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Un habit pour la ville – ( RC )


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peinture:  C Soutine:  Cagnes

La ville se déplie,
tel un accordéon.
Les maisons sont en carton,
et quand le jour s’enfuit
ainsi un animal craintif,
qui se terre, et se dissimule :
derrière la pellicule.
Comme , de la photo, son négatif

alors les façades se déhanchent,
passent par-dessus bord,
aussi je vois l’autre côté du décor,
fondu dans la nuit blanche.
Le pinceau de la lune
lui donne des airs d’hiver :
elle répand une petite lumière
tout à fait opportune.

La ville est ainsi repeinte,
soumise à son propre sort
éloignée soudain de son port,
et de ses empreintes :
on se sait par quel sortilège
les immeubles se confondent :
c’est un nouveau monde
recouvert par la neige .

Les traces du jour sont effacées :
sous une ouate épaisse
cachant même la forteresse ,
– une antiquité dépassée – .
Les trottoirs ont fait peau neuve
La ville dort encore :
( aux meurtrissures devenues indolores.
il n’en existe plus de preuves ).

Tous les crimes sont pardonnés :
on a tourné la page
et fait le ménage,
libéré les condamnés :
Dans un air glacial,
un nouveau chapitre est à écrire,
offert à l’avenir
sous un habit virginal .


RC – dec 2016


Comme le tissu se relâche ( RC )


 

photo Emmanuelle Gabory

 

Pressentiment de rupture,
Comme le tissu se relâche,
Les liens s’effilochent,
Le sol n’est plus stable,

Notre trame a sa déchirure,
Des non-dits qui cachent,
Petite histoire moche,
J’avais construit sur le sable….

Changement de cap, ….tu pars à l’aventure,
Du beau regard, l’horizon lisse, a maintenant des taches
…. Ta photo oubliée dans ma poche
Prise, éprise, – comme je le fus – d’appareil> jetable

Notre livre, au dernier chapitre, d’écriture,
Paroles et rancoeur, je remâche,
Je m’doutais bien que quelque chose cloche…
Au passé   devenu soudain     insupportable.

RC  – 20 septembre 2013


Redon – les plaisirs , les jours , les ors de Redon ( RC ) – M Proust- Arthemisia


Sans les larmes, les yeux pleins, au regard immobile, le vertige des chevaux peints, passent en demain les belles ors de Redon,

dansent, ma neige, en cercles aériens, tourbillon vertical aux ailes enlacées,

la terre se soulève aux équidés embrassés , point de quotidien qui finit, l’aventure de l’Arc en ciel,

recommence à chaque mouvement des nuées, la terre a sa chaleur d’été, les ombres sont en fumées,

dissoutes dans un bleu inventé, le goût des heures demeure        …. au temps immobile des plaisirs et des jours…

les « plaisirs et des jours » fait bien sûr référence à Marcel Proust

dont voila  l’extrait final de  « les Tuileries » …  un texte très « imagé », qui m’avait fortement marqué en tant que collégien…

photo:

Bernard Legon            Sculpture:                   Coysevox:                  allégorie de la renommée

 

Au bout de la Terrasse, un cavalier de pierre lancé sans changer de place dans un galop fou, les lèvres collées à une trompette joyeuse, incarne toute l’ardeur du Printemps.
Mais le ciel s’est assombri, il va pleuvoir. Les bassins, où nul azur ne brille plus, semblent des yeux vides de regards ou des vases pleins de larmes. L’absurde jet d’eau, fouetté par la brise, élève de plus en plus vite vers le ciel son hymne maintenant dérisoire. L’inutile douceur des lilas est d’une tristesse infinie. Et là-bas, la bride abattue, ses pieds de marbre excitant d’un mouvement immobile et furieux le galop vertigineux et fixé de son cheval, l’inconscient cavalier trompette sans fin sur le ciel noir.

le même cavalier  ( le Renommée, du sculpteur Coysevox ), par un temps différent,  montage perso

le même cavalier (  la  » Renommée »,      du sculpteur Coysevox ),    par un temps différent,                 montage perso

—-

et Arthemisia, dans  son post  » Finir bien« …   « me répondit »

 

https://ecritscrisdotcom.files.wordpress.com/2012/12/73a97-redon2ble2bchar2bdu2bsoleil.jpg

 peinture: – Odilon REDON  Le Char d’Apollon   Vers 1910

Ce cavalier là avait les yeux pleins. Ils repoussaient la pluie, appelaient le soleil, et même quand il s’éloigna, ils laissèrent sur la terre une couleur nouvelle, inconnue, hors de l’arc en ciel, qui donna du goût aux heures, et le courage d’aller vers soi.

