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Patrick Berta Forgas – il était cette fois


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photo:  Wolleh

 


Cette fois,
Les rangs sont froids.
Le pas des foules
Traîne au pied des monuments.
L’empreinte d’une histoire
Sans autre imagination
Qu’un vieux rêve ravivé,
Des siècles assassins
D’âmes, dans la nuit.
Cette fois,
La demeure est cernée
Des cendres du cauchemar
Qui se relève.
Incontinence et pollution
Aux draps des sueurs.
Cette fois,
L’ombre va prendre la couleur
Où tout se perd,
Les chemins et y compris,
Le matin.


Louis Aragon – Les roses de Noël


Chanac    résine de cimetiere    -12- .JPG

photo perso – Chanac

 

 

LES ROSES DE NOËL (extrait)

Quand nous étions le verre qu’on renverse
Dans l’averse un cerisier défleuri
Le pain rompu la terre sous la herse
Ou les noyés qui traversent Paris

Quand nous étions l’herbe ]aune qu’on foule
Le blé qu’on pille et le volet qui bat
Le chant tari le sanglot dans la foule
Quand nous étions le cheval qui tomba

Quand nous étions des étrangers en France
Des mendiants sur nos propres chemins
Quand nous tendions aux spectres d’espérance
La nudité honteuse de nos mains

Alors alors ceux-là qui se levèrent
Fût-ce un instant fût-ce aussitôt frappés
En plein hiver furent nos primevères
Et leur regard eut l’éclair d’une épée

Noël Noël ces aurores furtives
Vous ont rendu hommes de peu de foi
Le grand amour qui vaut qu’on meure et vive
À l’avenir qui rénove autrefois

Oserez-vous ce que leur Décembre ose
Mes beaux printemps d’au-delà du danger
Rappelez-vous ce lourd parfum des roses
Quand luit l’étoile au-dessus des bergers

Louis ARAGON          « La Diane française »(éd. Seghers)


Recul de la falaise – ( RC )


 

 

 

 

 


Le dos sur le mur,
Où les  mots glissent,
Et rien ne  s’accroche
A la verticale.

Cette plongée,
Au-dessus  de laquelle,
De multiples oiseaux  s’élancent,
N’a pas de toit.
Elle ne peut pas en avoir,
Corrodée, sans  relâche
Par le va-et-vient des vagues.

La pierre est arrêtée net,
Dans  son élan ..
On imagine mal, à la dureté de la roche,
Cette rupture brutale,

D’une partie de paysage,
Disparu soudain :
Horizontale brisée ;
Le basculement dans le vide,
Le fracas de la chute,
Entraînant bétail,
Arbres et  chemins.

Brusque recul de la falaise .

RC –  avr 2015


Janos Plinszky – Estaré mirant-ho


Mathieu Grymonprez   état de Kerala Inde.jpgphoto:     Matthieu Grymonprez        état de Kerala Inde

 

Je regarderai l’eau couler

les chemins hésitants et tendres ,

l’écriture où se mêlent  douleur  et hasard ,

leurs longs dessins,

  • sur des pierres mortes

sur des visages vivants –

Je les regarderai avant

de mériter l’oubli .


François Corvol – visions of L.A.


gravure sur bois:            Edward Munch

Il est l’heure maintenant de dormir
ne disparais pas trop vite où je ne peux plus marcher
ne vas pas trop vite où mes pas ne vont plus
ma vie elle n’est rien qu’un peu de ces chansons infirmes
de la cendre soulevée sur nos chemins intérieurs
j’ai dressé mon amour dans cette déchirure
j’ai exhumé le diamant de ces rêves offensés
je suis comme les autres hommes les autres éphémères
qui vont partout se cogner chercher de la lumière
j’habite la nuit je n’ai que la nuit
pour me raconter ce que c’est que de rester en vie
aveugle incertain ignorant
je ne fais qu’errer de lueur en lueur
et lorsque je l’atteins je brûle comme chacun

08.02.13


Le terrain vague – ( RC )


 

Entre les façades tristes, et mutiques
des rangées d’immeubles,
gît une  zone indéfinie,
et personne ne revendique
les marges floues d’un territoire  ;

ce lieu de passage, où rien ne semble certain,
comme l’oeil étrange d’un étang,
habité d’une  vie secrète, à quelque  distance,
sous la vase.
Les formes, même  celles  des plus banales,
semblent  dériver à force d’abandon,
sans  se heurter  aux  certitudes du ciment
et du goudron.

