.

De la fenêtre de l’hôtel je l’apercevais au loin. Charnel. Immobile. Mystérieux.

Avec ces dunes déployées

comme des ailes battant d’une mesure millénaire les promesses de l’horizon.

J’ai fermé les yeux

et j’ai pensé à des épaules dénudées

de femmes.

Ces femmes que nous avons cru aimer.

Ou était-ce nous-mêmes que nous cherchions

à aimer un peu plus à travers elles ?

Le matin la fille est sortie la première de la chambre. Je devais dormir. Ou je faisais seulement semblant


Valérie Rouzeau – pas revoir – A


De dans la chambre où j’ai grandi le gel a gelé l’eau d’ondine.
Je dors là, craque le plastique – dehors toute une éternité
hulotte chante clair.

ph: - hulotte

Avant le coucher mon père et moi chacun à un lavabo lui se
trouvant jaune moi mentant que pas tellement.
Mais il était jonquille, forsythia, du tout la bonne heure de
printemps.
Les beaux jours vivement (qu’il disait) vivement.