Dans l’habitat du quotidien, ils offraient la force des lendemains. Des autrement.

Cela aurait pu être le début de l’histoire. Ce fut son dernier chapitre.

Il fallait bien finir.

Il fallait finir bien.

© Arthémisia – 05/2011


Taire le silence ( RC )


photo:               Barbara Morgan

Si j’apprends  à  taire le silence
En jetant quelques cailloux dans l’eau
Alors, la surface  remue, et se souvient
En cercles  concentriques, des éclaboussures
Et des gestes  ténus,
Qui repoussent  quelques  secondes la léthargie,
En laissant ,          une place à la vie.
Mon geste n’est plus là, mais seulement sa trace
Comme lorsque je passe un doigt distrait
Sur la couche  de poussière recouvrant le buffet.

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
Le murmure  de l’histoire,  et l’invisible est crédible
Les brioches  dorées,  le zeste des parfums,
Le sillage  d’un regard, au détour  d’un reflet,
Le souffle  des choses, agitant les feuillets
Les chapitres  du bonheur, que révèle
Un pinceau de lumière à travers les nuées
Eloignées  des étoiles, et dénuées
De l’ombre   –   qui fait l’importance.

Si j’apprends  à taire  le silence,
C’est pour mieux  traduire
Une langue d’avant qui te ressemble
La prolongation d’une  grâce
Que n’offrent ni les mots
Ni la parole rhétorique,
Les doigts ouverts  de l’invisible
Quand ils te dessinent à mes yeux:
Une veine qui palpite à ton front,
Et la courbe  d’une hanche…

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
A  rassembler les  indices,
Peut-être à inventer,
A rajouter  des brillances
Et des couleurs  de voix,
Imiter  rivières  et cascades,
Et l’ombre des collines
Qui dessine des courbes
Sur le désir de l’instant
Que les lèvres promettent.

 

 

RC –   6 octobre 2012                ( évocation d’une  démarche  créative… je pensais  à la photographie )


Goutte-à goutte des pages et légendes ( RC )


peinture: détail de peinture perso            acrylique sur carton       1987

 

C’est un goutte à goutte qui lentement  remplit la jarre,
Une  épopée, un chapitre qui démarre
Cette  eau, qui  peu à peu s’ajoute, autour de l’ile
Ce sont des larmes qui murmurent, aux places de la ville

Le nom d’un ciel, qui se vide et pousse ses ombres
Les fontaines  qui tournent, autant qu’elles encombrent
Les mots  qui cascadent, dont le poids fait bascule,
Leur addition,         récit de vie,       nous bouscule

Comme des roues à aube,  le mouvement,
Toujours porté, vers l’avant
Fait tourner une partie du monde, ou davantage
Chaque  fois effeuillant une page.

Ce sont des légendes qui se chantent.
Des histoires qu’on enfante
Que l’on écrit ou que l’on porte
Dans les mémoires,      peu importe

Au parcours qui ne s’explique pas
Dont on garde la trace, pas à pas.
C’est,           portés par les mots
Au vent portant aussi les  eaux

Un mouvement qui va au ciel
Que l’on dit                perpétuel
Une nouvelle page avancée
Sans cesse    recommencée

De celles  qui se ressemblent
Autant qu’elles  s’assemblent
Même si, de pente, elles  dévalent
Ou bien qu’elles  s’étalent…

Aux histoires  décrites plus haut
Différentes en celà, des deux  gouttes  d’eau.
S’accumulant sur la table
Sans être pourtant semblables…

Chaque livre offre son voyage
De bibliothèques, en rayonnages
Pris  dans la main, ces écritures
Donnent  à l’esprit de l’aventure;

Et gouttes de littérature habitées
D’histoires d’humanité,
Un tonneau des Danaïdes
Qui jamais ne se vide..