Des  sentiers hésitants contournent des bosses,
évitent des flaques, où courent  des nuages  gris.
Je les empruntais comme des raccourcis,
ou bien avec les copains, les jours  de désœuvrement.

Des bois morts  sont des trophées anciens,
où s’accrochent d’anciens  pneus de cycles.
Des graminées amères se disputent des tas  de gravats .
Surgissent  parfois des pierres taillées,
des morceaux de murs bousculés,
où se lisent  encore  des slogans  rageurs,
et graffiti à moitié  effacés .

Ce espace  échappe  à la  géométrie,
se rebelle avec le présent, et régurgite  de son ventre ,
des objets, qui y étaient  enfouis,
lestés de batailles  secrètes .

Des objets métalliques dont on ne saurait plus expliquer  l’usage,
des tesselles  de mosaïque  aux couleurs vives,
et même  je me souviens, du crâne d’une  vache,  
aux  cornes envahies  de mousse .

Ces voyages  imprécis, aux  abords  de la ville,
tenaient  d’un purgatoire .
D’une  rumeur  entre deux rives :
elle  confessait la parole d’un passé, pas encore  normalisé .

Les parcours  capricieux, avaient  quelque  chose à voir ,
sans doute,   avec l’adolescence.
 
Comme elle, quelques  années suffiraient à en interdire l’accès,
à le cerner  de murs, avant de le transformer,
en parking  de supermarché.

RC  – janv  2015


Facettes – ( RC )


photo: montage perso

photo:       montage perso

Dans les rêves pleins,

Que tu as peints,

Il y a concentré,

Tout ce qu’on peut trouver

Il faudrait des années

Lumières- et étincelles,

Pour en comprendre une parcelle.

Alors pour en discerner,

Ne serait-ce qu’un peu,

A la lumière de midi,

Sitôt suspendue, la pluie,

C’est encore un autre jeu

Une fabrique d’irréel,

Les gouttelettes des jets d’eaux,

Luisant de leurs cristaux,

En formant l’arc-en ciel.

Si tu joins la neige à l’été,

La luge à dos de chameaux,

Tu parles aussi aux oiseaux ,

Et des planètes lointaines visitées,

En laissant de nouvelles adresses   ,

Parlant un langage savant,

Juste compris du vent,

Et de grandes prêtresses,

Déroulés comme des pellicules,

Des films de Méliès,

Aux images enchanteresses,

Où de nouvelles formules,

Permettent aux libellules,

Des voyages d’insouciance,

Quand tu transmets l’essence

De parcours majuscules.

Les fruits les plus goûteux,

Sont dans ton esprit,

Et , comme tu les écris,

Concentrés et juteux.

Aux commissures des chemins,

Il faudrait être dans ta tête,

Parcourir les facettes,

Ou à défaut, te prendre la main.

RC  – janvier 2014

extraits de Méliès « Le voyage dans la lune »


Quand on n’a plus le sentiment, de l’heure et des choses ( RC )


 

 

 

Ce qu’il était d’un bleu,
Sous la touffeur commune,
Et les blés secs, étalés ;
Champs juste entaillés,
De chemins de poussière pâle,

L’après-midi tarde,
Au silence têtu,
Quand on n’a plus le sentiment,
De l’heure et des choses,
Et qu’on recherche l’ombre.

Il n’y a plus,
De l’horizon indécis,
Que les toits du village,
Lointain,
Dans la brume de chaleur    .

