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Jean-Claude Pinson – miettes célestes au début de l’automne


phare  de Collioure  1905  coll  privée  .jpg

 

peinture : HMatisse    le phare de Collioure

 

bordé certains jours j’oublie le ciel pas le moindre regard pour ses trains de nuages

( je sais la métaphore n’est sans doute pas neuve  mais j’ai l’excuse
de deux générations d’ancêtres cheminots )

pourtant il est là piscine fraîche en l’air où je peux toujours plonger
en renversant la tête il suffit de sortir c’est le soir par exemple
je vais sur la terrasse pour y secouer la nappe dans le silence du vent tombé
il y a une odeur fragile de fumée on dirait qu’elle ramène en ville
des dépouilles humides de hameaux
et comme un paysan inquiet du temps
je lève les yeux vers la cheminée voisine qui dévide une laine claire et droite
une sonde vers la nuit qui vient
il est trop tôt pour qu’il y ait beaucoup d’étoiles
dans le ciel dont la couleur vers l’océan vire encore au bleu métallisé

je reste à regarder longtemps ces quelques miettes tombées peut-être d’un grand festin
d’avant que la terre refroidisse ou bien du bras géant d’une semeuse à l’ample geste
et j’imagine que c’est elle la déesse qu’on voit sur des timbres anciens


Jean Guéhenno – l’orange de Noël


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Noël, dans mon enfance, c’était le JOUR ou on me donnait une orange et c’était un grand événement

Sous la forme de cette pomme d’or, parfaite et brillante, ]e pensais tenir dans mes mains le bonheur du monde

Je regardais ma belle orange , ma mère la tirait de son papier de soie ,

tous deux, nous en admirions la grosseur, la rondeur, l’éclat ,

]e prenais dans le buffet un de ces beaux verres a pied en cristal qu’on achetait alors dans les foires Je le renversais, le mettais à droite, au bout de la cheminée, et ma mère posait dessus la belle orange

Pendant des mois, elle nous assurait par ses belles couleurs, que le bonheur et la beauté étaient de ce monde

Quelquefois, je la palpais, Je la tâtais

II m’arrivait d’insinuer qu’elle serait bientôt mûre

— Attendons encore ! répondait ma mère,

quand nous l’aurons mangée, qu’est-ce qui nous restera ! ( )

Jean GUÉHENNO          « Changer la vie »                        (ed Grasset et Fasquelle)


Ecrits des cendres – ( RC )


image – Anselm Kiefer – livre… extrait  de  « the  books  of Anselm Kiefer »

Point d’atouts de cartes,
D’une page, les taches,
Devenue brouillon, ça fâche,
Que d’une main j’écarte

L’écriture s’ensommeille,
Point de phrases ne rattrapent,
Sur la page , le stylo dérape,
C’est direction corbeille…

Mon roman ne veut pas se terminer,
Comme on dit   »  à l’eau de rose « ,
Les chapitres se décomposent,
Dans un autodafé de cheminée…

Aux flammes, et la fumée,
Tourbillonnent les mots,
Et les paroles en trop,
Autour du foyer, allumé.

Il n’y a plus rien à prendre,
S’éparpillent, points  et virgules,
Les belles lettres  et les majuscules
Se sont réduites  en cendres.

RC –  21juin et  3 juillet 2013

( incitation: « La page et moi »  de JoBougon…)

 


Marie-Ange Sébasti – Redresser les Méandres — suivi de ma « réponse »


photo: Anne Heine

Souvent, je tentais de redresser les méandres, d’élargir les défilés, de faire de ce passage une belle ligne droite entre des vignes bleues.

Mais ne fallait-il pas d’abord s’entendre avec la falaise, abandonner un instant  la  vallée pour s’engouffrer dans l’étroite cheminée, escalader tous les vertiges jusqu’aux confins des gris établir bientôt un nouveau cadastre, mesurer de très haut des parcelles discrètes, de longues propriétés littorales, les audacieux aplats des champs les écarts qui n’échappent jamais au feu ?

Sans mentir, je pouvais encore évaluer le périmètre du patchwork des rêves, déceler leurs accolades et leurs brouilles,

me détourner longtemps aussi de ce territoire morcelé en remplaçant tous les murs mitoyens par des lignes de fuites.

Pourtant, malgré la faille, le bleu toujours,s’instaurait, me rattrapait.

Marie-Ange Sébasti

—-

Elevé dans  les airs, la prose du territoire distribue des lignes,des passages,
là où les failles  sur place, imposent des détours.
Escalader tous les vertiges, peut-être ,mais au grand effort de laisser derrière soi la pesanteur, celle des roches  et de son propre corps.
J’ai aimé la cartographie, comme un dessin aimable, qui s’étale, fantaisie de patchwork des bois gris, et parcelles  arables. La limite imposée par la falaise, permet de distribuer quelques accès rares, lorsqu’un affaissement  rend le chemin possible.
Oui, bien sûr, réconcilier les deux bords des espaces, en tirant droit, le fil de la rivière, et gommer les méandres.

( Si la terre était à modeler.)

Mais elle est matière, mais elle colle aux bottes, mais elle transpire les mousses, et se charge de buis et de chênes centenaires….
Mais elle est corps,lourde,brune, grise, fauve,  justement comme un animal endormi, étalé  là, entre les rocs…
Elle domine,…ravagée  d’érosion, ou portée en tectoniques,  striée  de ruisseaux, cherchant la pente la plus rapide…
Inerte, même bousculée de puissants tracteurs , mais vivante, à l’assaut du printemps.

Les hauts plateaux  sont  reliés, aux vallées par leurs différences, justement,– leurs accolades et leurs  brouilles, –, pourtant elles se réconcilient avec leurs passages,
…de toute façon, il faut vivre avec ce qui est…  les murailles à contourner  , en lieu et place de lignes  de fuite sans consistance, les parcelles  exigües, suivant si possible le parcours du soleil…
qui ne doivent rien aux lignes tracées  sur le papier,mais à l’effort des hommes , pour se marier au mieux aux pentes,  et extraire  de quoi y survivre.

En lien avec  « feuilleter le recueil des causses »

la Sure — falaises Nord du Vercors (Vercors Nord, Engins, Isère –                 photographe non précisé site http://www.sentier-nature.com/

et (rappel) cet excellent  écrit de Pierre Bergounioux, qui affirme que  « le monde  existe »…


migrations ( RC )


photo perso: Cigognes de Lithuanie -Lettonie

 

 

 

 

Il y a des oiseaux  qui se posent sur le champ

Et  qu’éparpille un peu de vent;

 

Comme il ondule les blés dressés

Sous sa main tiède,      caressés.

 

Il y a les oiseaux  qui se suivent dans l’attente

En formations serrées, à la fin de l’été,

 

Et qui dessinent des nuées mouvantes,

Comme le sable poussé par les vagues  de la marée.

 

Aussi semblables  que les grains  voisins,

Et pourtant différents, comme les messages

 

Dont ils portent les nouvelles, en passage

Migrations ,        des ailleurs lointains.

 

Les familles des cigognes, qui bâtissent leurs  nids

Sur les  cheminées          de Lithuanie

 

Viennent peut-être reprendre leur place,

Fidèles, aux sommets de celles  d’Alsace

 

 

C’est au dessus  de la Pologne

Que passent les  cigognes,

 

Malgré les aventures du vol, et des longs kilomètres,

On pourrait les identifier,        peut-être,

 

Chacune à sa patte, une bague de fiançailles

A célébrer du pays,       les  retrouvailles.

 

 

RC –    29 Juillet  2012

 

photo perso; cigogne en Lettonie