RC-      10 juillet 2012


« L’encre versée sur les amours – (RC)


L’encre versée sur les amours, – on sait à quel point on s’attache….
Peu disent ,            des amants,         que cela fait tache…
Et puis de cette encre,          de ces plaisirs, et cris
On peut en retrouver la trace,              les écrits..

On dit bien que si les paroles s’envolent,  les écrits restent
Ils sont alors moins volatils           et impriment nos gestes
Aussi… à faire venir cette encre              par litres
Et à réécrire l’histoire, c’est             par chapitres

Qu’on la parcourt            en toute saison
Et qu’on emménage         en tous horizons
Au creux de son épaule, à l’image de ton visage
Aux sensations de ses mains, c’est déjà un voyage

Qu’un printemps fait éclore par dessus les frontières
Aussi bien aujourd’hui , qu’on écrira l’hier
Du visible, en sensible, encres sympathiques
Je dessine, -mots et images- un portrait magnifique..

RC
5 avril 2012

— petit commentaire perso:  — »  au creux  de ton épaule, pour ligne  d’horizon » ,  est extrait du texte  d’une  superbe chanson interprétée par Catherine leForestier   » au pays de ton corps »

Ce à quoi répondit Manouchka…

Manouchka
5 avril 2012 at 17 h 01 min

Une Larme versée,
Coule sur ton cou d’Ocre,
Comme une Huile parfumée,
Sur nos Vies médiocres…

Par delà la Lumière,…

…  suite visible  dans les  commentaires  à « Messager de l’art »

Accompagnement pictural:  Andrew Wyeth,  peintre américain au style réaliste très particulier,

qui est un des grands maîtres  de l’aquarelle,                             dont je montre  deux  exemplaires, extraits du

livre  « la Suite Helga »  (  toute une  série  étant consacrée à sa compagne, Helga ), au physique un peu « rude »

mais par rapport à laquelle, le peintre  arrive  vraiment  à nous transmettre une sensualité impressionnante..

d’autres  accompagnements  dans mes posts  précédents  montrant d’autres  oeuvres  de la suite Helga …., par exemple  trois  posts  avec des textes  de  l’écrivaine  Else Lasker-Schüler..., ou bien ici 


La vie chrysalide (RC)


 

photo perso: signes au sol.Le Villaret 2009

 

La vie  chrysalide-

 

 

Ma chrysalide  je me la suis  construite

Modelée de cœur et de pensées, —– j’y habite

Un cocon tapissé de musiques, de toiles en attente

De travaux en cours, la truelle pour modeler les fentes

 

Mais au cours des années,            dans ce petit endroit

J’y ai mis tant de choses,               que je suis à l’étroit

Mes chapitres s’entassent,            les écrits s’empilent

Mon histoire, je l’ai peinte,     et les années      défilent

 

Quand il faut qu’je respire,           je sors une antenne

Je prends tous les mots doux,       et ceux de la peine

Je sais donc qu’existe,  un plus                    large espace

Qui souvent me suggère, d’autres pays, d’autres traces

 

A trop me gaver, le sol a tangué,                         je suis mal assis

Chaise prisonnière des colonnes de livres,    les murs ont rétréci

Il s’abat sur moi, en  un vol gracile,              des milliers de pages

A cette  avalanche j’ai compris soudain ,         que j’étais en cage.

 

J’aurai pu aussi,  tricoter malin,                        un feu d’cheminée

Pour  faire du vide,    et organiser,                              mon autodafé

Ma mémoire pourrait , en un court instant       , partir  en fumée

Resterait, l’usage du cœur, le reste                                    éliminé

 

Mon ptit doigt m’a dit,                              ça n’peut plus durer

Tu vas prendre la route, et ton balluchon,    et déménager

J’ai fermé à clef, et je suis parti,               avec esprit avide

Conquérir le monde, pour  laisser ici,      ma vie chrysalide.

 


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