S’étire le ruban de la route,
Même , suinte son goudron,
Dans le temps         immobile …
L’espace se prolonge,
En de molles collines,

Adossées au ciel, à peine différent
Et les vrilles sonores,
Des mouches de l’été…
>   Les déchirures tardives des avions.
En longs tracés blancs…

RC  –  25 septembre 2013

 

 


Sur le fil, d’une rencontre invisible ( RC )


cirque de rocs. Montbrun, vallée du Tarn

cirque de rocs. Montbrun,       vallée du Tarn,              photo perso

Je suis  sur le fil,                                         d’un tracé invisible.
Il est  sous mes pieds,                               mais abrité d’ombre
Et de terres,                          croisées sous la coupe de l’hiver.
La mer y a habité,                      pesé de son poids de vagues
Contourné des falaises et des îles
Déposé son lit de calcaire,                              sous des ciels de plomb,
Avant que le sol ne penche,                               et que l’eau ne reflue,
Comme ont reflué les siècles, perdus dans la mémoire du monde…

Je suis  sur le fil,                         d’une rencontre invisible,
Où les pierres se confrontent,        les torrents se ruent,
Et les chemins s’enroulent,      sur les crêtes de vertiges,
Si nous allons de ce pas,                  sur la croupe ouverte,
Où la droite, n’a jamais  de prise, aux chutes des pentes,
De l’Aubrac aux Cévennes,      que parcourent, attentifs,
Beaucoup plus souvent,               vautours que goélands,
Au dessus des lèvres ouvertes,   des méandres du Tarn…

Ce ne sont pas les amours  splendides
Des légendes bretonnes,   marquées de la rage des pluies,
–                         Et des voiles qui claquent,
Au plancher  liquide, d’une mer grise,aux promesses de pêche
Mais le territoire,                      tourmenté de vallées profondes,
>           Disputant ses ombres  à la rudesse du causse,
Où de fermes de pierre,                              en vaisseaux désertés
Sont gardés de ruines  rocheuses,             les lèvres hautaines.

en  « réponse », à un texte  de Xavier Grall

ESCALE EN LEON
A Aline

Dans ma mémoire  blanche, seules chantent les pierres
de faux poètes ont dit mon pays joliment
je le dirai avec l`effarement de l`hiver
Ah les navrances en décembre des rivières et des moles !

Que ragent les pluies dans les carrières stridentes
que battent les vents dans les rades
que hurlent les toits et les pôles !

Nous irons plus haut que les fades
aurons des fureurs de goélands
dans la mouvance des

chantonneurs de la matière bretonne
rengainez vos guitares
les gabarres sur la mer créent des zones de sang

Dans les masures désertées nous prendrons des femmes cruelles
nous dirons les lèvres amères et les amours splendides

Finistère

Ici commence le monde et la musique du monde
les morts du Chili rêvent dans les villages
et crient
Il y a des Orients rêveurs dans les chaumes pourris
Il y a les loch des océans Pacifiques
Il y a des peuples et des nations dans la prairie

gorges du Tan,    photo perso

gorges du Tarn, photo perso


L’interrogation du soleil ( RC )


photo      rgbstock

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

photo Jose Chiyah


J. P. Salabreuil – Je suis là


Volume: Leo Copers - flamme éternelle

Volume: Leo Copers – flamme éternelle

 

 

Je suis là

Vous me croyez vivant
Je laisse mes yeux ouverts
Je regarde la nuit
Et je sais pour vous plaire
Y poster deux hiboux
Je les poudre d’étoiles
Et les chemins sont fleuves
Entre berges de boue
Je suis là je murmure
Et ces mots vous comprennent
Comme comprend le vent
Ce mélèze où nous sommes
Inondés de fraîcheur
Mais moi je suis ailleurs
Je ne suis pas vivant
Je suis mort et transi
Je ne suis pas ici
Simplement je vous parle
Et vous écoutez sans savoir
Combien ces choses sont lointaines
Combien me font ces feuillages d’ennui
Qui nous dépassent dans la nuit
Et demain seront les traces
De mes pas dans l’autre nuit.

J. P. Salabreuil


Claude Esteban – l’ombre


 

 

L’ombre, avec ses couloirs.

Le corps, accoutumé à ses tâtonnements de bête.

Où renaître sans yeux ?

Tous les chemins sont morts.

Reste le vent qui trace et

qui traverse.

D’aussi loin que je peux, je te réponds.

Je monte jusqu’à toi, jour

neuf, sous mes écailles.


Claude Esteban

in « Conjoncture du corps et du jardin »